mardi 28 avril 2020

France/Covid-19: l’Eglise dans la tourmente

Lassaad Ben Ahmed

( Elyxandro Cegarra - Anadolu Agency )

AA / France / Feïza Ben Mohamed

Le quartier du Bourtzwiller à Mulhouse, ville située dans l'est de la France, a accueilli du 17 au 24 février dernier, pas moins de 2500 personnes, à l'occasion d'un rassemblement religieux, qui se tient chaque année depuis près de 25 ans à l’initiative d’une association évangélique, « La porte ouverte chrétienne ».

Le 18 février, tandis que l’événement entame sa deuxième journée, le président français Emmanuel Macron arrive dans ce même quartier sensible, pour prononcer un discours sur ce qu’il qualifie de « séparatisme islamiste ».

- Chronologie d’un raté

Les autorités étaient loin de se douter que le chef de l’Etat et ses équipes étaient à proximité d’un rassemblement qui deviendra l’un des principaux foyers épidémiques du nouveau coronavirus, Covid-19, et sans doute le plus gros facteur de diffusion de la maladie sur le territoire français.

Selon une enquête de Radio France, au moins un millier de personnes auraient été contaminées au total durant cet événement religieux et ceux qui vivaient dans d’autres départements ont ainsi exporté le virus aux quatre coins du pays.

Christophe Lannelongue, directeur général de l’agence régionale de santé du Grand-Est évoque « une espèce de bombe atomique » qui est arrivée « fin février » et que personne n’avait vue venir.

Cité par Radio France, il estime qu’au terme du rassemblement religieux, « des centaines de malades s’ignorent car ils sont très peu symptomatiques ».

C’est après quelques jours, que les autorités sanitaires ont fini par constater que le point commun de nombreux malades dans d’autres régions françaises, est ce rassemblement, qui fera ensuite les gros titres de la presse.

En l’absence de listing complet des participants dans la mesure où l’événement était ouvert à tous, le ministère de la Santé prend la décision, de communiquer à grande échelle sur l’existence de ce potentiel foyer épidémique.

Le 3 mars, tandis que le bilan du coronavirus en France n’est que de 4 morts, le directeur général de la santé Jérôme Salomon, indique en conférence de presse que « cinq personnes d’une même famille ont été contaminées dans l’est du pays au cours d'un rassemblement religieux de plusieurs milliers de personnes dans la période du 17 au 24 février sur le site de l'église de [La Porte ouverte] chrétienne dans un quartier de Mulhouse ».

Il a invité, ainsi, toutes les personnes ayant participé à ce rassemblement et qui présenteraient des symptômes à contacter le SAMU pour une prise en charge adaptée.

Dans la foulée, c’est le ministre de la Santé, Olivier Véran, qui évoque à, son tour, « un point de bascule » avec ce rassemblement évangélique.

Citée par le journal Le Parisien, l’association organisatrice explique, par la voix de Nathalie Schnoebelen, sa chargée de communication, que les règles ont été respectée puisqu’au moment où s’est tenu l’événement, les autorités n’avaient pas instauré d’obligation de « gestes barrières » ni de distanciation sociale.

Elle réfute toutes les accusations selon lesquelles l’église aurait balayé ses obligations en matière sanitaire.

Mais très vite, d’autres religieux font parler d’eux, à une autre échelle.

- Des prêtres sur les toits

Le 30 mars, alors que la France est confinée depuis presque deux semaines, le prêtre Nicolas Van Lathem s’est filmé sur le toit de l’église Saint-Jean-Baptiste à Arras, procédant à une bénédiction de la ville pour « repousser les assauts de l’épidémie ».

Dans une vidéo mise en ligne sur la plateforme YouTube, il prie pour que les habitants soient épargnés de la maladie.

Des scènes similaires ont été rapportées par la presse, ailleurs en Europe, comme par exemple à Bruxelles où des religieux sont montés sur le toit de l'église Sainte-Catherine pour demander protection contre le coronavirus.

- Messe clandestine pour pâques

Le week-end de Pâques, dans la nuit du 11 au 12 avril, en dépit des règles très strictes de confinement, un prêtre a été verbalisé au terme d’une messe clandestine.

Faisant fi des interdictions de rassemblement, le responsable religieux a mené les célébrations au sein de l’église conservatrice Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris.

Selon les informations de la chaîne LCI, « plusieurs dizaines de fidèles se sont regroupées au sein de l'édifice ».

« Les policiers ont trouvé portes closes au moment du contrôle mais ont verbalisé l'autorité ecclésiastique ayant officié, après la messe », avait confirmé dès le lendemain, la préfecture de police de Paris sur Twitter.

Fin mars déjà, c’est dans un camping en Isère (est), qu’un prêtre a écopé d’un rappel à la loi pour avoir, lui aussi, célébré une messe malgré les interdictions en vigueur.

La douzaine de fidèle venue assister à l’office a été verbalisée à hauteur de 135 euros chacun, pour non-respect des règles de confinement.

Interrogée par Anadolu, Nathalie, agent de police municipale dans les Alpes-Maritimes (sud-est), estime que « les entorses sont bien plus fréquentes que ce que l’on pense ».

Elle reconnaît que « les projecteurs sont braqués sur les musulmans parce que le Ramadan va débuter mais pour l’heure, ce sont bien les églises qui font des écarts ».

La fonctionnaire concède toutefois que « face à la peur de la maladie, il ne reste à certains, que leur foi pour se raccrocher à un espoir ».

Pour autant, si de nombreux commentateurs attendent impatiemment d’éventuels débordements pour le Ramadan, les imams du pays ont massivement appelé au strict respect du confinement durant cette période.

C’est le cas notamment d’Abdelmonaim Boussenna, imam à Roubaix (Nord), de Nader Abou Anas, imam en région parisienne ou encore de Rachid Eljay, imam à Brest, et le plus suivi du pays sur les réseaux sociaux.

Ce dernier a, par exemple, publié une vidéo sur YouTube pour inviter les musulmans, malgré « la frustration », à respecter les interdictions de rassemblements pour ce qui sera sans doute « le mois de Ramadan le plus méritoire qui ait été vécu ».

Pour rappel, la France, confinée depuis le 17 mars, devrait voir s’amorcer un début de déconfinement progressif à compter du 11 mai.

Jusqu'au 26 avril curant, 24 575 personnes ont été contaminées sur l’ensemble du territoire, dont 14 202 patients décédés dans les hôpitaux du pays, tandis que 8654 morts, sont à déplorer dans des établissements médico-sociaux dont une majorité de maisons de retraite.

Cependant, 44903 personnes sont ressorties guéries de l’hôpital.

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