lundi 14 mai 2018

Les États-Unis ouvrent leur ambassade à Jérusalem, 16 Palestiniens tués à Gaza

Des milliers de Palestiniens sont rassemblés à quelque distance de la frontière. Certains groupes 
se sont détachés pour lancer des projectiles de fortune en direction des soldats et tenter de forcer, 
au péril de leur vie, la barrière frontalière lourdement gardée. Les forces israéliennes tirent en riposte. AFP


LAURENT LOZANO, JOE DYKE
Agence France-Presse
JÉRUSALEM, Gaza

Les États-Unis inaugurent lundi après-midi à Jérusalem leur ambassade en Israël, réalisant la promesse controversée du président Donald Trump et suscitant la colère de milliers de Palestiniens à Gaza où 16 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens.


Ivanka Trump et Jared Kushner, la fille et le gendre, mais aussi conseillers du président américain, prendront part à partir de 16h00 locales (9h00 à Montréal) avec des centaines de dignitaires des deux pays à la cérémonie.

Saluée comme «historique» par Israël, elle est largement perçue comme un acte de défi envers la communauté internationale dans une période de grande inquiétude pour la stabilité régionale.

À quelques dizaines de kilomètres de Jérusalem, de premiers heurts ont éclaté dans la bande de Gaza aux abords de la frontière israélienne entre Palestiniens et soldats israéliens. 16 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, dont l'un de 21 ans, Anas Qoudeih. Plusieurs autres Palestiniens ont été blessés dont cinq journalistes, selon les autorités locales.



Des milliers de Palestiniens sont rassemblés à quelque distance de la frontière. Certains groupes se sont détachés pour lancer des projectiles de fortune en direction des soldats et tenter de forcer, au péril de leur vie, la barrière frontalière lourdement gardée. Les forces israéliennes tirent en riposte.

L'armée israélienne avait distribué auparavant par les airs des tracts mettant en garde les Gazaouis. «Vous prenez part à des rassemblements violents au risque de votre vie (...) Ne laissez pas le Hamas, de la manière la plus cynique, se servir de vous comme ses jouets», a-t-elle dit, en prévenant qu'elle ne permettra pas qu'on s'en prenne aux soldats ou aux civils israéliens.

Bilal Fasayfes, 31 ans, a pris avec sa femme et ses deux enfants l'un des bus affrétés à Khan Younès (sud de Gaza) pour emmener les Gazaouis à la frontière. «On se fiche que la moitié des gens se fassent tuer, on continuera à y aller (à la frontière) pour que l'autre moitié vive dignement», dit-il.

Outre l'opposition au transfert de l'ambassade, les Palestiniens protestent aussi contre le blocus de Gaza et l'occupation.

L'armée israélienne s'attend à des dizaines de milliers de contestataires et redoute un enfoncement de la barrière de sécurité. Elle a pratiquement doublé ses effectifs combattants autour de l'enclave et en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël, où sont annoncés des rassemblements, de moindre ampleur à priori.

Des milliers de policiers israéliens sont aussi mobilisés dans tout Jérusalem, et un millier autour de l'ambassade et ses alentours dans le quartier périphérique et verdoyant d'Arnona.

Concrétisant un engagement de campagne de M. Trump, le transfert de l'ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem constitue une rupture de plus avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international. Le statut de Jérusalem est l'une des questions les plus épineuses de l'insoluble conflit israélo-palestinien.

«Acte d'hostilité»

La décision américaine comble les Israéliens comme la reconnaissance d'une réalité de 3000 ans pour le peuple juif. Elle coïncide avec le 70e anniversaire de la création de l'État d'Israël, en pleine effusion nationale et ferveur pro-américaine.

«Jérusalem restera la capitale d'Israël, quel que soit l'accord de paix que vous imaginiez», a affirmé dimanche le premier ministre Benyamin Nétanyahou lors d'une réception devant Ivanka Trump et Jared Kushner.

Mais l'initiative unilatérale américaine ulcère les Palestiniens pour lesquels elle représente le summum du parti pris outrancièrement pro-israélien affiché par M. Trump. Ils y voient la négation de leurs revendications sur Jérusalem.

Saëb Erekat, haut responsable palestinien, a dénoncé lundi «un acte d'hostilité notoire contre le droit international et le peuple de Palestine, plaçant les États-Unis du côté de la force occupante, Israël».

Israël s'est emparé de Jérusalem-Est en 1967 et l'a annexée. Tout Jérusalem est sa capitale «éternelle» et «indivisible», dit-il. Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l'État auquel ils aspirent.

La sensibilité du sujet est exacerbée par la religion. Jérusalem est sainte pour musulmans, juifs et chrétiens.

Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s'installer dans la ville tant que le statut n'en a pas été réglé par la négociation entre les deux parties.

Le chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a appelé dimanche au jihad contre les États-Unis.

Affiches louant Trump

Des 193 pays composant l'Assemblée générale de l'ONU, 128 ont condamné la décision américaine. Ce vote avait provoqué la fureur de Washington.

Pour l'inauguration de l'ambassade, Jérusalem est pavoisée de drapeaux israéliens et américains et d'affiches louant le président Trump.

L'inauguration de l'ambassade, provisoirement installée dans les locaux de ce qui était le consulat américain en attendant la construction d'une nouvelle représentation, a lieu dans une période éminemment sensible.

Les Palestiniens perçoivent comme une «provocation» la date choisie, précédant de 24 heures les commémorations de la «Nakba», la «catastrophe» qu'a constitué la création d'Israël pour des centaines de milliers d'entre eux chassés ou ayant fui de chez eux en 1948.

Gaza est depuis le 30 mars le théâtre d'une «marche du retour» qui voit des milliers de Palestiniens se rassembler le long de la frontière et qui met l'armée israélienne sur les dents.

Depuis cette date, 54 Palestiniens ont été tués par l'armée israélienne. Aucun Israélien n'a été tué ni blessé. Israël accuse le mouvement islamiste Hamas, qui dirige le territoire et auquel il a livré trois guerres, d'instrumentaliser les protestataires pour l'attaquer.

L'armée israélienne, en butte aux accusations d'usage excessif de la force, affirme ne tirer à balles réelles qu'en dernier recours.

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