lundi 10 février 2020

Le rapprochement entre Israël et l’armée soudanaise déplaît au gouvernement de Khartoum

Au Soudan, le gouvernement civil est divisé après l’annonce du général Burhane de renouer les liens avec l’État hébreu.

Marion Bellal


La rencontre entre le chef du Conseil souverain soudanais, le général Abdel Fattah Al Burhane et le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a eu lieu à Entebbe en Ouganda, le 3 février. À la suite de cette entrevue, le général Al Burhane annonçait « entamer une coopération qui normalisera les relations entre les deux pays ». Trois jours plus tard, cette déclaration déclenchait une polémique au sein du nouveau gouvernement à Khartoum. Depuis la chute du dictateur Omar El Béchir en avril dernier, le Soudan est dirigé par un gouvernement civil, appuyé d’un Conseil souverain militaire. Selon le gouvernement d’Abdallah Hamdok, la décision du général Burhane de normaliser les relations avec l’État hébreu était « unilatérale » et « dépassait son mandat ».


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« Les relations avec Israël ne sont ni la priorité du gouvernement civil, ni celle de la population soudanaise », remarque Marc Lavergne, géopolitologue spécialiste du Soudan et directeur de recherches au CNRS. Il met en doute la raison invoquée par le général Burhane de « préserver la sécurité nationale ». « Tout est question de jeux de pouvoir internes. L’état profond de dictature subsiste au Soudan et l’armée cherche, en faisant un pas vers Israël, à se faire adouber par les États-Unis et les Émirats du Golfe. Peut-être pour reprendre le pouvoir au gouvernement civil. Au moins pour obtenir la levée des sanctions américaines et recevoir de l’argent de la part des pays du Golfe », explique le géopolitologue.


Un pays qui soutient le terrorisme, selon les Etats-Unis
Bien que Washington ait levé une partie des sanctions en 2017, le Soudan reste inscrit sur leur liste des pays soutenant le terrorisme. Mais la stratégie du général Burhane pourrait se révéler concluante : à la suite de cette annonce, le secrétaire d’État américain a « remercié » le président du Conseil souverain pour son rôle dans « la normalisation des liens » et l’a invité à Washington.


Depuis plusieurs années, Israël, de son côté, renoue avec les pays africains. En 2016, Benyamin Netanyahou a entrepris une tournée au sud du Sahara. En juin 2017, Israël était présent au 51e sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, à Monrovia, au Liberia. Mais sous les critiques du Niger ou du Sénégal, et face aux révoltes togolaises, le grand sommet prévu entre Israël et l’Afrique, quatre mois plus tard, à Lomé, avait été annulé.


Israël renoue avec les pays africains
Depuis, Israël a tout de même officialisé ses relations avec le Tchad, le Ghana, le Mali ou encore le Rwanda. « L’histoire d’Israël et de l’Afrique est peu connue mais leurs relations ont été bonnes dès la création de l’État hébreu. Dans les années 1960, on parlait même de lune de miel entre Israël et l’Afrique », rappelle Anne-Sophie Sebban, auteure d’une thèse sur les relations entre l’État hébreu et la Corne de l’Afrique. « Le premier tournant a été la guerre des Six Jours, condamnée par les pays africains, puis celle du Kippour. Mais en réalité, des liens officieux ont persisté, car Israël aide au développement de ces pays. »


Confrontée à des défis similaires pour l’agriculture et la gestion de l’eau, Israël exporte ses savoir-faire agricoles vers l’Afrique. Son autre porte d’entrée est la lutte contre le terrorisme. Le pays prodigue un soutien logistique et opérationnel au Kenya, au Cameroun, ou encore au Sénégal. Ses liens sont aussi très étroits avec l’Éthiopie et l’Ouganda.


« À court terme, ce rapprochement entre Israël et le Soudan est un atout pour l’État hébreu alors qu’est dévoilé le plan de Donald Trump pour la paix israélo-palestinienne. Un ami parmi les membres de la Ligue arabe pourrait être un plus », note Anne-Sophie Sebban. « Israël a encore des problèmes au nord avec le Liban et la Syrie, mais au sud, il n’a plus que des alliés », résume Marc Lavergne.

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