mardi 1 août 2017

Le mouvement Hamas négocie une représentation politique en Algérie

Rassemblement organisé par le mouvement Hamas le 
20 janvier 2009 à Gaza - Photo : Al-Zanon/MaanImages

Adnan Abu Amer – Le Hamas et l’Algérie discutent de la possibilité d’accueillir certains de ses dirigeants et d’ouvrir un nouveau bureau dans l’accueillant pays du nord de l’Afrique.

Le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, a déclaré le 15 juillet qu’il avait personnellement demandé à l’Algérie d’accueillir certains dirigeants du Hamas. Il a déclaré que les dirigeants du mouvement sont toujours les bienvenus à leur arrivée en Algérie et que leurs visas ne nécessitent que quelques heures pour être attribués, contrairement à d’autres pays arabes où il faut parfois plus de deux mois d’attente. Il n’a pas nommé les dirigeants du Hamas bénéficiant d’un tel traitement en Algérie, ni le nom des pays arabes qui prennent beaucoup plus de temps pour traiter les visas.

Abu Zuhri lui-même s’est rendu en Algérie depuis le début de cette année, pour y rencontrer des dirigeants politiques algériens. Sa dernière réunion a eu lieu le 26 juillet, lors de sa rencontre avec l’Association algérienne des chercheurs musulmans et le Parti des travailleurs algériens pour discuter des moyens de soutenir le peuple palestinien.

Le responsable des relations extérieures du Hamas, Osama Hamdan, a déclaré à Al-Monitor: « Nous avons visité plusieurs fois l’Algérie à titre officiel et nous avons rencontré ses dirigeants. Le Hamas bénéficie d’un soutien officiel et public algérien, et l’Algérie a contribué au succès des convois pour lever le siège sur Gaza. « Hamdan a noté que le parti apprécie également l’absence de liens entre l’Algérie et Israël, ajoutant que « le Hamas a de bonnes relations avec tous Les partis politiques algériens, en particulier le Front de Libération Nationale au pouvoir ».

Des convois d’aide à l’étranger se sont rendus par mer à Gaza depuis 2009, transportant des secours pour les Palestiniens sous forme de nourriture et de médicaments. Pourtant, les convois n’ont pas réussi à briser le siège et à livrer leur aide directement à Gaza.

Le 19 juillet, des nouvelles ont circulé qu’une délégation du Hamas dirigée par Hamdan devrait se rendre en Algérie pour participer à des événements politiques et rencontrer des dirigeants de différents partis dans les prochains jours. Les visites du Hamas en Algérie sont approuvées par l’État et bénéficient d’une protection officielle.

Le journal financé par les Saoudiens, Asharq Al-Awsat, a signalé le 17 juillet que le Hamas cherchait un point de chute en Algérie pour qu’y soient hébergés ses dirigeants qui ont quitté le Qatar au début de juin. L’Algérie a reçu une demande officielle du Hamas pour mettre en place un bureau de représentation pour le mouvement sur son territoire, mais elle n’a pas encore répondu.

Les dirigeants du Hamas sont maintenant répartis entre la bande de Gaza, la Cisjordanie, le Liban, la Malaisie, le Qatar et la Turquie. Une source politique du Hamas a déclaré à Al-Monitor sous couvert de l’anonymat: « L’inclinaison du Hamas vers l’Algérie a précédé la dernière crise du Golfe car le mouvement s’est rendu compte de l’importance des pays nord-africains aux niveaux médiatique et politique. Le Hamas cherche à mobiliser plus de pays en faveur de l’expansion de son influence dans le monde, sans devoir compter sur un seul pays ».

Le Hamas a porté son attention sur l’Algérie après le 9 juin, lorsque le ministre israélien de la Défense, Avigdor Liberman, a exigé de l’ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies, Nikki Haley, de faire pression sur le Liban pour expulser les dirigeants du Hamas venus du Qatar.

Professeur de science politique à l’Université Al-Ummah, Hussam al-Dajani a visité l’Algérie en 2006. Il a déclaré à Al-Monitor: « Le Hamas a commis une erreur lorsqu’il n’a pas accordé suffisamment d’attention à l’Algérie après avoir remporté les élections législatives en 2006, alors que les Algériens sont très proches des Palestiniens. Mais le mouvement a évolué depuis ses dernières élections internes en mai et a commencé à réévaluer ses liens régionaux pour élargir son cercle d’amis. Bien que l’Algérie et les territoires palestiniens soient géographiquement éloignés les uns des autres, la mondialisation rapproche le Hamas de l’Iran, de la Turquie et du Qatar malgré leur distance. La même chose peut s’appliquer à l’Algérie. »

Les discussions sur l’ouverture d’un bureau pour le Hamas en Algérie ont coïncidé avec les déclarations faites le 11 juillet par l’ambassadeur d’Arabie saoudite en Algérie, Sami Al-Saleh, décrivant le Hamas comme organisation terroriste. Les déclarations de Saleh ne sont pas très bien passées en Algérie, et Abu Zuhri lui a répondu le 14 juillet en disant que si le Hamas était un groupe terroriste, l’Algérie n’aurait pas souhaité la bienvenue à ses membres.

Izzat al-Rishq, membre du bureau politique du Hamas, a remercié l’Association algérienne des chercheurs musulmans d’avoir envoyé un convoi d’aide d’une valeur de 3 millions de dollars à Gaza le 18 juin.

Ahmed Youssef, ancien conseiller politique du vice-président du bureau politique du Hamas, Ismail Haniyeh, a déclaré à Al-Monitor: « L’Algérie pourrait faire face à des pressions exercées par le monde arabe et l’Occident si elle accueillait le Hamas sur son territoire, d’autant plus que les États-Unis étiquettent le Hamas comme groupe terroriste. Les islamistes algériens n’ont pas assez de pouvoir politique pour faire pression sur l’État pour prendre fait et cause pour le Hamas ».

Il a ajouté: «Je ne suis pas sûr que l’Algérie puisse abriter les dirigeants du Hamas malgré la grande sympathie des Algériens pour le Hamas et la cause palestinienne. Je m’en suis rendu compte que lorsque je vivais en Algérie entre 2004 et 2006. Pourtant , ce serait un refuge approprié pour les dirigeants du Hamas à l’étranger et cela leur épargnerait la dispersion dans des capitales arabes ».

Le chef du Mouvement algérien pour la Société de la Paix, Abdul Razzaq Muqri a déclaré le 20 juillet que l’accueil du Hamas en Algérie dépendra de l’approbation officielle. Dans un entretien avec le journal tunisien Al-Jarida le 22 juillet, l’analyste tunisien Ali al-Zarmadini a déclaré qu’il s’attendait à ce que l’Algérie ne permette pas aux dirigeants du Hamas de se déplacer librement à l’intérieur du pays, au cas où elle leur permette de s’y établir. L’Algérie n’est pas comme le Qatar, qui donnait aux dirigeants du Hamas une totale liberté.

Abdullah Abdullah, membre du Conseil révolutionnaire de Fatah et responsable du comité politique du Conseil législatif palestinien, a déclaré à Al-Monitor: « Si l’Algérie accepte d’accueillir certains dirigeants du Hamas, sa décision sera basée sur des considérations humanitaires après leur départ du Qatar suite à la crise du Golfe. Mais cette décision n’aura pas de dimensions politiques, et Fatah ne s’y arrêtera pas. L’Algérie est un allié historique pour le Fatah et l’Organisation de libération de la Palestine, et il ne remplacera pas cette alliance par le Hamas. Le Hamas devrait savoir que tout rapprochement avec un État étranger se produira dans le cadre de l’OLP, et non pas derrière son dos. »

L’Algérie sera-t-elle la prochaine étape pour le Hamas, malgré la distance qui sépare les territoires palestiniens et l’Algérie? Ou risque-t-elle de céder aux pressions étrangères et tournera-t-elle le dos aux dirigeants du Hamas?

* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé en Histoire de la question palestinienne, sécurité nationale, sciences politiques et civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

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28 juillet 2017 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine

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