jeudi 26 mars 2020

L’apartheid israélien, le COVID-19 et les prisonniers palestiniens : la liberté maintenant !

Prisonniers palestiniens dans une prison militaire
 israélienne - Photo: via ChameleonsEye

Par Samidoun

Les prisonniers palestiniens et les organisations de défense des droits de l’homme ont de sérieuses inquiétudes quant à la menace de coronavirus dans les prisons israéliennes.

Les prisonniers palestiniens menacés par la pandémie COVID-19, souffrent déjà de graves négligences médicales et de carences délibérées des soins de santé nécessaires. Israël a répondu à la pandémie de coronavirus par la répression et le racisme inhérents au projet colonial d’apartheid, en violant les droits des Palestiniens et en intensifiant les attaques contre les prisonniers sans pour autant offrir de protection contre l’infection.

Les prisonniers palestiniens continuent leur lutte contre la réponse du régime d’apartheid à la menace que le COVID-19 fait peser sur les prisonniers palestiniens et, d’ailleurs, sur tous les Palestiniens. Aucun prisonnier palestinien n’est encore atteint du coronavirus, mais leurs conditions de détention sont très préoccupantes.

Selon la Société des prisonniers palestiniens, les prisonniers prévoient de fermer leurs sections et de refuser leurs repas les vendredi et samedi 20 et 21 mars, en protestation contre les mesures punitives qui leur sont infligées sous couvert de la lutte contre le virus tout en leur refusant de véritables moyens de prévenir la propagation du coronavirus. Les prisonniers palestiniens exigent la stérilisation, la désinfection et le nettoyage complet des prisons ainsi qu’un traitement sanitaire approprié pour tous les détenus.


Le Réseau de solidarité des prisonniers palestiniens de Samidoun souligne l’urgence d’une réponse globale au COVID-19 qui se fonde sur la solidarité, l’aide mutuelle et la santé publique, et non sur les valeurs capitalistes d’exploitation, d’oppression et de marginalisation des personnes vulnérables. Nous réitérons notre appel en faveur de la libération immédiate de tous les prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, gravement menacés en cette période de pandémie, et en particulier des détenus administratifs, des prisonniers malades et âgés, et des enfants prisonniers. Pour protéger la santé publique, il faut libérer les prisonniers palestiniens, libérer la Palestine et libérer tous les peuples et nations opprimés.


Refus d’accès au matériel sanitaire



Comme le note l’Association Addameer de défense des prisonniers et des droits humains, « les prisons sont surpeuplées, les salles, les cellules et les sections sont petites et manquent de ventilation… de stérilisateurs, de matériel de nettoyage et de médicaments tels que les antibiotiques, et des aliments nécessaires ». Addameer a noté que certains prisonniers avaient reçu du matériel de nettoyage, mais que d’autres se voyaient refuser l’accès aux équipements sanitaires.

L’administration pénitentiaire israélienne aurait interdit aux prisonniers politiques palestiniens d’acheter 170 articles différents à la « cantine » ou au magasin de la prison, y compris des produits de nettoyage. La Société des prisonniers palestiniens a indiqué que le matériel de nettoyage, les légumes frais et congelés, la viande, le poisson, l’huile et les herbes ont également été retirés de la « cantine ». Elle s’inquiète de cette nouvelle attaque contre les prisonniers palestiniens, plus isolés que jamais du fait de la pandémie de coronavirus.


Privation des visites familiales



Les prisonniers palestiniens se sont vu refuser les visites de leur famille selon les ordres du ministre israélien de la sécurité publique, Gilad Erdan – celui-là même qui a mené une campagne internationale de diffamation contre les organisations palestiniennes et internationales des droits de l’homme qui défendent les prisonniers palestiniens, et qui a dit une fois qu’il « fallait aggraver les conditions de vie » des prisonniers palestiniens et les réduire au « minimum vital ».

Ces restrictions s’appliquent à tous les prisonniers palestiniens, y compris aux quelque 180 enfants détenus dans les prisons israéliennes, qui se voient refuser les visites de leur famille comme leurs codétenus adultes.

Le Comité international de la Croix-Rouge a annoncé que les visites seraient suspendues pour une semaine supplémentaire en fonction de l’évolution de l’épidémie de coronavirus. L’Occupation israélienne interdit les visites mais ne fournit aux prisonniers palestiniens aucun autre moyen de contacter leurs familles, comme par exemple les appels téléphoniques. Elle utilise le COVID-19 pour isoler et punir davantage les prisonniers palestiniens.

La nature d’apartheid de ces restrictions apparaît clairement dans le fait que les prisonniers civils et criminels israéliens, contrairement aux prisonniers politiques ou de « sécurité » palestiniens, sont autorisés à recevoir les visites de leurs familles malgré la crise du COVID-19, selon Al-Mezan. A cause de la pandémie, une vitre de séparation a été installée pour permettre les visites aux prisonniers de droit commun israéliens, la même vitre de séparation derrière laquelle les prisonniers palestiniens sont depuis toujours obligés de recevoir leurs visiteurs.


Privation des visites juridiques



Les prisonniers palestiniens se voient refuser l’accès à leur avocat sous prétexte de la prévention du COVID-19, selon Addameer. Les détenus soumis aux interrogatoires ne peuvent pas voir leur avocat, ce qui n’empêche pas les interrogateurs de poursuivre les interrogatoires sans aucune modification de leurs techniques de tortures physiques et psychologiques.

Les prisonniers qui ont déjà été jugés ne sont autorisés à téléphoner à leur avocat que s’ils ont une procédure judiciaire en cours, par exemple un appel. Ils n’ont droit qu’à un seul coup de téléphone avant la procédure concernée et à un autre après. Les appels sont surveillés par l’administration pénitentiaire qui peut limiter leur durée à tout moment.

Il a été annoncé que, à cause de la pandémie, les audiences des prisonniers palestiniens de la Palestine occupée en 1948 et de Jérusalem, se dérouleraient en leur absence. Un avocat pourra être présent, mais le détenu sera connecté par une liaison vidéo ou audio. D’autre part, les audiences des tribunaux militaires israéliens seront généralement reportées, mais les détenus soumis à un interrogatoire devront être amenés devant les tribunaux en personne, si l’occupation israélienne veut prolonger leur période d’interrogatoire.

Ces nouvelles mesures répressives n’ont été accompagnées d’aucune mesure pour protéger les prisonniers palestiniens contre leur usage abusif par les forces d’occupation israéliennes et les gardiens de prison, ni pour réduire le surpeuplement, ni pour protéger les prisonniers pendant les transferts, qui sont des voyages longs et pénibles effectués en « bosta » (*). Les transferts continuent d’avoir lieu d’une prison à l’autre sans précautions supplémentaires pour la sécurité des détenus.


Négligence médicale et refus de soins de santé



Parmi les mesures approuvées par l’administration pénitentiaire figure l’arrêt des examens médicaux et des visites à la clinique, sauf en cas de forte fièvre. Les prisonniers malades et blessés, y compris ceux qui souffrent de maladies graves et de maladies de longue durée, ont vu leurs rendez-vous médicaux annulés. La pandémie COVID-19 aggrave encore la situation sanitaire des prisonniers palestiniens qui ont toujours beaucoup de mal à obtenir des soins.

Même les prisonniers les plus vulnérables – en raison de leurs maladies préexistantes et de leur âge avancé, tels que Fuad al-Shobaki, 80 ans, et Muwaffaq Arouq, 77 ans, sont soumis à ces mesures restrictives. Les prisons israéliennes sont horriblement sales et surpeuplées, en particulier les sections réservées aux prisonniers palestiniens. Alors qu’il y a environ quatre prisonniers de droit commun israéliens par cellule, ce nombre s’élève à six ou plus pour les prisonniers politiques palestiniens, qualifiés de prisonniers « de sécurité » par les autorités israéliennes.

Il y a un certain nombre de prisonniers palestiniens gravement et chroniquement malades, qui souffrent de cancer, de diabète, de maladies cardiaques, de maladies respiratoires et de maladies auto-immunes encore plus graves, y compris un certain nombre de prisonniers âgés. Les tests, les diagnostics et les traitements des prisonniers palestiniens se font avec beaucoup de retard. On leur refuse l’accès aux médecins indépendants envoyés par leurs familles, même s’ils en assument les coûts à titre privé.

On leur donne des analgésiques en réponse à de nombreuses maladies différentes, et les prisonniers sous dialyse et en chimiothérapie ne reçoivent pas leur traitement en temps voulu.

Sami Abu Diak, un patient atteint d’un cancer, est mort dans une prison israélienne en novembre 2019, après s’être vu refuser le droit de mourir chez lui. Abu Diak a d’abord été traité avec des analgésiques avant que son cancer ne soit diagnostiqué.

Cinq prisonniers palestiniens ont perdu la vie dans les prisons israéliennes en 2019, et 222 depuis 1967, parmi lesquels Nasser Taqatqa, qui a attrapé une pneumonie alors qu’il subissait des tortures physiques et des interrogatoires intenses dans un centre de détention israélien. Au lieu de le soigner, on l’a laissé mourir en isolement.

Le COVID-19 augmente la menace que fait déjà peser sur les prisonniers palestiniens le mépris israélien pour leur vie et leur santé et la réaction israélienne le montre bien. Comme le notent les Scientifiques du Mouvement de la jeunesse palestinienne, « Compte tenu de leurs épouvantables conditions de vie, notamment l’insalubrité et la constante privation délibérée de soins médicaux qui marquent l’emprisonnement dans les prisons israéliennes, les prisonniers palestiniens ont maintenant encore plus de raisons de craindre pour leur vie.

Mais dans un État colonial acharné à faire vivre toute la population sur le mode carcéral, les prisons deviennent des lieux de résistance et les prisonniers bénéficient de la solidarité et du soutien général en tant que symboles vivants de l’immense détresse du peuple palestinien ».


La menace COVID-19 dans les prisons



À ce jour, aucun prisonnier palestinien n’a été diagnostiqué positif au coronavirus. Cependant, 19 prisonniers palestiniens ont été placés en isolement dans la prison d’Ashkelon après qu’un psychiatre israélien, diagnostiqué plus tard positif au COVID-19, a visité la section 3 de la prison, où il a interrogé un prisonnier.

Les prisons et les camps de détention du monde entier constituent une menace importante pour la vie et la santé des personnes qui y sont détenues, en raison de l’exiguïté des cellules et de l’insalubrité. Comme le note The Justice Collaborative, « Le lavage des mains, la désinfection des espaces communs et la distanciation sociale sont les principaux moyens de limiter la propagation du virus, selon les experts. Mais derrière les barreaux, certaines des mesures les plus élémentaires de prévention de la maladie sont contraires au règlement ou tout simplement impossibles ».

Dans les prisons du monde entier, il y a des prisonniers politiques ainsi que des prisonniers appartenant à des communautés marginalisées qui sont victimes d’incarcération de masse racistes ou coloniales. Les prisonniers et les détenus – y compris les migrants qui sont enfermés dans des camps et des centres de détention – sont en très grande majorité des pauvres et des précaires victimes des ravages du capitalisme ainsi que de la déshumanisation de l’emprisonnement.

Comme le notent les Scientifiques du Palestinian Youth Mouvement (PYM), « Dans notre lutte contre la propagation du coronavirus, nous ne pouvons pas oublier le sort des populations les plus démunies et les plus vulnérables, depuis les Palestiniens et les réfugiés emprisonnés et colonisés, jusqu’aux familles sans papiers brutalement forcées de vivre dans des camps de concentration à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, où les enfants sont séparés de leurs parents et enfermés dans des pièces froides et mal éclairées où ils souffrent d’une négligence médicale volontaire et d’une pénurie de ressources. Les centres de détention fonctionnent comme des prisons pour inspirer la crainte et la terreur aux sans-papiers et les faire souffrir. La séparation obligatoire des familles, avec des effets sur les victimes souvent irréversibles, est une forme de nettoyage ethnique, et nous ne pouvons pas non plus oublier les conditions déplorables des prisons américaines, qui abritent certaines des populations les plus précaires, les plus démunies, et structurellement prédisposées à un risque accru d’infection. Ironiquement, on fait fabriquer par les prisonniers les désinfectants pour les mains et les masques que de nombreuses personnes achètent en masse pour se protéger contre la menace d’infection ».


COVID-19 : Le partenaire de l’impérialisme dans la destruction



Selon la Ligue internationale de lutte des peuples, ce sont les travailleurs et les pauvres du monde entier qui sont le plus menacés par le coronavirus, tant pour ce qui concerne ses effets médicaux que ses conséquences économiques. « L’ILPS exige que les travailleurs aient un revenu garanti et un accès gratuit aux tests et aux traitements. Les gouvernements devraient s’occuper en priorité des communautés vulnérables. On doit pouvoir demander des comptes aux dirigeants sur leur gestion de la crise sanitaire. Bien que la distanciation sociale soit un moyen de gérer l’épidémie, elle ne doit pas être utilisée pour détruire la solidarité sociale ni l’organisation et l’action politiques. Les populations doivent s’unir et se battre collectivement pour la santé publique. Il faut que la santé publique passe avant la cupidité des entreprises et avant les objectifs impérialistes ».

Les Palestiniens qui se trouvent dans les camps de réfugiés au Liban et avec d’autres migrants et réfugiés en Grèce et ailleurs en Europe sont également exposés à un risque extrême de coronavirus. Les Palestiniens assiégés dans la bande de Gaza sont également très exposés, notamment en raison de la dégradation des installations sanitaires due à plus de 10 ans de blocus. Israël – avec la collaboration de l’Égypte, des États-Unis et de l’Union européenne – fait subir la forme la plus destructrice de « distanciation sociale » collective à l’ensemble de la population de Gaza, l’extrême inverse d’une quarantaine protectrice.

A cette date, l’épidémie de COVID-19 n’a pas encore atteint Gaza, mais sa propagation y sera catastrophique.

Nous constatons que la crise COVID-19 est combattue un peu partout en fermant les frontières, ce qui ne protège pas la santé des plus vulnérables et marginalisés. La répression militarisée et policière ne protège pas la vie des gens ; ces méthodes s’inscrivent au contraire dans un cadre capitaliste qui cherche à profiter d’une grave menace internationale sur la santé publique pour imposer des politiques de surveillance et de contrôle à long terme.

Le COVID-19 s’ajoute aux politiques brutales de l’Empire. Comme le note The Red Nation, « Les sanctions des États-Unis contre des pays comme l’Iran et le Venezuela ont affaibli leurs infrastructures et compromis leur capacité à combattre le virus, ce qui met des millions de personnes à la merci du virus. C’est inhumain et moralement inacceptable ».

L’impérialisme est la plus grande menace pour les peuples du monde, et cela inclut la manière dont ils utilisent des moyens systémiques comme les sanctions et les sièges pour aggraver les effets de COVID-19 dans les communautés et les nations ciblées. Malgré tout, de nombreux pays ciblés par les États-Unis, comme Cuba et le Venezuela, ont apporté leur aide à d’autres nations alors même qu’ils sont menacés par les sanctions et les mesures coercitives unilatérales des États-Unis.

Nous nous joignons aux revendications suivantes de nos camarades du monde entier : protéger les droits des travailleurs, y compris des travailleurs migrants ; fournir un revenu suffisant et de l’aide pour garder les enfants à tous les travailleurs et leurs familles ; garantir des soins de santé gratuits et accessibles à tous ; mettre fin aux arrestations, expulsions et détentions et à la criminalisation des migrants ; libérer les personnes incarcérées ; mettre fin aux expulsions de domicile, aux coupures d’eau ou d’électricité, aux fermetures de services publics et aux saisies immobilières ; et, d’une manière générale, remettre en question le système capitaliste qui siphonne les ressources de la santé publique et de la solidarité pour les guerres, les occupations, le profit et l’impérialisme.

La distanciation sociale est peut-être nécessaire pour combattre le virus, mais elle doit s’accompagner d’une solidarité sociale toujours plus grande, pour que nous soyons plus proches les uns des autres et non plus éloignés.

Et nous nous joignons aux revendications des Journées internationales d’action contre les sanctions et la guerre économique, car nous pensons que mettre fin aux sanctions américaines contre l’Iran, le Venezuela, la Syrie et tous les pays touchés, ainsi qu’au siège de Gaza et aux autres mesures punitives contre les Palestiniens, fait partie de la solution.


Au moment où sévit le COVID-19, il est plus important que jamais de se tenir aux côtés des prisonniers palestiniens et du peuple palestinien confrontés à l’apartheid, au racisme, au colonialisme et au sionisme qui menacent gravement la santé publique en Palestine depuis plus de 70 ans. Si nous voulons construire un avenir solidaire, nous devons aider le peuple palestinien à mettre fin à ce système, ainsi qu’au système impérialiste qui le finance, l’arme et le soutient.

Liberté pour tous les prisonniers palestiniens ! Liberté pour la Palestine, du Jourdain à la mer !

Note :

* La “Bosta” est le véhicule qui sert à emmener les prisonniers palestiniens menottés et attachés à des sièges de métal à l’hôpital ou au tribunal.

17 mars 2020 – Samidoun – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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