mercredi 29 avril 2020

En première ligne : Mohammed Shtayyeh, un "raïs" au chevet des Palestiniens

À 62 ans, le chef du gouvernement de l'Autorité palestinienne, Mohammed
 Shtayyeh, incarne une nouvelle génération de dirigeants. © AFP / Cris Bouroncle


Depuis le début de la crise du coronavirus, on ne voit que lui. Non pas Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne – 84 ans et fatigué – qui n’a fait aucune apparition publique en direct, mais son Premier ministre. Comme ce 3 avril où, tandis qu'Abbas prend enfin la parole pour apaiser les inquiétudes sur sa santé, Shtayyeh, lui, se confronte aux médias quarante minutes durant pour répondre à des questions détaillées sur la gestion de l'épidémie.

Mohammed Stayyeh est sur tous les fronts : visites de terrain, coordination avec les Israéliens, multiplication des conférences de presse. Et ses administrés, traditionnellement méfiants envers l’Autorité palestinienne, semblent l'apprécier chaque jour un peu plus.
Fiche d'identité

À 62 ans, le chef du gouvernement incarne une nouvelle génération de dirigeants. Titulaire d'un doctorat de développement économique à l'université britannique de Sussex, au Royaume-Uni, il parle couramment l'anglais. Il a enseigné à l'université Birzeit, dont il a assuré la direction, et publié de nombreux ouvrages économiques, politiques et historiques.

"C’est un expert des questions de développement, une personne animée d’une vision d’une OLP réformée. Et _une personnalité brillante, ambitieuse, qui nourrit les plus hautes ambitions politiques de son pays_", estime un diplomate européen.




"Il est dynamique, il est jeune, il a de l'énergie", confirme l'analyste palestinienne Nour Odeh, qui poursuit : "Tout le monde est très reconnaissant que [la gestion de la crise sanitaire] tombe sous sa gouverne."


Vitesse et sérieux

Dès les premiers cas de Covid-19 confirmés début mars à Bethléem, Mahmoud Abbas a chargé Mohammed Shtayyeh de former un comité d'urgence pouvant court-circuiter les différents ministères. Shtayyeh a ainsi annoncé dès le 5 mars le bouclage de Bethléem et déclaré l'état d'urgence, fermant les écoles et interdisant toutes les activités et déplacements non essentiels. Le tout en coordination avec Israël.

Avec la ministre de la Santé Mai al-Kaila, titulaire d'un doctorat en santé publique, il est "en train de prendre les choses en mains et de prouver leur excellent travail", assure Nour Odeh, citant pour exemple les barrages palestiniens érigés en Cisjordanie pour empêcher la propagation du virus.

"Ils ont agi très rapidement et ont vraiment pris la gestion de la crise avec le plus grand sérieux", reconnaît de son côté Gerald Rockenschaub, le chef du bureau palestinien de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Il a dit


Je sais que l'école et vos amis vous manquent, et je sais que vous ne causez pas de souci à vos parents et que vous restez à la maison. Vous êtes le futur de notre peuple. Si vous avez de nouvelles idées, envoyez-les nous.

Un message adressé fin mars aux jeunes palestiniens confinés, qui lui a valu des retours enthousiastes, relate le Jerusalem Post.
La rue reconnaissante

À Ramallah, la rue voit en Mohammed Shtayyeh un grand dirigeant. Tel ce commerçant, qui reconnaît sans fard que, ici, "le gouvernement contrôle très bien la situation sanitaire". Comme lui, 96 % des Palestiniens font confiance au cabinet mené par Shtayyeh. Dans la rue, on avoue le préférer à Abu Mazen (le surnom d'Abbas), mais seulement à demi-mot.

"Il est impossible, en effet, de faire de l’ombre au président sans se sans se faire d’ennemi au sein de son parti, explique Ofer Zalsberg, analyste pour l’International Crisis Group. De plus en plus de leaders du Fatah voient Shtayyeh comme une menace, un peu comme si cette crise le plaçait en successeur de Mahmoud Abbas à leur place."

Mais pour se maintenir au sommet, Shtayyeh doit relever un enjeu de taille, poursuit Ofer Zalsberg :


Gérer la crise et satisfaire son public, les Palestiniens, mais aussi le faire en coopérant avec Israël. C’est un jeu d’équilibriste, et jusqu’ici, il l’a extrêmement bien mené.

"Oui, cette crise lui a donné plus de confiance, plus de popularité. Il n’était pas si populaire avant, confirme Hammada Jaber, activiste palestinien, analyste au Centre palestinien pour la recherche politique et les études d’opinion. Mais combien de temps cela va-t-il durer ? C’est la question. Il vient aussi du même parti que Mahmoud Abbas, il a été nommé par le président en personne… Abbas peut aussi le virer quand il veut."

Sur les territoires de l'Autorité palestinienne, le bilan ne dépasse pas 300 cas de contamination et 2 morts. "Pour l'instant Mohammed Shtayyeh a mérité les éloges et il en profite", souligne Mme Odeh.

Alice Froussard

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