samedi 25 mars 2017

Un chauffeur palestinien agressé à Jérusalem : "La police a adopté les méthodes de l'armée"


Une vidéo amateur circule depuis jeudi sur les réseaux sociaux, relayée par les médias israéliens : on y voit un policier israélien agresser violemment le chauffeur palestinien d’un camion. Si le comportement du premier a été fermement condamné par les autorités israéliennes, ce cas de violence policière n’est pas isolé, affirment des activistes israéliens.

La vidéo a été filmée dans le quartier de Wadi’l Jouz, à Jérusalem-Est, depuis un véhicule en stationnement. La séquence démarre en plein milieu d’un échange assez virulent, où il est question d’un accident de la route, le Palestinien (à droite) ayant accroché la voiture du policier israélien (reconnaissable grâce à son arme). Mais le ton monte, et à 0’22, le policier israélien donne un coup de tête au chauffeur palestinien, dont la tête heurte le camion. Tout en continuant à hurler et à l’insulter, le policier le gifle et lui donne un coup de genou dans le ventre.


Sitôt après, deux hommes descendus du véhicule où se trouve la caméra interpellent le policier. Ce dernier pousse et frappe l’un d’eux avant qu’un troisième vienne calmer la situation. Un de ces trois témoins a déclaré par la suite qu’il n’osait pas se défendre car le policier était armé.

Diffusée sur Internet, l’affaire a tout de suite suscité des réactions, tant du côté israélien que palestinien. La victime palestinienne s’en est même expliquée lors d’une conférence de presse improvisée.


"Les Palestiniens en Israël et à Jérusalem sont désormais traités comme ceux de Cisjordanie"


Si le phénomène des violences policières est mondial – en France, la question a récemment refait surface avec les affaires Théo et Adama Traoré –, il est particulièrement palpable ces dernières années en Israël, selon Noah Levy, qui dirige un projet sur les violences policières au sein de l’ONG Public committee against torture in Israel.


"Israël est actuellement gouverné par la coalition la plus à droite de son histoire [le gouvernement est dominé par l’extrême-droite et les religieux depuis 2015, NDLR], ce qui n’est pas sans conséquence sur le comportement des policiers. Beaucoup d’actes de violence policière, notamment durant les manifestations et à l’encontre des journalistes, ont été recensés.

Plus encore, les minorités ethniques et religieuses sont davantage victimes de ces actes. Nous constatons un comportement raciste chez nombre de policiers, notamment du racisme anti-noir, y compris envers les juifs éthiopiens. Mais avec les citoyens palestiniens [les Palestiniens ayant la nationalité israélienne, sauf ceux de Jérusalem, NDLR], cela va plus loin. La police utilise désormais les mêmes méthodes qu’avec les Palestiniens des territoires occupés. Nous l’avons constaté au début de l’année avec la destruction du village bédouin d’Oum Al-Hiran. Gaz lacrymogène et tirs d’armes à feu : la police s'est comportée exactement comme le fait l’armée quand elle veut déplacer des Palestiniens en Cisjordanie. Ce n’est pas pour rien qu’ici on appelle les territoires occupés "the wild West Bank" ["la Cisjordanie sauvage", en référence à l’Ouest sauvage américain où régnait la loi du plus fort, NDLR]. De même que l’armée est une force d’occupation en Cisjordanie, la police est devenue une force d’oppression à l’intérieur. Or nous vivons dans un pays où c’est l’armée qui fait la loi [compte tenu du conflit durable avec les voisins arabes, NDLR], ces pratiques bénéficient d’une impunité. Et certains hommes politiques, comme le ministre de Défense Avigdor Liberman, jettent de l’huile sur le feu avec des déclarations hostiles aux citoyens palestiniens d’Israël et en faveur d’un État juif.

"Si l’incident avait eu lieu en Cisjordanie, on n’en aurait pas entendu parler"
Les autorités israéliennes ont réagi à cet incident en suspendant le policier. Le ministre de l’Intérieur, Gelad Erdan, a fermement condamné l’attitude de l’officier en appelant de ses vœux une punition exemplaire, affirmant qu’"il n’y a pas de place au sein de la police pour un tel comportement". Mais pour Noah Levy, ces réactions visent à en faire un cas isolé qui ne reflète en rien les méthodes de la police :

Si le même incident avait eu lieu en Cisjordanie, on n’en aurait pas entendu parler, ou en tout cas, le responsable n’aurait pas été condamné aussi sévèrement. On l’a vu d’ailleurs avec l’exemple d’Elor Azaria, le soldat israélien qui a tué un adolescent au sol à Hébron et qui a été soutenu par de nombreux politiques [le Premier ministre Benjamin Netanyahou avait alors téléphoné au père du soldat "pour lui exprimer sa compassion", NDLR]. Mais comme cela se passe à Jérusalem, alors on dit que c’est inacceptable. Le fait que ça ait été filmé et que la vidéo circule en ligne a sans doute aussi poussé à cette réaction des autorités. Mais le discours officiel tend à présenter cet incident comme une bavure individuelle contre laquelle les sanctions nécessaires ont été prises alors que le phénomène est beaucoup plus général.
Un député palestinien à la Knesset a également appelé à ce que le policier soit sévèrement puni et qu’il soit placé en détention en attendant son procès.



ARTICLE ÉCRIT EN COLLABORATION AVEC Sarra Grira

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