mardi 31 mars 2020

La Palestine affronte la pandémie

Par SUSAN ABULHAWA


La pandémie de coronavirus n’épargne pas la Palestine où les autorités font tout ce qu’elles peuvent, avec les moyens du bord, pour endiguer sa propagation. À Gaza, bande côtière surpeuplée, la situation pourrait virer au drame. D’autant plus que les hôpitaux sont démunis à cause du blocus illégal imposé par Israël. (IGA)

Jusqu’à maintenant, il y a eu peu de cas confirmés de covid-19 au sein de la population palestinienne au regard du nombre d’Israéliens infectés. Cela est dû en partie au confinement rapidement mis en place par l’Autorité palestinienne. Mais aussi grâce à l’expérience des Palestiniens en matière de soutien mutuel, la population étant habituée à affronter la virulence bien plus grande de l’apartheid et de l’occupation israéliens.

Les premiers cas de COVID-19 sont apparus à Bethléem le 5 mars. Les infections sept personnes ont été confirmées, après qu’elles ont été en contact avec un groupe de touristes grecs, dont deux ont été plus tard testés positifs. À son crédit, l’Autorité palestinienne a rapidement mis en place un arrêt complet des villes palestiniennes et a interdit l’entrée des touristes étrangers.

Le jour-même où les premiers cas ont été confirmés, l’Autorité palestinienne a déclaré l’état d’urgence et a fermé toutes les écoles, églises, mosquées et commerces non essentiels pour un mois. Onze autres cas ont été confirmés deux jours plus tard.

Au 22 mars, 59 cas au total avaient été confirmés sur une population palestinienne totale de 5 millions d’habitants. Chose terrifiante, deux de ces cas sont apparus à Gaza après le retour de deux Palestiniens du Pakistan par la frontière égyptienne. Les autorités du Hamas les ont placés en quarantaine afin d’empêcher la propagation du virus au sein de la population assiégée de 1,8 million de Palestiniens qui manquent déjà d’eau potable, d’électricité et de traitement des eaux usées en raison du blocus israélien imposé depuis 14 ans à Gaza.

Depuis 14 ans, Gaza n’a pas été en mesure d’importer suffisamment de médicaments ou d’équipements médicaux pour répondre aux besoins de la population. Une grande partie de ce qui est disponible passe en contrebande à travers l’Égypte. Cette situation, conjuguée aux attaques militaires persistantes d’Israël qui utilise Gaza comme terrain d’essai pour leur industrie d’armement en plein essor, a laissé en ruines l’infrastructure médicale de Gaza. Gaza ne peut rien ou presque pour endiguer la vague de la pandémie si elle se propage le long de la minuscule bande de terres côtières, qui figure parmi les plus densément peuplées du monde.

Lorsqu’Israël a attaqué Gaza en 2014, il a bombardé et détruit plusieurs hôpitaux qui n’ont pas pu être reconstruits sous le blocus. Les hôpitaux qui sont restés ont été ravagés par la combinaison de plusieurs facteurs: demandes excessives d’une population paralysée et mutilée par les attaques israéliennes, impossibilité d’importer de nouveaux équipements ou même des pièces pour réparer les équipements existants, pénuries chroniques de médicaments essentiels et d’équipements de protection jetables, pannes chroniques d’électricité.

La décision du gouvernement Trump d’arrêter de financer d’une part l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient et d’autre part, l’Agence des États-Unis pour le développement international, a également privé le secteur médical d’un niveau minimal de secours.

Les autorités locales de Gaza mettent tout en œuvre pour empêcher le virus de pénétrer. Elles ont construit des dizaines de petits logements le long de la frontière avec l’Égypte pour mettre en quarantaine les personnes qui arrivent. Elles sont également en train de mettre en place un hôpital de campagne dans cette même zone. Elles ont également réaménagé les écoles voisines pour en faire des zones de quarantaine, tout en suspendant temporairement les passages à la frontière.

C’est tout ce que Gaza peut faire pour éviter une catastrophe potentielle. Si le virus se propage, il est peu probable que quiconque soit épargné sur une population de 1,8 million de personnes.

Il est également peu probable qu’Israël fasse plus que fournir un soutien superficiel à Gaza, juste pour soigner son image. En fait, en Cisjordanie et à Jérusalem, Israël a poursuivi ses habituels raids nocturnes et arrestations massives de Palestiniens. Des informations font également état de quatre cas confirmés de coronavirus parmi des prisonniers politiques palestiniens. Ces derniers sont particulièrement vulnérables dans les prisons israéliennes surpeuplées.

Avec une population de 8,7 millions d’habitants, Israël a enregistré un nombre de 1200 cas de coronavirus. Le 18 mars, le Mossad, l’agence israélienne d’espionnage, a acheté 100 000 kits de test à l’étranger. Étant donné le mandat du Mossad – espionnage, vol, enlèvement, chantage, corruption et assassinat – il est peu probable que la source soit casher. Et, ironie du sort, ces kits manquaient de composants clés, ce qui les rendait inutilisables.


Source originale: Workers World

Traduit de l’anglais par Investig’Action

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