lundi 14 mai 2018

Les Palestiniens, un peuple pas si connu

Par Alexandra Schwartzbrod 

A l’aide de nombreux témoignages, un livre tente de dresser le portrait d’une population divisée entre Cisjordanie, Gaza et la diaspora, trop souvent réduite à l’image du terroriste.


Le conflit israélo-palestinien est au cœur de l’actualité depuis plusieurs décennies et pourtant l’on sait bien peu de choses sur les Palestiniens : leur quotidien, leur mémoire, leurs détestations, leurs envies. Autant la littérature et le cinéma israéliens sont riches de récits sur la vie, les angoisses et les aspirations du peuple israélien, autant la culture palestinienne est fragile, car la quête d’une vie meilleure est un combat de chaque instant en Cisjordanie et à Gaza, combat qui laisse peu de place au reste.

D’où l’immense mérite de ce livre de Chloé Rouveyrolles (qui fut correspondante de Libération dans la région) et de Mélinée Le Priol. Elles ont parcouru les territoires palestiniens, de Gaza à Jéricho, de Ramallah à Naplouse, pour recueillir les témoignages de tous ceux qui composent ce peuple éclaté géographiquement et socialement. Qui sont-ils, d’où viennent-ils, comment parviennent-ils à maintenir un lien entre eux alors que l’occupation israélienne empêche toute continuité territoriale, alors que beaucoup sont exilés ?

On rencontre ces agriculteurs qui visent l’autosuffisance, assurant, tel Amine Abdullah qu’«un peuple qui ne mange pas ce qu’il produit ne sera jamais indépendant.» Ou cette psychiatre, Samah Jabr, qui explique qu’«être palestinien signifie quasiment vivre comme un suspect, […] car Israël nous donne une réputation de terroristes et de personnes sans foi ni loi». Ces femmes qui déplorent l’hémorragie de la communauté chrétienne entre les deux «intifadas» (elle ne représente plus que 2 % de la population palestinienne). Cette habitante d’un camp de réfugiés palestiniens du Liban qui raconte à quel point elle est attachée à ce lieu, «c’est la petite Palestine qu’on s’est construite et qui ne ressemble ni à la Palestine réelle ni à la Palestine rêvée». Ce politologue de la bande de Gaza, Omar Shaban, qui en appelle aux investissements de la diaspora palestinienne («il faut sortir des schémas de charité similaires à ceux de l’aide internationale»). Ce militant du Hamas qui déplore l’absence de leadership. Ou ce jeune Franco-Palestinien, Karim Kattan, qui a créé une résidence d’artistes et de chercheurs à Jéricho pour «produire de nouvelles images de la Palestine». Emouvant et très instructif.Alexandra Schwartzbrod

Chloé Rouveyrolles et Mélinée Le Priol, Palestiniens, Ed. Henry Dougier, 134 pp, 14 euros

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