lundi 30 mars 2020

Le Coronavirus menace Gaza

Les jeunes volontaires de l’organisation Union of Health Work Committees à
 Gaza (partenaire de l’ong Viva Salud) envoient un message de solidarité à l’Europe

Véronique Coteur

Le virus COVID-19 virus se répand à la vitesse de l’éclair et touche également Gaza et les territoires palestiniens. Alors que les territoires palestiniens sont sous lockdown, neuf premiers cas ont été confirmés à Gaza. Neuf seulement, serait-on tenté de dire, pourquoi paniquer ? Il s’agit bien de
panique quand on réalise que deux millions de personnes vivent dans 365 km2, la plus grande prison à ciel ouvert du monde. L’apparition d’une épidémie là-bas, c’est un drame.

Gaza subit depuis 14 ans déjà un blocus aérien, maritime et terrestre. Israël contrôle tout ce qui entre et qui sort, que ce soit des denrées alimentaires, des matériaux de construction, des médicaments, etc. etc. La population y vit dans la pauvreté et les pénuries sont légion.

Les habitants de Gaza ne disposent quasi pas d’eau potable. 90% de l’eau n’est pas consommable. L’électricité fonctionne de 4 à 6 heures par jour. Les hôpitaux marchent grâce à des générateurs et 40% des médicaments nécessaires manquent. Le système sanitaire est complètement détruit et ne peut gérer une épidémie comme celle-ci. 80% de la population dépend de l’aide humanitaire de l’UNRWA. L’administration Trump a récemment fortement réduit cette aide.

Gaza est l’une des régions les plus densément peuplées au monde.

Vivre pendant 14 ans dans une immense prison à ciel ouvert ne laisse pas seulement des traces matérielles mais ça agit aussi sur le plan de la santé mentale. Nous ressentons dès à présent les effets de deux semaines de confinement. Or, de nombreux habitants de Gaza n’ont plus vu des proches depuis 14 ans parce qu’une ligne de démarcation les en sépare. D’autres n’ont encore jamais quitté Gaza et ne connaissent donc rien d’autre. Ajoutez à cela le stress quotidien. La peur de l’agression israélienne et une mauvaise situation économique. Pour survivre, la population a mis sur pied des systèmes de solidarité et construit des communautés fortes. On y vit beaucoup à l’extérieur et les familles vivent ensemble : oncles, tantes, grand-pères et grand-mères, petits-enfants, enfants… tous sous le même toit. Gaza est l’une des régions les plus densément peuplées au monde. Dans les camps de réfugiés, de nombreuses maisons sont bâties l’une sur l’autre et séparées par de petites ruelles étroites. Mettre les habitants de Gaza en quarantaine pour protéger les plus faibles est terriblement difficile.

Le COVID-19 à Gaza est synonyme d’un drame. On peut s’attendre à une rapide propagation du virus. Les autorités palestiniennes ont pris une série de mesures, comme l’interdiction des rassemblements, des fêtes de mariage, des réunions, mais les habitants de Gaza continuent à travailler et à sortir dans les rues. Beaucoup survivent grâce à la pêche et à l’agriculture ou à un poste à l’administration. Imposer une quarantaine totale y sera très difficile. Il n’y a pas de grands supermarchés mais des petits commerces de proximité. Les hôpitaux n’ont pas la capacité de traiter des malades du COVID-19 en plus des patients habituels.

Il n’y a pas suffisamment de lits pour les soins intensifs, ni de respirateurs, ni de médicaments ni de personnel formé pour affronter cette crise.

Après un blocus de 14 ans et les coupures de courant des dernières années, le secteur de la santé est extrêmement fragile. Il n’y a pas suffisamment de lits pour les soins intensifs, ni de respirateurs, ni de médicaments ni de personnel formé pour affronter cette crise.

Les habitants de Gaza ne pourront échapper au virus, par contre nous pouvons essayer d’en limiter les effets dans la mesure du possible.

Nous appelons à une levée immédiate du blocus de Gaza. L’accès aux médicaments, masques, savon, nourriture et personnel sanitaire doit en être garanti.

Nous demandons à la Belgique et à l’Union Européenne de prendre leur responsabilité et d’interrompre leurs relations avec Israël tant que ce blocus n’est pas levé. Se taire, c’est être complice.

Article paru sur le site intal.be

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