lundi 30 mars 2020

Le mystère portugais face au covid-19

Le Portugal est relativement épargné par l'épidémie... Les Portugais sont certes confinés, mais pas de sanctions, ni d'attestation de déplacement.


Portugais au balcon, le 28 mars 2020 © AFP / Jorge Mantilla / NurPhoto / NurPhoto


Il y a un mystère portugais que nous allons essayer de résoudre ensemble. Le mystère est le suivant : alors que l'Espagne est sévèrement confinée et que le gouvernement espagnol vient de décréter l'arrêt de toute activité économique non essentielle... les Portugais sont certes confinés, les lieux publics
sont fermés mais pas de sanctions, ni d'attestation de déplacement. Interrogé, le Premier ministre portugais, António Costa, a répondu : "Les Portugais sont si disciplinés que la répression est inutile".

On pourrait donc penser que le Portugal va au devant de la catastrophe. Rien ne serait plus faux : alors que l'Espagne compte 6 733 victimes du coronavirus, le Portugal n'en compte que 119, c'est-à-dire, en proportion de leur population respective, 11 fois moins.


Des pistes pour élucider ce mystère portugais

La première explication est géographique : le Portugal est le seul pays du continent européen à n'avoir qu'un seul voisin, en l'occurrence l'Espagne. C'est donc le seul pays européen pour lequel la fermeture précoce de ses frontières a été efficace.

Deuxième explication : le pays vit beaucoup du tourisme. Or le covid-19 sévit hors période touristique. Donc, le Portugal n'a pas eu à affronter une vague de cas importés, juste à gérer un petit stock de visiteurs un peu esseulés en plein hiver.

Troisième explication, sa situation géographique à l'extrême-ouest de l'Europe a permis à Lisbonne de voir venir. C'est-à-dire que l'épidémie – et sa face ascendante – a commencé plus tard que pour l'Espagne, la France ou l'Italie.

Les Portugais ont profité des leçons des autres pays

Le Portugal s'est isolé en même temps que nous, le 13 mars, alors que nombre de cas sur son territoire pouvait encore se compter sur les doigts de deux mains. Mais surtout, António Costa a raison : les Portugais se sont auto-disciplinés.

En regardant les informations venues d'Italie, de France et surtout d'Espagne, dès la fin février, beaucoup de Portugais ont migré vers leurs maisons de campagne pour s'isoler, ont cessé de sortir dans les bars et les restaurants et ont retiré leurs enfants des écoles.

Du coup, beaucoup d'écoles étaient fermées avant même l'injonction gouvernementale faute d'élèves. Même chose pour certains commerces, notamment dans les centres des grandes villes du pays : il avaient devancé l'ordre de fermeture, faute de clients.

Les Portugais ont donc pris de l'avance... y-a-t-il des raisons plus structurelles ?

Il y a d'abord, une continuité gouvernementale dont les Espagnols ne peuvent se prévaloir. L'actuelle coalition de gauche est au pouvoir à Lisbonne depuis 2015. L'Espagne, dans la même période, ont connu quatre élections générales.

Sans même parler de la crise institutionnelle en Catalogne. Ensuite, contrairement à l'Espagne, le Portugal est sorti beaucoup plus tôt de l'austérité et avec succès. Moins d'austérité, moins de coupes claires dans la santé publique, un pays mieux préparé.

Ce qui autorise d'ailleurs Lisbonne à faire preuve de générosité : le 28 mars, Lisbonne a décidé de régulariser tous les migrants qui ont déposé un dossier de résidence et de renouveler automatiquement les titres de séjour qui arrivent à échéance.

Générosité mais aussi mesure de salubrité publique : en régularisant tout le monde, le gouvernement donne accès à toute la population résidant au Portugal au système de santé gratuit et universel : tout le monde protège tout le monde du Covid-19.

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