mardi 7 avril 2020

Au temps du coronavirus, les Palestiniens indispensables à Israël

Lettre d’Israël. Au sein de l’État hébreu, le coronavirus met en avant le rôle capital joué par les Palestiniens, de Cisjordanie ou de nationalité israélienne.

Salomé Parent-Rachdi,

Vue aérienne de la vieille promenade de Jaffa avec les plages vides
 de Tel Aviv en arrière-plan, le 26 mars 2020.
ABIR SULTAN/EPA


Dans mon quartier de Jaffa, au sud de Tel-Aviv, un chantier m’empêche régulièrement de travailler. Dès le matin, les marteaux-piqueurs secouent la torpeur confinée de la rue. Et tous les hommes sur ce chantier sont Palestiniens. Longtemps phare de la Palestine, Jaffa est aujourd’hui encore largement peuplée par des Arabes à la nationalité israélienne, mais pas de doute, à leur accent, ces hommes viennent de Cisjordanie.

Ne sont-ils pas eux aussi confinés ? « Rester chez soi sans être payé ou travailler pour survivre, il faut choisir », m’éclaire un ouvrier. Je m’interroge : Tel-Aviv est peuplée majoritairement de Juifs israéliens et, pourtant, au quotidien, j’interagis principalement avec des arabophones.
Un impensé de tous les jours

C’est un impensé de tous les jours que le coronavirus nous révèle : les Palestiniens, de nationalité israélienne ou vivant en Cisjordanie, sont indispensables à Israël. Des caisses des supérettes aux pompes à essence, quand la start-up nation se met à l’arrêt et que l’élite juive est en télétravail, on ne voit plus qu’eux.

Dans le domaine de la santé, une petite bourgeoisie émerge pour qui la culture palestinienne n’est en rien antagoniste avec une profonde intégration dans la société israélienne, doublée d’une parfaite maîtrise de l’hébreu. Ainsi, 47 % des pharmaciens sont arabes, 17 % des médecins et 24 % des infirmiers.

Depuis quelques années, cette influence déteint sur le politique : Ayman Odeh, tête de liste charismatique de la fusion de quatre partis arabes, incarne ce renouveau. Son parti a remporté 15 sièges aux dernières élections… avec l’aide des voix de milliers de Juifs israéliens.
Une fusion des gauches sioniste et arabe ?

Anecdotique ? Loin de là. Les Palestiniens d’Israël veulent s’impliquer dans la vie citoyenne. Le futur de la gauche israélienne s’inscrira-t-il dans la fusion des gauches, sioniste et arabe ? Encore faudrait-il que le « vieux monde » israélien change. Dans l’espoir de faire gagner Benny Gantz, meilleur adversaire de Benyamin Netanyahou jusqu’à récemment, la Liste unifiée n’a pas eu peur de s’allier aux ultranationalistes laïcs, malgré leur rhétorique anti-arabe.

Malheureusement, entre le poste de numéro 2 dans le gouvernement de « Bibi » et une coalition inédite avec les partis arabes, l’ancien général à la retraite n’a pas choisi la réciprocité.

Peine perdue ? Un clip de médecins arabes luttant contre le coronavirus pose aux Israéliens la seule question qui vaille : « Vous les soutenez maintenant, mais qu’en sera-t-il quand ils enlèveront leur masque après la fin de la pandémie ? »

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