lundi 8 juin 2020

Israël remodèle sa loi raciste sur le mariage

Cette semaine, Israël a remodelé l’une de ses nombreuses lois les plus ouvertement racistes et discriminatoires à l’égard des Palestiniens et des citoyens palestiniens d’Israël : la loi sur le mariage

La version israélienne de l’apartheid peut être plus subtile que celle de l’Afrique du 
Sud mais son but est fondamentalement le même : le gerrymandering (découpage
 partisan) ethno-racial, la ségrégation et la domination. (Photo : Picture-Alliance/DPA)


La « Loi de citoyenneté et d’entrée en Israël » interdit aux citoyen(ne)s israélien(ne)s qui épousent des Palestinien(ne)s de Cisjordanie occupée ou de la bande de Gaza, ou des nationaux de divers autres États régionaux, de vivre avec leur épouse ou époux en Israël.

« La loi affecte des dizaines de milliers de familles palestiniennes des deux côtés de la Ligne verte séparant Israël de la Cisjordanie, et elle empêche les Palestinien(ne)s de s’installer légalement en Israël afin d’y rejoindre leur épouse ou époux »,

explique Adalah, un groupe d’avocats qui a tenté sans succès de contester la loi devant les tribunaux.

Adoptée à l’origine comme une mesure d’urgence en 2003, cette disposition a été remodelée chaque année depuis lors.

La loi fait partie des efforts d’Israël en vue d’empêcher la croissance de la population palestinienne et c’est une mesure fondamentalement raciste justifiée par les dirigeants israéliens comme nécessaire afin de préserver une majorité juive.

Zvi Hauser, le principal responsable des Affaires étrangères et de la Commission de la Défense de la Knesset, le Parlement israélien, a expliqué que ce remodelage avait été justifié par la « Loi sur l’Etat-nation du peuple juif » récemment promulguée en Israël et dont nombre de juristes estiment qu’elle viole les interdictions internationales concernant l’apartheid.

En contenu et en effet, la citoyenneté israélienne ne diffère pas des lois qui existaient dans l’Afrique du Sud de l’apartheid afin d’empêcher le métissage, l’« hybridation » de gens de races différentes et de contrôler les endroits où les noirs pouvaient vivre – des lois comme le Group Areas Act (Loi sur les zones réservées) et le Prohibition of Mixed Marriages Act (Loi sur l’interdiction des mariages mixtes).

Alors que la loi israélienne n’interdit pas carrément les mariages, elle empêche effectivement les citoyens israéliens et les Palestiniens d’exercer leur droit à une vie familiale.

Elle vise à réaliser précisément le même but, quoique de façon légèrement plus subtile que ne le faisaient les suprémacistes blancs en Afrique du Sud, comme je l’explique dans mon livre de 2014, The Battle for Justice in Palestine (La bataille pour la justice en Palestine).
Le gerrymandering racial

Au début, Israël avait justifié sa loi sur le mariage sur des bases « sécuritaires », une excuse rejetée par Human Rights Watch (HRW).

HRW avait déclaré en 2012 que l’« interdiction générale », sans « examiner au cas par cas si la personne en question pouvait menacer la sécurité, était injustifiée » et qu’elle


« infligeait un préjudice sévèrement disproportionné au droit des Palestiniens et des citoyens israéliens de vivre avec leurs familles ».

La discrimination présente dans la loi pourrait se mesurer « par ses effets sur les citoyens palestiniens d’Israël par rapport aux citoyens juifs » ajoutait HRW.

Ariel Sharon, Premier ministre d’Israël à l’époque, avait admis le but réel de la loi en 2005.

« Il n’est nul besoin de se cacher derrière des arguments sécuritaires », avait-il dit. « L’existence d’un État juif est une nécessité. »
Un « suicide national »

L’objectif démographique raciste de la loi a été réaffirmé en 2012, quand la cour suprême israélienne a rejeté les contestations d’Adalah.

« Les droits de l’homme ne sont pas une prescription pour un suicide national » écrivait le juge Asher Grunis, au nom d’une majorité de 6 contre 5.

Entérinant effectivement le gerrymandering racial, la décision de la cour ajoutait que


« le droit à une vie familiale ne doit pas nécessairement se concrétiser à l’intérieur des frontières d’Israël ».

Il convient de remarquer la similitude frappante entre les termes utilisés par la cour suprême d’Israël et ceux du Premier ministre de l’apartheid sud-africain, Daniel Malan, qui avait déclaré que


« pour l’Afrique du Sud blanche (…), l’égalité ne devait inévitablement signifier rien de moins qu’un suicide national ».

Les Palestiniens lésés par cette loi ont organisé une campagne afin d’élever les consciences à propos de cette loi raciste, en parlant du défi qu’elle pose à « l’amour en des temps d’apartheid ».

Ali Abunimah, 3 juin 2020


Publié le 3 juin 2020 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

Le 6 juin 2020, Virginia Tilley avait répondu à cet article sur le site The Electronique Intifada

« Israël n’interdit pas les mariages mixtes »

« Alors que la loi israélienne n’interdit pas carrément les mariages, elle empêche effectivement les citoyens israéliens et les Palestiniens d’exercer leur droit à une vie familiale. »


En fait, Israël interdit bel et bien les mariages mixtes, mais par le biais d’une loi légèrement plus subtile que sa version sud-africaine.

Une loi israélienne adoptée en 2010 confère aux autorités religieuses l’autorité exclusive sur tous les mariages dans le pays. En Israël, c’est un délit criminel (avec amende et emprisonnement à la clef), quand des gens se marient de toute autre façon ; les mariages « civils » ne sont disponibles que pour les personnes qui n’ont pas déclaré de religion et, étant donné l’énorme importance de ces identités en Israël, ces personnes constitues une minorité microscopique, en Israël.

Cette loi interdit effectivement les mariages mixtes parce que le Grand Rabbinat en Israël est orthodoxe et ne permet pas aux juifs d’épouser des non-juifs.

Les autorités religieuses musulmanes permettent aux hommes musulmans d’épouser des femmes juives mais, une fois encore, ceci ne concernerait qu’une minorité microscopique, d’autant plus que ces femmes seraient alors considérées comme « musulmanes » et perdraient dès lors leurs privilèges légaux de juives tels que les prévoit la loi.

Ainsi donc, en somme, Israël a bel et bien une « loi sur les mariages mixtes » qui équivaut à l’interdiction sud-africaine des mariages mixtes et à la « loi inhumaine » d’apartheid citée dans la définition juridique de l’apartheid, dans l’article II(d) de la Convention sur l’apartheid.

Cela signifie qu’Israël applique chaque élément séparé des exemples de « lois inhumaines » de l’apartheid reprises dans la Convention sur l’apartheid, excepté le génocide (que l’Afrique du Sud n’appliquait pas non plus, d’ailleurs).


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