vendredi 24 avril 2020

L’UE revient sur sa mise en garde à Israël à propos de l’annexion de la Cisjordanie

Par Ali Abunimah,

Josep Borrell, responsable de la politique étrangère de l’UE, avait déclaré en février
 que l’annexion de la Cisjordanie par Israël « pourrait ne pas se faire sans grandes contestations ». 
Il apparaît désormais qu’il ne réitérera pas cette mise en garde. (Photo : Parlement européen)


Apparemment, l’Union européenne n’a pas réitéré sa menace d’imposer des conséquences à Israël si ce dernier fait mine d’ annexion d’une partie plus importante encore des terres de la Cisjordanie occupée.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le chef du parti « bleu et blanc » Benny Gantz sont parvenus à un accord en vue de constituer une coalition après un an d’impasse politique et trois élections générales.

L’accord de coalition comprend un engagement selon lequel, dès juillet, le gouvernement et le parlement israéliens procéderont à des votes en vue d’annexer d’importantes parties de la Cisjordanie.



Jeudi, le responsable de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, a réitéré la position du bloc des 27 nations selon laquelle « toute annexion constituerait une violation grave des lois internationales ».


« L’Union européenne continuera à suivre de près la situation et ses implications plus larges et elle agira en fonction de cela »,

a ajouté Borrell.

Naturellement, « agir en fonction de cela » pourrait bien signifier ne rien faire du tout.
Un langage édulcoré

Étant donné la façon dont les diplomates de l’UE se sont adaptés aux subtilités de langage – et leur propension à procéder plus ou moins à des copier/coller de leurs déclarations antérieures – il est remarquable que Borrell n’ait pas réitéré la ligne bien plus forte exprimée dans une déclaration effectuée voici à peine quelques mois.

En effet, début février, Borrell avait réagi au plan du président Donald Trump – communément appelé le « Deal du siècle » – qui appuie l’annexion par Israël de parties importantes de la Cisjordanie, en y allant d’un avertissement inhabituel, sinon sans précédent, disant qu’Israël allait en subir les conséquences.


« Si elles sont appliquées, les démarches en vue de l’annexion pourraient ne pas se faire sans contestations »,

avait dit Borrell à l’époque.

Comme je l’avais fait remarquer à ce moment-là, il y avait peu de chance que l’UE modifie en fait sa sempiternelle approche de soutien inconditionnel à Israël quand il commet violation sur violation, crime sur crime.

J’avais également fait remarquer qu’Israël avait déjà annexé Jérusalem-Est en 1967, et les hauteurs syriennes du Golan en 1981 – des violations grossières des lois internationales auxquelles, durant des décennies, l’UE avait généreusement réagi en faisant des cadeaux à Israël.

Cela contraste fortement avec la façon dont l’UE avait imposé des sanctions à la Russie pour sa reprise de la Crimée à l’Ukraine, en 2014. En janvier, l’UE avait surenchéri à ces mesures punitives en sanctionnant des officiels russes qui avaient contribué à organiser des élections en Crimée.

Israël organise régulièrement en Cisjordanie des élections auxquelles seuls les colons israéliens peuvent participer. L’UE célèbre habituellement ces élections séparées qui se tiennent dans des colonies d’implantation illégales dans des territoires occupés.


La marche arrière de Borrell vis-à-vis de sa déclaration déjà peu agressive de février adresse un autre signal à Israël, lui disant qu’il n’a rien à craindre de la part de Bruxelles.

Dans sa toute dernière déclaration, Borrell assure que l’UE « désire coopérer étroitement avec le nouveau gouvernement pour combattre le coronavirus ». Et d’ajouter que « la coopération technique est en cours et qu’elle sera renforcée dans tous les aspects de la pandémie ».

Ce genre de « coopération » renforcée signifie selon toute vraisemblance des récompenses supplémentaires de la part de l’UE à l’industrie de guerre israélienne.


Le feu vert de Washington

Pendant ce temps, l’administration Trump a donné manifestement son feu vert à l’annexion.

Mercredi, le secrétaire d’État Mike Pompeo a confirmé que les États-Unis considéraient la question comme une « décision israélienne ».

Cela rend particulièrement significatives toutes démarches potentielles de l’UE en vue de contrer ce soutien inconditionnel des États-Unis.

Mais l’UE, qui est le plus gros partenaire commercial d’Israël, manque de volonté et de crédibilité d’action.

En début de semaine, il est apparu que les officiels de l’UE avait mis Gantz en garde contre le fait de signer l’intention du gouvernement de procéder à l’annexion.


« Les officiels auraient déclaré qu’il y avait lieu de se méfier de ce qu’une telle démarche d’un gouvernement unitaire potentiel pourrait nuire aux relations israéliennes avec l’UE et attirer une réponse musclée »,

pouvait-on lire dans The Times of Israel.

Gantz ne leur a pas accordé la moindre attention, manifestement confiant de ce que l’UE poursuivra sa politique d’indignation simulée à propos des actions d’Israël tout en lui prodiguant une manne de cadeaux.



Publié le 23 avril 2020 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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