samedi 18 avril 2020

Le "syndrome de glissement", cet état dépressif qui pourrait tuer plus de personnes âgées que le coronavirus

La solitude des personnes âgées plus dévastatrice que le 
coronavirus - © Anthony Bradshaw - Getty Images
Lucie Dendooven

" Les vieux ne bougent plus. Leurs gestes ont trop de rides. Leur monde est trop petit. Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil, puis du lit au lit. ". Cette description de la vieillesse ne date pas d’hier Elle est signée…Jacques Brel. Mais aujourd’hui, elle prend des consonances particulièrement tragiques alors que nos aînés se retrouvent isolés dans les maisons de repos, sans visite, sans promenade pendant de longues journées qui paraissent figées.
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Consciente du drame de la solitude que la crise du coronavirus engendre, Sophie Wilmès, la 1ère ministre, a voulu assouplir les règles et proposer la visite d’une personne référente unique pour chaque famille. Mais, elle a essuyé une volée de boucliers, à la fois des organismes responsables et des pouvoirs régionaux et locaux. L’initiative louable au départ, puisqu’elle visait à sortir nos personnes âgées de la solitude, a tourné au fiasco.
Sa maman lui répète inlassablement: "je voudrais tellement partir"

C’est une désillusion, non seulement pour beaucoup de personnes âgées qui voyaient une lueur d’espoir dans leur long couloir de solitude mais c’est aussi , pour leurs proches, la naissance d’une profonde inquiétude. Elise téléphone, plusieurs fois par semaine, à sa maman, désormais placée dans une maison de repos à Liège. Hier matin, sa maman a fait une chute dans sa chambre. Elle est restée longtemps seule sans personne pour l’aider. Finalement, une voisine, inquiète de voir la porte de sa chambre ouverte, a appelé des secours. En pratique, depuis la crise du coronavirus, la maison de repos où séjourne la maman d’Elise ne passe plus voir ses pensionnaires qu’au moment de la distribution des plateaux -repas. Ce jour-là, la maman d’Elise n’a pas voulu manger. Elle a déclaré qu’elle avait trop mal. La réponse de l’aide-soignante fut laconique., selon Elise qui rapporte ses paroles: " Ca ira mieux demain ".

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Depuis le début du confinement, la maman d’Elise répète inlassablement à sa fille : " Je voudrais tellement partir. ". " En quelques semaines, nous raconte Elise, son univers s’est retréci à sa chambre.. En un mois, ses contacts sociaux se sont réduits à peau de chagrin. Elle se fait gronder comme une gamine de six ans. Lorsqu’elle fait mine de vouloir aller se promener dans le jardin de la maison de repos ". Elise est très inquiète pour sa maman : " Elle ne trouve plus ses mots. A 11h, hier, elle n’avait pas encore ouvert les tentures de sa chambre alors que d’habitude, elle se lève à 8h. Je la sens dépérir à vue d’œil .Mais, nous n’avons pas de marge sinon entendre nos parents pleurer. "
Le lien social joue un rôle prépondérant dans la longévité

Olivier Klein est professeur de psychologie sociale à l’Université Libre de Bruxelles, il connaît bien ce phénomène de glissement des personnes âgées vers la mort : " On sous-estime le rôle du lien social dans la longévité. Mais des études l’attestent, les personnes totalement isolées et mieux que tout, dans ce cas-ci, perçues comme des menaces potentielles par le personnel, perdent leurs habitudes et leurs rituels. La solitude peut alors amplifier les effets de l’épidémie. "

Ce spécialiste évalue cette situation de nos aînés comme une perte de sens qui se double de problèmes physiques. Si la personne n’a plus de bons yeux, elle arrête de lire. Si elle a du mal à manipuler un gsm ou à pianoter sur un ordinateur, elle s’isole d’autant plus. Si elle a des problèmes de motricités et qu’elle n’est motivée à faire des gestes quotidiens, elle va petit à petit glisser dans son lit et ne voudra plus se lever.

Le glissement des personnes âgées se traduit également par une perte d’intérêt pour le monde extérieur. Elle se retranche de plus en plus dans sa bulle jusqu’à ne plus s’intéresser du tout aux autres.

" Puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit "

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