lundi 1 juin 2020

Une rupture avec Oslo comprendrait une rupture avec la fiction des deux États

Ce qui manque à la déclaration de Mahmoud Abbas, prétendant une rupture avec tous les accords avec Israël et les États-Unis

Mahmoud Abbas en train d’écouter Barack Obama à l’Assemblée 
générale des Nations unies en 2011. (Photo : Seth Wenig/AP)


Le président américain Donald Trump n’a pas suivi les traces d’autres dirigeants américains avant lui qui avaient fait semblant de ne pas arriver à convaincre les dirigeants israéliens de geler l’expansion des colonies juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est en faveur de la « paix ».

La déclaration de Trump sur ce qu’on a appelé le « Deal du siècle » vise manifestement à liquider une fois pour toutes la cause palestinienne.

Primo, l’administration américaine a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël ; ensuite, l’ambassade des États-Unis a été déplacée de Tel-Aviv à Jérusalem. Une autre démarche concrète a consisté à reconnaître les hauteurs du Golan comme faisant partie d’Israël. Et il va sans dire que le droit internationalement sanctionné des réfugiés palestiniens au retour a été déclaré nul.

Aujourd’hui, le gouvernement Netanyahou est sur le point d’annexer 30 pour 100 de ce qui reste de la Cisjordanie occupée en 1967.

Cela mettra désormais un terme au « rêve » national de la bourgeoisie et classe compradore palestinienne, c’est-à-dire d’établir une patrie indépendante sur 22 pour 100 de la Palestine historique.

Ainsi donc, que reste-t-il de la cause palestinienne ?

La direction palestinienne installée à Ramallah ne s’est vu offrir aucune chance. En d’autres occasions, on lui avait accordé un peu d’espace pour souffler et faire comme si elle jouait le jeu et mettait la pression sur Israël et les États-Unis. Terminé !

Israël exige que toutes les parties le reconnaissent comme un « État juif » et un « État juif uniquement » – des préconditions qui pourraient justifier le « transfert » en Cisjordanie par la suite d’environ 1,9 million de Palestiniens qui vivent actuellement comme des citoyens de troisième classe en Israël. C’est une démarche très en faveur auprès de la nouvelle coalition de droite qui vient de se former en Israël.

Tout au long de la période d’Oslo, Edward Saïd n’a cessé d’écrire des articles dénonçant la façade l’Oslo qui a fini par nous amener là où nous sommes aujourd’hui. Il a mis en garde à propos des colonies, des droits à l’eau, du ghetto de Gaza, des réfugiés et du fait qu’une part de plus en plus importante de la terre palestinienne passait dans des mains israéliennes. Tout cela, ce sont les questions mêmes qu’évite le « deal » proposé par Trump.

En fait, le deal de Trump n’est pas une « rupture » avec Oslo, comme le prétendent certains, mais plutôt une continuation de la même logique. Les deux arrangements ignorent tout simplement le peuple palestinien.

Ce dernier, en tant que peuple, n’est jamais entré dans l’équation. En fait, on a construit durant Oslo plus de colonies qu’on en a construit en n’importe quelle période de l’occupation. On alors qu’on échangeait des poignées de main sur le gazon de la Maison-Blanche, des maisons palestiniennes étaient démolies et des check-points interdisaient à plus de Palestiniens encore d’aller travailler dans les oliveraies et orangeraies.

L’équation de la « terre pour la paix » dont on parlait tant s’appuyait sur le fait d’ignorer la souffrance du peuple palestinien tout en étendant les colonies, en construisant des routes exclusivement réservées aux juifs et en appliquant plus de fermetures, de couvre-feux, d’arrestations en sus du blocus de Gaza. Les leçons des années d’Oslo sont claires.

Et maintenant, en échange d’une très mince parcelle de terre, Nétanyahou a exigé « de véritables étapes vers la normalisation » de la part de tous les pays arabes voisins, une exigence écoutée par tous les pays du Golfe, Koweït excepté.

En concluant un article publié dans London Review of Books, Saïd écrivait :


« Quand les Israéliens comprendront-ils – comme certains l’ont déjà fait – qu’une violence raciste permanente contre les Arabes au Moyen-Orient, où Israël est entouré de 300 millions d’entre eux et de 1,2 milliard de musulmans, n’apportera à l’État juif ni la normalité ni la sécurité ? »

Le monde s’est vu refiler une fraude gigantesque, la première fois, avec Oslo, via la complaisance de certains dirigeants arabes et palestiniens.

Mais, cette fois, nous avons BDS et une conscience croissante des solutions alternatives, à savoir la solution à un seul État – un État pour tous ses citoyens sur la terre historique de la Palestine, où tous les citoyens seront traités de façon égale, qu’importe leur religion, leur ethnicité ou leur genre.

C’est ce qui manque à la déclaration du président Mahmoud Abbas prétendant mettre fin à tous les accords avec Israël et les États-Unis.
Une véritable rupture avec Oslo comprendrait également une rupture avec la fiction des deux États

Cela requerrait :

1) l’accent sur la revendication d’accorder tous les droits fondamentaux aux trois composantes du peuple palestinien dans les zones occupées en 1967, en Israël et dans la diaspora ;

et 2) une déclaration de dé-sionisation de l’Israël de l’apartheid et sa transformation en une démocratie véritablement laïque pour tous ses habitants, après le retour des réfugiés palestiniens dépossédés et déplacés.

Edward Saïd aurait dit : « L’égalité ou rien ! »


Haidar Eid, 27 mai 2020.


Publié le 27 mai 2020 sur Mondoweiss
Traduction : Jean-Marie Flémal

Haidar Eid est professeur associé en littérature postcoloniale et postmoderne à l’Université al-Aqsa de Gaza. Il a beaucoup écrit sur le conflit israélo-arabe, y compris des articles publiés sur Znet, Electronic Intifada, Palestine Chronicle, et Open Democracy.

Il a publié des articles en études culturelles et littérature dans de nombreuses revues spécialisées, dont Nebula, le Journal of American Studies en Turquie, Cultural Logic, et le Journal of Comparative Literature.

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