lundi 31 juillet 2017

Les Palestiniens estiment avoir remporté une rare victoire à Jérusalem

Un jeune Palestinien arrêté par les forces israéliennes, lors des
 heurts qui ont eu lieu dernièrement à Jérusalem. Hazem Bader/AFP

Netanyahu défend le retrait des détecteurs de métaux.

Le recul d'Israël sur les nouvelles mesures de sécurité autour de l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, site politiquement et religieusement symbolique pour les Palestiniens, est vu par ces
derniers comme une rare victoire dans leur lutte contre l'occupation israélienne.
« Les Palestiniens sortent galvanisés par ce qui est pour eux un succès dans un océan de défaites », a déclaré à l'AFP Ofer Zalzberg, du centre d'analyses International Crisis Group (ICG).
Troisième lieu saint de l'islam, l'esplanade des Mosquées est située à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville sainte occupée et annexée par Israël.
Quand, il y a deux semaines, Israël a décidé d'installer de nouvelles mesures de sécurité à ses entrées, dont des détecteurs de métaux et des caméras, après une attaque meurtrière ayant coûté la vie à deux policiers israéliens le 14 juillet, la colère des Palestiniens a éclaté.
À leurs yeux, l'État hébreu tentait ainsi de renforcer son contrôle sur un lieu symbolique pour la souveraineté de l'État qu'ils appellent de leurs vœux. Israël de son côté justifiait ces mesures en soulignant que les attaquants avaient pu cacher leurs armes sur l'esplanade.
Après l'installation des détecteurs de métaux, les autorités religieuses musulmanes, le Waqf, ont demandé aux fidèles de boycotter l'esplanade et de prier à ses entrées dans la Vieille Ville. De nombreuses manifestations ont suivi et la tension a culminé le 21 juillet, jour de la grande prière du vendredi, quand des heurts entre forces israéliennes et manifestants palestiniens ont fait trois morts à Jérusalem-Est et dans les territoires occupés. Le même soir, un Palestinien entrait dans la maison de colons israéliens en Cisjordanie, territoire occupé militairement par Israël, tuant trois d'entre eux.

De tous bords
Le face-à-face a duré deux semaines avec une mobilisation de vastes pans de la société palestinienne. « Le mouvement a mobilisé des gens de tous bords, religieux, non religieux, musulmans, chrétiens, riches et pauvres », souligne Diana Buttu, une ancienne responsable politique palestinienne devenue analyste.
Selon elle, les partis et groupes politiques traditionnels, tel le Fateh du président palestinien Mahmoud Abbas, n'ont pas été le moteur des protestations animées par la rue.
Confronté aux manifestations et à de fortes pressions internationales, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a finalement reculé en deux temps, annonçant d'abord le retrait des détecteurs de métaux puis jeudi de toutes les nouvelles mesures de sécurité mises en place le 16 juillet.
Immédiatement, des centaines de Palestiniens ont alors afflué dans la Vieille Ville aux abords de l'esplanade. Quand un Palestinien a tenté de s'en prendre aux forces israéliennes, la foule l'a admonesté, préférant célébrer ce qu'elle voyait comme une victoire.
Outre le bruit des klaxons et les chants de joie retentissant dans les rues, des jeunes ont accroché un grand drapeau palestinien sur une des murailles de la Vieille Ville – un acte très rare à Jérusalem qu'Israël considère comme sa capitale indivisible.

Humiliation
Dans la nuit de vendredi à samedi, le gouvernement israélien a levé les dernières restrictions d'accès – notamment celles basées sur l'âge – pour les Palestiniens sur l'esplanade.
Selon un sondage, 77 % des juifs israéliens estiment que Benjamin Netanyahu a capitulé. Même le quotidien Israel Hayom, fidèle soutien du Premier ministre, l'a critiqué pour la gestion de la crise.
Depuis, Benjamin Netanyahu, qui est à la tête d'un gouvernement considéré comme le plus à droite du pays, s'est déclaré favorable à la peine de mort contre le Palestinien qui a tué trois Israéliens. Pour les commentateurs, il s'agit pour lui d'apaiser les critiques des éléments les plus durs de sa majorité.
« Il y a un fort sentiment d'humiliation surtout au sein des éléments de l'aile droite », affirme à l'AFP Ofer Zalzberg. « Pour surmonter cette humiliation, ils poussent le gouvernement à leur donner autre chose », ajoute-t-il.
Hier, le Premier ministre israélien a défendu sa décision de retirer les détecteurs de métaux aux entrées de l'esplanade des Mosquées, affirmant qu'elle était dans l'intérêt de la sécurité. « J'entends les sensibilités du public, je comprends leurs sentiments, je sais que la décision que nous avons prise n'est pas la plus facile », a affirmé M. Netanyahu dans sa première déclaration publique sur le sujet, lors de la réunion hebdomadaire de son cabinet.
« En même temps, en ma position de Premier ministre, de celui qui porte la charge de la sécurité d'Israël sur ses épaules, je suis obligé de prendre des décisions calmement et attentivement », a-t-il ajouté.
Selon l'analyste, Israël n'a pas été en mesure « d'arrêter le mouvement en raison de son ampleur et du fait qu'il touchait à al-Aqsa ». Mais, poursuit-il, le risque d'un retour des querelles intestines entre Palestiniens existe maintenant que le danger immédiat est passé.
Pour Ofer Zalzberg, les jeunes, qui ont constitué le gros des troupes de manifestants, vont toutefois tirer des leçons de ces événements.
« La prochaine fois qu'il y aura une question essentielle en jeu, ne vont-ils pas s'adresser à la même autorité religieuse et lui dire : vous avez gagné sur les détecteurs de métaux. Pourquoi ne faisons-nous pas quelque chose ? ».

Source : AFP

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