jeudi 6 février 2020

Le plan de Trump : conclusion logique du leurre à « deux États » – Partie 1 et 2

Des milliers de fidèles palestiniens font la queue au poste de contrôle de Bethléem afin d'atteindre Jérusalem
 pour le deuxième vendredi du Ramadan, le 4 septembre 2009. La plupart des fidèles étaient des hommes et 
des femmes âgés, car les restrictions israéliennes interdisent aux hommes de moins de 50 ans et aux femmes
 de moins de 45 ans d'entrer dans la ville et de prier à la mosquée - Photo : Anne Paq/Activestills.org


Par Asa Winstanley

Ainsi l’administration du président états-unien Donald Trump a fini par publier son « Accord final », document claironné comme étant un « plan de paix ».

Mais en réalité, il n‘en est rien. Il s’agit plus d’un plan de pacification de la résistance palestinienne, d’une formule de liquidation de la cause palestinienne. C’est une machination pour marginaliser le peuple palestinien et prétendre que la réalisation de ses droits peut être à jamais repoussée.


La «vision pour la paix» de Rump emprisonnerait définitivement les Palestiniens dans des bantoustans, cimentant l’apartheid israélien.
Mais nous ne céderons jamais nos droits et nos terres.
Inspirés par le mouvement qui a contribué à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud, nous appelons à une pression internationale via #BDS. pic.twitter.com/vhyYycIt3P

– Mouvement BDS (@BDSmovement) 29 janvier 2020

Selon ce plan, les colonies israéliennes illégales qui défigurent la Cisjordanie demeureront. Les Palestiniens auront ce que le plan qualifie de « quelque chose de « moins qu’un État » ». La dictature militaire d’Israël (la responsabilité israélienne de la sécurité) en Cisjordanie restera en place. Gaza sera reconquise par la marionnette d’Israël, l’Autorité Palestinienne ou un « autre organisme acceptable pour Israël ».


Pas de retour pour les réfugiés

En bref : tout pour Israël, rien pour les Palestiniens.

C’est pourquoi même l’Autorité Palestinienne collaborationniste a rejeté le document comme étant totalement inapplicable, et Mahmoud Abbas lui a dit « mille fois non ».

Le ridicule du plan saute aux yeux en regardant les cartes qui en font partie, dans les annexes au document, que le gendre de Trump Jared Kushner a rendu public cette semaine.

Bien qu’ils aient déjà fait la concession inacceptable (pour beaucoup de Palestiniens) de renoncer à jouir de 78% du territoire de la Palestine historique à la fin des années 1980, le plan Trump-Kushner-Netanyahu exige des Palestiniens qu’ils abandonnent encore plus de territoire.

Un tiers environ de la Cisjordanie sera annexé à Israël en vertu du plan. Mais surtout, la carte montre que même les bouts de terre laissés en théorie aux Palestiniens sont des territoires isolés, éclatés, non contigus.

Ces minuscules morceaux de terre palestinienne sont comparables aux réserves indiennes aux États-Unis, ou – plus justement encore – aux bantoustans du régime suprématiste blanc non regretté d’Afrique du Sud.

En réaction à l’indignation internationale croissante suscitée par son racisme et sa violence, les dirigeants de la minorité blanche du régime d’apartheid ont concocté les bantoustans – série de « foyers noirs ». Il s’agissait d’îlots non contigus et isolés à l’intérieur de l’Afrique du Sud, chassant ainsi la population noire de la majeure partie du territoire d’Afrique du Sud, la réservant exclusivement à la population minoritaire des colons blancs.

Le régime d’apartheid prétendait que ces entités dénuées de tout pouvoir permettaient aux Noirs d’accéder à l’autodétermination, leur donnant même une certaine indépendance nominale à la fin des années 1970, début des années 1980.

Mais la réalité était tout autre. En fait, les bantoustans étaient des dictatures violentes et corrompues, délibérément établies comme centre locaux de pouvoir placés, en dernier ressort, sous le contrôle du régime. Ils visaient à provoquer des luttes intestines au sein de la population noire majoritaire, afin de miner la lutte pour la libération du Congrès National Africain.

Il en est de même pour l’AP – qui est aussi une dictature violente et corrompue, dont le premier objectif est de protéger Israël et miner la lutte de libération palestinienne.

C’est précisément pour cette raison que certains éléments minoritaires du mouvement mondial pour le sionisme – l’idéologie coloniale de peuplement fondatrice d’Israël – sont critiques du plan de Trump. Les ailes prétendument progressistes et « de gauche » du sionisme sont opposées au plan d’un point de vue purement cosmétique, et non parce qu’il sape les droits humains des Palestiniens.

En d’autres termes, les sionistes progressistes ne s’opposent au plan de Trump que parce qu’il donne d’eux une mauvaise image. Il dévoile et montre clairement la triste réalité de la façon dont Israël, les États-Unis et l’UE essayent depuis des décennies de détruire le mouvement de Libération palestinien.

La manière dont ces « grandes puissances » ont essayé d’y parvenir, consiste à imposer la fausse idée qu’il existe une « solution à deux États » au « conflit » entre « Israël et les Palestiniens ».

La carte, en indiquant clairement que seules de minuscules miettes de terre en Cisjordanie reviendront aux Palestiniens, montre trop honnêtement son mépris patent des Palestiniens et son racisme à leur égard.

Kushner, alors qu’il passait à la télévision pour promouvoir le plan, a manifesté très ouvertement son racisme arrogant envers les Palestiniens.

D’une manière typiquement coloniale, il a affirmé que les Palestiniens « ne sont pas prêts » à se gouverner eux-mêmes. Il a parlé des Palestiniens avec dérision disant « qu’ils avaient des droits » – manifestation évidente que cet Américain raciste considère les Palestiniens comme moins qu’humains, et ne méritant pas des droits égaux à ceux des Israéliens ou d’autres personnes blanches.

Le côté positif de tout ceci c’est qu’il y une sorte de franchise non déguisée. La position des racistes avoués est claire pour tous.

Mais en réalité, les sionistes « progressistes » et « de gauche » sont tout aussi racistes envers les Palestiniens – mais ils font plus attention à ne pas l’exprimer publiquement. Ils sont légèrement meilleurs en relations publiques.


30 janvier 2020 – MiddleEastMonitor – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

PARTIE 2



Scène de la Nakba, l'expulsion de Palestine en 1948 de la population autochtone
 palestinienne par les milices sionistes - Photo : Hanini/Wikipedia


Par Asa Winstanley
Le projet de création d’un état juif en Palestine a toujours été un projet fondamentalement raciste – et le restera tant qu’il durera.



Première partie.

Jusqu’à ce que les milices sionistes expulsent violemment la moitié de la population autochtone en 1948, la Palestine était un pays à majorité non juive.

Par conséquent, la tentative d’imposer une majorité juive par les déplacements de population imposés par la violence était par définition même un acte colonialiste et raciste. Et les premiers penseurs sionistes étaient très explicites à cet égard : lisez les documents des Congrès Sionistes Mondiaux des années 1930 et vous verrez qu’ils qualifient explicitement de « colonial » leur projet en Palestine.

Les discours hypocrites actuels des sionistes de « gauche » sur Trump sont donc tout à fait exaspérants. Le directeur adjoint du groupe sioniste progressiste Yachad, par exemple, écrivant dans The Independent de mercredi, se lamentait que les « vrais amis d’Israël » ne soutiendraient pas ce « plan dangereux » qui « ne sert » aucun des « intérêts » d’Israël.

Une telle duperie mise à part, le texte même du document est en réalité tout à fait fidèle au leurre des deux États.
L’Apartheid en Palestine… Un ensemble de bantoustans éventuellement reliés par des tunnels et des ponts sous haute surveillance, imposés par l’occupant israélien à la population autochtone palestinienne.

Il contient tous les mensonges habituels sur les « compromis difficiles » entre les deux « parties » du « conflit » – plutôt que de présenter la réalité objective sur le terrain d’un mouvement colonial de peuplement violent multipliant les efforts pour la liquidation du peuple autochtone de Palestine.

En outre, il s’appuie explicitement sur le patrimoine de la « gauche » sioniste et les héros racistes de la mythologie sioniste progressiste.

Le document s’épanche sur le fait que le dirigeant du Parti Travailliste israélien et ancien Premier Ministre Yitzhak Rabin « a donné sa vie pour la cause de la paix ». En réalité, ce criminel de guerre raciste a ordonné à ses troupes de « briser les os » des enfants palestiniens en représailles parce qu’ils avaient osé protester contre la dictature militaire lors de la Première Intifada.

Mais les auteurs du document ont raison de faire ressortir les similitudes entre leur plan raciste pour la liquidation du peuple palestinien, et le plan raciste de la « gauche » sioniste pour la liquidation du peuple palestinien.

Il est tout à fait vrai, comme le stipule le document, que Rabin a aussi exigé que de vastes parties de la Cisjordanie soient annexées (« incorporées) à Israël. Surtout, il indique également que Rabin affirmait que les Palestiniens n’obtiendraient qu’une « autonomie civile dans ce qui serait, a-t-il dit, « moins qu’un État » »

Le plan s’appuie donc sur cet héritage toxique pour faire comprendre que quand il utilise les mots « État palestinien » (avec le mot ÉTAT écrit délibérément en lettre capitales) il n’est pas réellement question d’un État palestinien.

Le plan est clair : « Une solution réaliste » imposerait aux Palestiniens « des limites à certains pouvoirs de souveraineté dans les zones palestiniennes (désormais dénommées « État Palestinien ») »

C’est là la véritable signification et l’aboutissement logique de la « solution à deux États ». Il est temps que ceux qui sont solidaires des Palestiniens prennent conscience de cette vérité fondamentale et l’admettent.

Ce qui s’est passé en Palestine au cours des 130 dernières années n’est pas un conflit abstrait, inévitable entre deux « camps » égaux qui peut être résolu par des négociations entre les « parties ».


Israël est un projet colonial de peuplement, raciste, violent, dont le but ultime est l’élimination de la population autochtone afin d’imposer un État ethniquement homogène – le soi-disant État juif.

Comme l’historien palestinien Rashid Khalidi l’a, à juste titre, fait valoir dans le Guardian cette semaine, dans un extrait de son nouveau livre à paraître, des négociations basées sur le faux postulat que les États-Unis sont une sorte de négociateur neutre sont vouées à l’échec.

Au lieu de cela, une nouvelle réalité devra être imposée à Israël ; les droits des Palestiniens sont des droits humains, et en tant que tels ne sont pas négociables. Le droit de vivre hors dictature militaire, avec des droits égaux pour tous garantis par la loi, et le droit au retour pour les réfugiés, sont des droits humains universels.

Ce sont ces droits qui ne peuvent jamais être abrogés, annulés, réduits à néant par négociation, quel que soit le nombre de dirigeants collabos imposés au peuple palestinien.

Malgré 130 années de tentatives ratées pour détruire la cause palestinienne, les Palestiniens eux-mêmes ont refusé de disparaître, de se taire, ou de cesser d’exister et de lutter pour leur liberté.

Le plan de Trump n’est que le dernier de ces efforts infructueux – lui aussi échouera.

* Asa Winstanley est un journaliste indépendant basé à Londres qui séjourne régulièrement dans les TPO. Son premier livre “Corporate Complicity in Israel’s Occupation” est publié chez Pluto Press. Voir son site web



31 janvier 2020 – Middle East Monitor – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

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