mardi 18 février 2020

À Gaza, le mariage devient un rêve impossible

Les conditions économiques extrêmement difficiles dans la bande côtière assiégée, couplées à la menace constante de guerre avec Israël, empêchent un nombre croissant de jeunes Palestiniens de convoler en justes noces

Un enfant portant un keffieh traditionnel palestinien participe à une cérémonie
collective de mariage dans la ville de Gaza en février 2014 (AFP)

Par Isra Namey – 
CAMP DE RÉFUGIÉS D’AL-MAGHAZI, bande de Gaza assiégée

Hussein Qandeel a un rêve simple : gagner sa vie décemment, se marier et fonder une famille. Mais dans la bande de Gaza, les aspirations de cet homme de 39 ans sont devenues un luxe.

Aux prises avec des épisodes récurrents de violence et la détérioration constante des conditions économiques et sociales causée par plus de douze ans de siège imposé par Israël avec l’aide de l’Égypte, les jeunes Palestiniens de Gaza ont toutes les difficultés du monde à simplement survivre, sans parler de se construire un avenir et de trouver un partenaire.

Le problème a pris des proportions inquiétantes : les autorités gazaouies signalent une baisse constante des taux de nuptialité tandis que les dots, cérémonies et logements deviennent hors de portée pour la plupart des jeunes de la bande côtière – ce qui a des conséquences inquiétantes sur le tissu social palestinien.
Rêves détruits et cœurs brisés

Hussein a obtenu son diplôme universitaire en marketing il y a plus de quinze ans, mais n’a jamais réussi à trouver un poste correspondant à ses études et ses intérêts.

« Je travaillais pendant mes études pour payer mes frais de scolarité et, après mon diplôme, je me suis lancé dans le voyage frustrant de la recherche d’emploi, en vain », raconte-t-il avec amertume à Middle East Eye.
Au fil des années, les rêves pourtant modestes de Hussein sont restés irréalisables, les difficultés se sont accumulées et il a sombré dans le désespoir.

« Mon père est âgé et malade, et je me démène avec mon frère pour mettre de la nourriture sur la table tous les soirs pour notre famille », poursuit-il. « Mes responsabilités ne cessent de croître et la dernière chose à laquelle je pense, c’est le mariage. »

Afin de subvenir aux besoins de ses sœurs et de ses parents, Hussein a accepté des emplois périlleux dans le secteur de la construction.

À cause des efforts physiques importants qu’exigeait son travail sur des périodes prolongées, le jeune homme a dû subir deux opérations chirurgicales, après quoi les médecins lui ont interdit d’exercer un métier requérant des efforts aussi intenses.

Ces restrictions ont réduit davantage les options de Hussein, laissant le jeune homme et sa famille sombrer davantage dans le découragement – et brisant ses rêves de mariage.

Mahmoud al-Leli, un autre habitant de Gaza, est quant à lui toujours affecté par la déception causée par une proposition de mariage éconduite. Il y a quelques années, Mahmoud est tombé amoureux d’une jeune femme d’un quartier voisin.

« Je l’aimais énormément et je rêvais de vivre avec elle pour toujours », confie le jeune homme de 27 ans à MEE. « Mais visiblement, c’était trop demander. »


« Mes responsabilités ne cessent de croître et la dernière chose à laquelle je pense, c’est le mariage »
- Hussein Qandeel, célibataire de 39 ans



Mahmoud vit toujours avec ses parents et en l’absence de sources de revenus stables, toute la famille dépend principalement de l’aide fournie par l’UNRWA, l’agence de secours des Nations unies pour les réfugiés palestiniens.

Le jeune homme était parvenu à convaincre son père de demander la main de la jeune femme à sa famille. La famille de Mahmoud a dès lors fait tout son possible pour présenter une bonne proposition de mariage, offrant près de 2 000 euros en dot et suggérant que le couple habite dans une pièce de la maison familiale jusqu’à ce que leur situation s’améliore.

« Le père [de la jeune femme] à tout juste accepté la maigre dot et restait toujours très réticent à l’idée de la pièce », explique Mahmoud. « Mais quand il a découvert que mon père avait emprunté de l’argent à des parents et des voisins pour couvrir la dot et les autres dépenses liées à la cérémonie de mariage, il était furieux. »

Le père de la femme a rompu les fiançailles, brisant le cœur de Mahmoud au passage.
Impact sociétal
Hussein et Mahmoud sont loin d’être les seuls à vivre dans une telle détresse : la tendance à la baisse des mariages est en effet bien documentée par les autorités gazaouies.

Selon le cheikh Hassan al-Jojo, chef du Haut Conseil judiciaire de Gaza, le nombre de mariages diminue d’au moins 10 % chaque année dans la bande assiégée.

« En 2018, nos tribunaux ont reçu 15 392 demandes de mariage, alors qu’en 2017, nous avions reçu 17 367 dossiers », précise-t-il. « En 2016, nous avons reçu 19 248 demandes. Cela signifie que chaque année, nous avons environ 2 000 demandes de mariage en moins.

« Davantage de jeunes Palestiniens ne parviennent plus à réaliser leur rêve de se marier et d’élever des enfants pour notre société », commente-t-il. « Nous sommes extrêmement préoccupés par la baisse du nombre de couples se présentant aux tribunaux pour se marier. »

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