jeudi 26 mars 2020

Possibilité de traquer les contrevenants de la pandémie grâce à leur portable

Le premier ministre canadien reste ouvert à l'idée. La République tchèque
 est devenue, mardi, le premier pays européen à annoncer l'analyse 
des méta-données des portables. (Prague Morning)


Le premier ministre canadien n’exclut pas l’idée d’utiliser les données des téléphones portables des Canadiens pour suivre leurs déplacements pendant la crise sanitaire que nous traversons. Il affirme ne pas avoir de projet immédiat en sens. Mais il ajoute que « toutes les options sont sur la table » pour protéger les Canadiens.

Le premier ministre Justin Trudeau s’adresse aux Canadiens sur la 
situation COVID-19 depuis le chalet Rideau à Ottawa, le mardi 
24 mars 2020. (Sean Kilpatrick/THE CANADIAN PRESS)


Ces données des téléphones portables pourraient être utilisées pour créer une « carte thermique » des lieux où les gens se rassemblent ou même pour localiser une personne infectée.

Ce scénario au Canada n’a rien d’hypothétique. Les données de localisation des téléphones intelligents sont déjà utilisées en Europe pour endiguer la propagation du virus. Elles ont été utilisées par plusieurs gouvernements asiatiques qui ont le mieux réussi à contenir la pandémie, notamment en Chine, à Taiwan, à Hong Kong, en Corée du Sud et à Singapour.

La Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie font maintenant partie des pays qui envisagent également de faire appel à des données de localisation individuelles dans le cadre de la lutte contre le virus.

Les entreprises de télécommunications partagent désormais des données agrégées sur les smartphones avec les autorités sanitaires en Italie, en Allemagne et en Autriche et bientôt en République tchèque afin de vérifier si les gens se conforment aux demandes d’auto-isolement pour ralentir la propagation de la COVID-19. (PHOTO : REUTERS / LUCAS JACKSON)



Le brave nouveau monde de la pandémie en Israël et en République tchèque

La République tchèque est devenue, mardi, le premier pays européen à annoncer l’analyse des métadonnées pour lutter contre ceux qui ne s’isolent pas ou ne respectent pas les consignes de distanciation sociale et qui du coup risquent de mettre en danger la santé des autres.

Une équipe de crise du gouvernement tchèque utilisera des données de localisation téléphonique en temps réel pour suivre les mouvements des porteurs du virus et des personnes avec lesquelles ils sont en contact.

L’objectif est de déterminer où les infections se déclarent, comment elles se propagent et quand les autorités sanitaires doivent ordonner des quarantaines et d’autres mesures de confinement pour limiter la propagation de la COVID-19.

La semaine dernière, Israël a pris la mesure la plus extrême à ce jour en Occident en ordonnant à son agence de sécurité intérieure d’utiliser les données de localisation des smartphones de manière rétroactive.

Elle s’affaire à créer une carte des mouvements des porteurs de virus au cours des deux semaines précédentes, en utilisant leurs données historiques pour identifier les personnes qu’elles auraient contaminées.

Photo: Hector Retamal Agence France-Presse



Des pressions au sein de grandes villes canadiennes

L’ouverture du premier ministre canadien Justin Trudeau à l’utilisation des données de nos téléphones intelligents fait suite à des suggestions de responsables municipaux d’Ottawa et de Toronto ces derniers jours.

John Tory – CBC

Le maire de Toronto, John Tory, a initialement soulevé l’idée que la ville puisse demander aux fournisseurs de télécommunications des informations anonymes sur la localisation des téléphones portables pour aider à vérifier où les gens se rassemblent en grands groupes.

À Ottawa, la Dre Vera Etches, médecin hygiéniste de la ville, a minimisé en conférence de presse l’idée d’utiliser les données téléphoniques dans la lutte contre la COVID-19.

Comme Justin Trudeau, elle n’a pourtant pas complètement fermé la porte. « Nous sommes intéressés par toutes les options, alors nous examinons ce qui existe ».


Dre Vera Etches – CBC



Quel est le poids de notre vie privée en période de crise?


Brian Beamish – CBC

Brian Beamish, commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario, estime que pendant cette période de crise actuelle, il est compréhensible que les gouvernements prennent des mesures extraordinaires au nom de la santé et de la sécurité publique.

Il estime toutefois que les données des téléphones devraient être d’utilisées de manière à ne pas pouvoir identifier des individus en particulier.

Il ajoute cependant que si des informations d’identification sont nécessaires, la santé publique devrait être la priorité et que les gouvernements devraient établir des règles claires.

Le bureau du commissaire fédéral à la protection de la vie privée a déclaré lui aussi qu’il comprenait la nécessité d’utiliser « tous les moyens légaux et proportionnés » pour faire face à la crise sanitaire. »Néanmoins, les organisations doivent s’assurer qu’il existe une autorité légale pour le partage des informations personnelles », a déclaré Vito Pilieci, porte-parole du bureau.

Vendredi, l’Autorité de protection des données de l’Union européenne a discrètement approuvé la mise en pause de la vie privée pendant l’urgence de santé publique.

Le Canada va t-il suivre l’exemple de ces démocraties?

Le premier ministre Justin Trudeau le mardi 24 mars 2020. 
LA PRESSE CANADIENNE / Sean Kilpatrick


Lors de son point de presse quotidien, mardi, M. Trudeau s’est vu demander si le Canada suivrait l’exemple de ces gouvernements et utiliserait les données des télécommunications pour vérifier le respect par les Canadiens des mesures de lutte contre la pandémie.

« Je pense que nous reconnaissons que dans une situation d’urgence, nous devons prendre certaines mesures qui ne seraient pas prises dans des situations non urgentes, mais pour autant que je sache, ce n’est pas une situation que nous envisageons en ce moment », a-t-il déclaré.

« Mais comme je l’ai dit, toutes les options sont sur la table pour faire ce qui est nécessaire pour assurer la sécurité des Canadiens en ces temps exceptionnels ».

Bell Canada a déclaré qu’elle était prête à partager des informations personnelles avec les gouvernements si on lui en faisait la demande.

Au Canada, au matin du 25 mars 2020, on compte 2792 cas de personnes infectées et 27 morts. Aux États-Unis, avec une population dix fois supérieure, on compte plus de 54 935 cas et 784 morts.(Italie : 69 176 cas et 6 820 morts) – Graphique Radio-Canada

Dans le monde, au matin du 25 mars 2020, on compte plus de 425 323 personnes qui ont maintenant contracté le nouveau coronavirus et au moins 18 945 qui en sont mortes.

RCI avec les informations de CBC News, l’Associated Presse, La Presse canadienne et la contribution de Radio-Canada

Par Stéphane Parent | francais@rcinet.ca

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