samedi 28 octobre 2017

Hamdan Al Damiri : « Accepter ce « plan du siècle », ce serait encore des négociations sans fin, un piège, un Oslo-bis ! »



Hamdan Al Damiri est un intellectuel et militant palestinien. Réfugié, né dans un camp en Cisjordanie, il appartient à la gauche palestinienne et il est représentant de la communauté palestinienne en Belgique. Dans cette interview, il analyse minutieusement les causes qui modifient aujourd’hui durablement la géopolitique au Moyen Orient. Selon lui, la Palestine est sous la menace d’une nouvelle stratégie américaine. En perte d’influence au Moyen Orient en raison de leur échec en Irak et en Syrie notamment, les Etats-Unis préparent un nouveau plan pour regagner le terrain perdu. Dit le « plan du siècle », il consisterait à donner une légitimité aux Américains comme faiseurs de « paix ». Mais les Palestiniens seraient encore une fois les dindons de la farce, puisqu’il est fort probable que ce plan a un agenda caché : faire traîner les négociations comme lors des Accords d’Oslo signés en 1993. Un Oslo-bis ferait peser une menace existentielle sur les Palestiniens, qui ont tiré des enseignements du passé et s’opposeront à toute politique impérialiste qui remettrait en cause les constantes du mouvement national palestinien.


Interview par Tayeb ElMestari

Quelle analyse faites-vous du processus de réconciliation en cours entre les différentes organisations palestiniennes ?

Ce processus a démarré en 2005 avec un accord conclu entre 13 mouvements palestiniens sur la base d’un texte proposé par la direction des prisonniers palestiniens. Intitulé la Déclaration des prisonniers et adopté par les organisations de la résistance, ce texte est l’émanation d’un consensus entre les différents mouvements représentés dans les prisons israéliennes et a permis de lancer des négociations inter-palestiniennes.

Ce texte fondamental aborde plusieurs points essentiels comme le rôle du mouvement national palestinien, les relations avec l’Etat occupant, c’est-à-dire Israël, le droit à la résistance du peuple palestinien, la reconstruction de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), etc. Les élections de 2006 dans les territoires occupés ont mis un coup d’arrêt à ce processus, en raison des conflits aigus entre les deux principales forces politiques, le FATAH et le HAMAS. En 2007, celui-ci prend le pouvoir dans la bande de Gaza par la force et expulse de ce territoire le FATAH.

Cette nouvelle situation a entraîné, jusqu’à aujourd’hui, l’ensemble du mouvement national palestinien, avec ses différentes composantes, dans une dynamique de division, impactant négativement la cause palestinienne, reléguée au second plan au regard d’autres sujets tels que le terrorisme djihadiste au Moyen Orient.

La nouvelle donne régionale oblige les mouvements palestiniens à jouer la carte de la réconciliation, impulsée par l’Egypte. Grâce à la médiation égyptienne, le FATAH et le HAMAS sont parvenus à signer un accord au Caire qui ouvre les portes d’une nouvelle phase de rencontres, impliquant les deux principaux mouvements mais aussi les autres forces politiques de la résistance, la gauche palestinienne, les nationalistes arabes et le Djihad islamique.

13 mouvements palestiniens vont se retrouver de nouveau au Caire où il sera question de l’unité nationale palestinienne dans le cadre de l’OLP, considérée comme le cadre politique et juridique représentatif de l’ensemble du peuple palestinien. L’enjeu de ce dialogue entre Palestiniens est de remettre en selle l’OLP, qui ne joue plus son rôle décisionnel. Depuis les Accords d’Oslo en 1993, l’Autorité Palestinienne a pris le pouvoir aux dépends de cette organisation historiquement légitime.

La réconciliation palestinienne aura à terme deux effets politiques d‘une importance capitale. D’abord, la réalisation de l’accord inter-palestinien signifie la mise en place d’un nouveau gouvernement d’unité nationale. La deuxième tache est de reconstruire l’OLP et donc revoir la composition du Conseil national palestinien (CNP) qui en est l’organe le plus important, en fait le parlement du peuple palestinien. Cela suppose l’élection du conseil législatif palestinien dont les membres deviendront d’office les représentants des territoires occupés au sein du Conseil national palestinien. Les Palestiniens, qui sont à l’extérieur de la Palestine historique, pourront aussi élire leurs représentants au sein du Conseil national palestinien. Ces élections législatives se disputeront à la proportionnelle intégrale, le nombre de représentants sera fonction de voix obtenues par la liste de candidats. Dans les pays où les élections ne peuvent avoir lieu, une alternative est prévue : un accord inter-palestinien désignera les membres représentatifs de la communauté palestinienne pour siéger au Conseil national palestinien.

Dans cette démarche de reconstruction de l’OLP, le Conseil national palestinien élira deux instances : le Conseil central, qui est un organe intermédiaire entre l’exécutif (Comité exécutif) et le législatif (le CNP), et la Direction palestinienne. En réalité, ce sera un retour au processus qui a prévalu avant Oslo, avec l’intégration de deux mouvements, le HAMAS et le Djihad Islamique qui n’en faisaient pas partie.

Dans ce processus, quel rôle peut jouer la résistance populaire ?

La résistance populaire est la manière dont les Palestiniens, dans leurs villes, dans leurs localités à l’intérieur des territoires occupés, s’expriment face à l’occupant. La résistance populaire est le seul moyen de faire reculer l’ennemi, le colon. Les négociations ne peuvent pas remplacer la résistance populaire. Le comité populaire agira de sorte que la résistance devienne le mode d’action principale des différentes organisations palestiniennes. Elle aura une influence considérable sur les décisions finales prises dans le cadre de l’OLP et ses différentes instances.

L’enjeu syrien semble décisif dans le remodelage politique de la région. Or, le régime se dirige vers une victoire. Quelles sont les raisons de cette victoire ? Quelles seraient les conséquences sur l’avenir de la Palestine et de la région en général ?

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