jeudi 20 février 2020

« Nous créons de nouveaux criminels » : en Irak, la prison traumatise les enfants soldats de l’EI

Se débattant avec le traumatisme d’un passé qu’ils n’ont pas choisi, les anciennes jeunes recrues du groupe État islamique aspirent à une vie normale

Un jeune Irakien déplacé qui a fui la ville de Hawija en raison des
combats avec le groupe État islamique, en septembre 2017 (AFP)

Par Elizabeth Hagedorn – ERBIL, Irak

Assis sur une chaise pliante dans la salle de repos de la prison, Adnan* garde la tête baissée, fixant ses claquettes de type Nike.

Ses yeux fatigués et sa peau burinée lui donnent l’apparence d’un homme de deux fois son âge. À 17 ans à peine, Adnan a passé la majeure partie de son adolescence au sein du centre de rééducation pour femmes et enfants situé dans la capitale du Kurdistan irakien, Erbil.

Situé face à un centre commercial populaire, ce centre de détention accueille actuellement 32 garçons suspectés d’avoir rejoint le groupe État islamique (EI) lorsqu’il contrôlait un territoire de la taille de la Grande-Bretagne en Syrie et en Irak.

Il y a trois ans, Adnan vivait dans un camp pour les Irakiens déplacés près de Mossoul, ancien bastion de l’EI.


Des milices sunnites irakiennes « recrutent des enfants réfugiés pour se battre contre l’EI »

D’après ce qu’il raconte, un autre garçon l’a accusé d’appartenir à l’EI et l’a dénoncé aux forces de sécurité kurdes, connues sous le nom d’Asayesh. Adnan a passé six mois en prison avant qu’un tribunal ne le condamne à cinq ans d’emprisonnement pour son appartenance supposée à l’EI.

« Je suis innocent », affirme Adnan en élevant la voix. « Il y a des gens qui ont fait des choses, mais pas moi. »

Presque tous les garçons interviewés par Middle East Eye disent avoir fini derrière les barreaux pour s’être retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment ou parce qu’ils ont un homonyme dont le nom figurait sur la liste des suspects de l’EI recherchés par l’Irak.

Adnan avait 14 ans lorsqu’il a été arrêté et était plus jeune encore lorsqu’il aurait rejoint l’EI, selon les autorités. Son récit, et ceux des autres détenus clamant leur innocence, n’a pas pu être vérifié de manière indépendante.

Cependant, les militants pour les droits de l’homme estiment que l’implication présumée d’Adnan n’est pas la question : les enfants participant à des conflits armés sont eux-mêmes victimes : il faut les réinsérer, pas les incarcérer. 

Élevés dans « le califat »
On estime que des milliers d’enfants irakiens ont été recrutés par l’EI.

En Irak, où l’âge de la responsabilité pénale est fixé à 9 ans, les procureurs ne font que peu de distinctions entre ceux qui ont rejoint le groupe de leur plein gré et ceux qui y ont été contraints. De même la mesure de l’implication d’un enfant n’est souvent pas prise en compte.

Les lois radicales de lutte contre le terrorisme du pays énoncent des sentences aussi dures pour ceux qui ont joué des rôles mineurs, tels que les éboueurs et les cuisiniers, et ceux qui ont activement participé aux combats.

« Ils m’ont menacé et m’ont dit que j’irais en prison plus longtemps si je n’avouais pas », raconte Samer, 17 ans.

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Lorsque le groupe a été chassé de son quartier, poursuit Samer, il a essayé de se rendre à Erbil pour travailler mais a été arrêté à un poste de contrôle kurde en raison de son appartenance supposée à l’EI. Craignant une sentence plus lourde, Samer a avoué un crime qu’il dit ne pas avoir commis.
Les Nations unies ont exprimé leur inquiétude quant à ces aveux forcés. Un récent rapport de l’ONU a cité des « fréquentes allégations de torture » et des poursuites axées sur l’« association » à l’EI plutôt que sur la participation directe à des a...

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