samedi 25 février 2017

A la fête du Pourim, les colons israéliens cassent de l’Arabe

Les colons israéliens assaillent la mosquée Al-Khalil à la fête de Pourim.

Le 25 février, les colons israéliens célèbrent la fête du Pourim en cassant de l’Arabe chaque fois qu’ils le jugeaient nécessaire.

Par Mounir Hanablia *

Le 25 février 1994, un vendredi du mois de ramadan, le Dr Baruch Goldstein, médecin de la colonie de Kyriat Arba, en Cisjordanie occupée, se présentait à l’aube, devant l’entrée de la salle réservée à la prière des musulmans de la mosquée Ibrahim Al-Khalil armé de son fusil; la sentinelle qui surveillait la porte lui signifiait alors que, durant la prière, comme c’était alors le cas, il ne pouvait entrer.

Le Dr Goldstein tire sur des musulmans en train de prier

Le Dr Goldstein, sans dire un mot, repoussait le soldat et pénétrait dans la salle, armait son fusil mitrailleur et ouvrait le feu sur les fidèles musulmans en train de prier, faisant plusieurs morts et blessés. Au moment où le chargeur vide, il le remplaçait par un autre, les fidèles réussissaient à le désarmer et à le tuer à coups gourdins. Aussitôt après, ils se ruaient vers l’extérieur mais trouvaient la plupart des portes de sortie closes, et au moment où ils réussissaient à sortir, à travers l’une des rares issues accessibles, se trouvaient pris sous le feu des sentinelles alertées par le vacarme et le bruit.

Au moment de la fusillade, les fidèles juifs, en train de prier dans la salle du dessous, qui leur était réservée au sein de la mosquée, alertés par le bruit, accouraient, voyaient la fuite des musulmans, la panique, les cris. Aussitôt l’officier en charge de la sécurité arrivait et leur ordonnait de retourner prier, et eux s’exécutaient, regagnaient leur salle de prière et reprenaient leurs incantations.

Le colon Baruch Goldstein tire sur des fidèles 
musulmans priant à la mosquée d’Al-Khalil.

C’est que la mosquée Ibrahim Al-Khalil, que les juifs appellent caveau des patriarches, avait été partagée entre les deux cultes depuis que quelques dizaines de colons juifs avaient décidé de s’installer au cœur de la ville arabe, dans les bâtiments de l’ancien hôpital Hadassah, et que l’armée israélienne leur avait assuré depuis lors la protection nécessaire en interdisant aux habitants arabes de circuler dans le centre-ville et les obligeant à faire des détours importants.

Toujours est-il qu’Al-Khalil que les juifs appellent Hébron, et qu’ils considèrent comme étant la ville de David et d’Abraham, était devenue l’enjeu d’une lutte incessante et sans merci entre les deux communautés, l’une s’accrochant à sa ville et celle de ses ancêtres d’où elle se sentait menacée d’expulsion, et l’autre prétendant l’occuper au nom de droits historiques, et plus exactement bibliques.

Cette occupation militaire imposée par une poignée de colons israéliens au cœur d’une ville en totalité arabe avait plus qu’ailleurs contribué à la dégradation de la situation et avait eu des conséquences fâcheuses, les actes de résistance avaient été plus nombreux et la répression plus dure.

Il y avait eu, en 1980, cette fameuse attaque par un commando contre des colons juifs à leur retour de la prière du soir, beaucoup étaient morts, dont un en particulier, un américain, Elie Hazeev, fils d’un colonel de l’armée américaine et héros de la guerre du Vietnam, se révèlerait plus tard être un agent de la CIA.

Haine communautaire et provocations des colons

Et à ce climat singulièrement délétère de haine communautaire s’ajoutaient les provocations des colons de l’implantation la plus proche, Kyriat Arba, particulièrement enragés, qui n’hésitaient pas à venir à Al-Khalil imposer leur loi, et casser de l’Arabe chaque fois qu’ils le jugeaient nécessaire.

Le summum de ces provocations survenait généralement pendant la fête juive de Pourim, considérée comme étant une fête très nationaliste, qui célébrait la libération d’Israël de la servitude en Perse; les colons y avaient pris l’habitude d’attaquer les habitants arabes, de les battre, et l’un parmi eux, vêtu d’un masque de vampire, et armé d’une hache, frappait dans la rue tous les Arabes qu’il pouvait rencontrer.

Evidemment tout cela ne pouvait se faire sans la complicité active de l’armée dont les colons étaient tous des réservistes, le gouverneur militaire avait en effet la haute main sur les territoires occupés, et tous les Arabes qui allaient se plaindre à lui n’étaient tout simplement pas pris au sérieux, parfois sous le prétexte du caractère anecdotique des actes rapportés.

Pourtant les colons de Kyriat Arba ont toujours constitué le noyau dur du Conseil des habitants de Judée Samarie, l’organisme représentatif des colons, celui qui s’était le plus opposé aux accords d’Oslo entre Palestiniens et Israéliens, et dont le Dr Baruch Goldstein avait été l’un des membres les plus en vue.

L’enquête allait notamment mettre en évidence le mobile animant le médecin, et ayant été à l’origine de l’attentat terroriste de la mosquée, à savoir la volonté de mettre fin au processus politique engagé à Oslo. Et le choix de la date de l’attentat n’avait pas été fortuite, il correspondait justement à Pourim.

L’un des représentants des colons, Hanan Purat, à qui un journaliste avait demandé ce qu’il pensait de la tuerie de la mosquée, avait simplement levé son verre de vin, et dit : «Joyeux Pourim!».

Le Dr Goldstein avait-il agi ou non seul? Selon les autorités, il avait agi seul mais de nombreux fidèles présents à la mosquée au moment de l’attentat avaient affirmé avoir vu une autre personne lui tendre des chargeurs, ou bien tirer elle-même.

La mosquée Ibrahim Al-Khalil, les juifs l’appellent caveau des patriarches.

Racisme anti-arabe et occupation militaire

Cependant des anomalies constatées le jour de l’attentat suscitent toujours de nombreuses interrogations : contrairement aux habitudes, les portes de la mosquée étaient ce matin-là verrouillées, et au moment où la fusillade avait débuté, la sentinelle de service avait disparu. Et lorsque les sentinelles étaient accourues, elles n’avaient pas essayé d’entrer pour voir ce qui se passait; elles s’étaient postées à l’extérieur et s’étaient mises à tirer sur les fidèles musulmans qui tentaient de fuir.

Plus tard devant la commission d’enquête, interrogées pour justifier les raisons de leur abstention, les sentinelles avaient répondu qu’elles avaient reçu pour consigne de leurs officiers de ne tirer en aucun cas sur un juif, même si celui-ci constituait une menace pour eux.

Ces faits se sont certes déroulés il y a 23 ans. Cependant la récente et légère condamnation d’un jeune médecin, le Dr Elor Azaria, à un an demi de prison pour avoir achevé un blessé palestinien, auteur d’une attaque au couteau, prouve que les ressorts psychologiques qui animent les soldats israéliens, en particulier des médecins, et les poussent à assassiner de sang froid des Arabes, demeurent profonds; la mansuétude témoignée par les cours de justice face à de tels actes ne reflètent que le racisme qui gangrène une bonne partie de l’opinion publique de ce pays et que l’occupation militaire d’un autre peuple, et la colonisation, ne font que renforcer, en renvoyant toujours plus toute perspective de paix, vers les calendes grecques.

* Cardiologue, Gammarth, La Marsa.

Aucun commentaire: