lundi 20 avril 2020

Cent ans après San Remo, le Proche-Orient arabe toujours sous tutelle

Après la Première Guerre mondiale, les provinces arabes de l’Empire ottoman se retrouvent à la merci des vainqueurs. Du 19 au 26 avril 1920, leur sort est discuté à San Remo, petite ville du nord-ouest de l’Italie

Il y a cent ans, la conférence de San Remo rassembla les représentants britanniques, français,
italiens, grecs, japonais et belges, afin de fixer le sort des provinces arabes de l’Empire ottoman après
la Première Guerre mondiale, et de préparer les conditions du traité de paix avec la Turquie (Wikipédia)

l’été 2014, les combattants du groupe État islamique se mettent en scène dans une vidéo fièrement intitulée The End of Sykes-Picot, en référence aux accords Sykes-Picot du 16 mai 1916. Dans cette vidéo, il est question de la destruction d’un poste-frontière irakien et d’une volonté d’en finir avec la frontière syro-irakienne.

Au-delà du caractère à la fois tragique (le massacre de militaires irakiens) et ironique (l’ingérence de combattants souvent venus de très loin qui blâment une autre ingérence) de la scène, elle est surtout mal renseignée puisque ces fameux accords plaçaient Mossoul du côté français et n’expliquent donc pas l’actuelle frontière syro-irakienne.

Toujours est-il que les accords Sykes-Picot, qui s’apparentent à un complot franco-britannique par leur caractère informel et qui n’ont pas été appliqués tels quels, sont régulièrement brandis pour critiquer les frontières « artificielles » qui se sont imposées au Proche-Orient. Il faut croire que le mystère et l’imprécision séduisent.

Quatre ans après le partage secret de Sykes-Picot, la conférence de San Remo lui apporte quelques amendements et lui donne une consistance formelle. Les représentants français, britanniques, italiens et japonais peuvent alors décider ensemble du sort des territoires arabes de l’Empire ottoman, grand perdant de la guerre.

La conférence de San Remo est l’occasion d’une distribution des mandats de la Société des nations (ancêtre de l’Organisation des Nations unies) dans cette région du monde. Il s’agit de mettre d’anciens territoires ottomans sous la tutelle de la France et de la Grande-Bretagne en attendant leur indépendance.

Une exception de taille mérite d’être signalée. Durant cette même semaine, le 23 avril 1920, la Grande assemblée nationale de Turquie est constituée à la suite d’élections organisées par Mustafa Kemal. Ce dernier fait un pas important vers la création d’une république turque indépendante.

Le 25 avril 1920, les alliés aboutissent à une résolution : la Grande-Bretagne obtient la Mésopotamie et la Palestine, tandis que la France est la puissance mandataire pour la Syrie. C’est dans le cadre de ce mandat qu’un État libanais voit le jour.

Le rêve d’un État arabe indépendant et unifié, exprimé dans la révolte arabe contre les Ottomans (1916-1918) menée par les Hachémites, est brisé. Les Hachémites devront se contenter de l’Irak (jusqu’en 1958) et de la Jordanie. Malgré la promesse d’indépendance contenue dans les mandats, les peuples concernés passent en réalité d’un empire à l’autre et doivent lutter jusqu’à la guerre mondiale suivante pour se débarrasser – jusqu’à un certain point – des puissances tutélaires.

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