jeudi 23 avril 2020

Grippe : surmortalité hivernale record de plus de 18000 décès

/!\Article datant du 22 mai 2015
L'épidémie de grippe qui a frappé la France cet hiver a conduit à la plus forte surmortalité des neuf dernières années, avec 18.300 décès enregistrés.

L'alerte avait été lancée dès le mois de février et vient d'être confirmée par l'Institut de veille sanitaire (InVS). Particulièrement féroce envers les personnes âgées, l'épidémie de grippe qui a frappé la France cet hiver a conduit à la plus forte surmortalité des 9 dernières années, avec 18.300 décès enregistrés, a indiqué l'institut vendredi.

Il est habituel de constater une hausse de la mortalité l'hiver, notamment chez les personnes âgées, mais celle de l'hiver 2014-2015 est plus importante que d'ordinaire, indique l'InVS. S'il est difficile de déterminer avec précision l'exacte part de responsabilité de la grippe dans ces 18.300 décès, les experts s'accordent pour dire qu'elle est grande. «La grippe est en effet rarement répertoriée comme cause directe du décès chez les personnes âgées qui souffrent souvent déjà de pathologies chroniques», rappelle le Pr Patrick Berche, directeur de l'Institut Pasteur de Lille. Mais la maladie induit un état de faiblesse générale qui conduit l'organisme à «décompenser» en développant rapidement d'autres pathologies cardiaques ou respiratoires mortelles.

En termes de circulation du virus, 2014-2015 se situe dans la moyenne des 30 dernières années, avec 2,9 millions de personnes ayant consulté un médecin pour syndrome grippal. En revanche, cette saison se situe dans la fourchette haute en termes de virulence: les visites aux urgences, environ 30.000, ont ainsi plus souvent donné lieu à une hospitalisation que d'ordinaire (11 %, contre 6 à 9 % depuis 2009).
Les seniors très touchés

Les personnes âgées de plus de 65 ans, notablement plus vulnérables à la grippe, étaient particulièrement sensibles au virus cette année. Elles étaient surreprésentés parmi les malades hospitalisés au regard des années passées, et aussi parmi les cas admis en réanimation, «très élevé» selon l'InVS (1 558 admis). Deux facteurs expliquent la férocité de cette épidémie. «L'une des souches de grippe en circulation cet hiver, H3N2, est peu habituelle et semble-t-il plus agressive. La population n'avait pas une bonne immunité», explique le Pr Berche. En outre, «les vaccins antigrippes mis au point comme chaque année sur la base de projections réalisées en amont par les firmes pharmaceutiques n'étaient efficaces qu'à 40 % (en raison d'une mutation inattendue du virus, NDLR)», ajoute François Bourdillon, directeur général de l'InVS.

Le Dr Bourdillon souligne néanmoins l'intérêt de la vaccination saisonnière, qui est loin en France d'atteindre les objectifs fixés par les autorités de santé publique. «C'est vrai que ce vaccin n'est jamais efficace à 100 %, mais des modélisations ont permis de montrer qu'en vaccinant 45 % de la population, on évite 2 000 décès», rappelle-t-il. À peine 50 % des personnes à risques (plus de 65 ans et malades chroniques essentiellement) se font vacciner en France, quand le niveau visé est 75 %.

D'autres leviers permettraient de limiter l'épidémie: mieux sensibiliser la population aux risques graves de cette maladie pour l'inciter à se protéger en se lavant les mains, en portant des masques et en éloignant les enfants malades, forts vecteurs de virus, des plus de 65 ans, plus fragiles.

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