lundi 31 décembre 2012

La vallée du Jourdain

Publié le lundi 31 décembre 2012 sur le site info-aplestine.net
Miftah



La vallée du Jourdain couvre environ 28,5 % de la Cisjordanie et elle est riche en terres cultivables et en ressources aquifères, et donc adaptée à l’agriculture et à l’élevage. 56 000 Palestiniens et environ 9400 colons israéliens vivent dans la région, mais seuls 5 % de la vallée du Jourdain se trouvent sous le contrôle palestinien, total ou civil...

...Les 95 autres pour cent de la Vallée, classifiés comme Zone C en vertu des Accords d’Oslo, sont sous total contrôle israélien. Ce qui signifie que les terres agricoles et les pâturages ne sont pas accessibles aux Palestiniens, avec comme conséquence que 60 % de ceux-ci dans la Vallée vivent sous le seuil de pauvreté (2009).
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La vallée du Jourdain dispose des ressources aquifères les plus riches de toute la Cisjordanie
Source : Jordan Valley Solidarity
Pendant que 9400 colons israéliens dans la Vallée cultivent 33 000 dunums (330 ha) de terres avec une aide abondante du gouvernement israélien et tournent autour de 133 millions de dollars de revenus, 98,3 % des agriculteurs palestiniens ont perdu leurs capacités de productions à cause des restrictions israéliennes dans la vallée du Jourdain. En outre, l’accès limité à la Zone C (la plus grande partie de la vallée du Jourdain) coûte à l’économie palestinienne environ 480 millions de dollars, chaque année, et provoque le chômage de 110 000 Palestiniens.


Expansion des colonies juives et démolitions des villages palestiniens

La vallée du Jourdain est tombée entre les mains d’Israël à la suite de la guerre de 1967. Après son occupation en 1967 pour des raisons de « sécurité », se donnant ainsi une zone tampon de sécurité à l’est, Israël a commencé à encourager les jeunes couples à se lancer dans l’industrie agricole et du tourisme dans la Vallée. Dans une telle démarche illégale au regard du droit international, Israël a également expulsé environ 70 000 à 300 000 Palestiniens vers d’autres zones de Cisjordanie pour faire la place aux colons agriculteurs.
En dépit de son importance pour les Palestiniens qui ont besoin de la vallée du Jourdain pour leurs ressources agricoles et aquifères et aussi de pouvoir accéder au reste du monde par la Jordanie, si un État palestinien voyait le jour, Israël prendrait le contrôle de la plus grande partie de la terre, et la considérerait comme une « zone prioritaire », raison pour laquelle les colonies israéliennes sont éligibles aux subventions du gouvernement. Quand la première colonie – Mehola - s’est installée dans la Vallée en 1968, c’était dans le cadre de l’application du plan « Alon », qui visait à modifier la dynamique démographique arabe-juive en encourageant les colonies juives dans les zones palestiniennes à faible population.

Actuellement, il y a environ 36 colonies et avant-postes, avec une population de 9400 colons. Parmi les mesures incitatives pour les encourager à venir dans ces « zones prioritaires », les colons dans la Vallée se voient offrir 70 dunums (7 ha) de terres, accorder des allégements fiscaux, recevoir des aides au logement et des plans hypothécaires, et obtenir des rabais sur l’eau, l’électricité et les autres services publics.

C’est ainsi que vivent les colons israéliens dans la Vallée, pendant que des milliers de Palestiniens de cette même Vallée connaissent une situation désastreuse. Ceux qui sont dans la Zone C – 95 % de la Vallée – ne peuvent pas cultiver leurs terres, creuser des puits, construire des structures permanentes notamment des centres de santé et des écoles, ils n’ont pas accès à l’eau ni à l’électricité, et sont constamment sous la menace d’une expulsion de leur terre. 90 % de toutes les démolitions en Cisjordanie occupée ont eu lieu dans la Vallée 2012). Les informations de l’organisation Save the Children pour 2009 indiquent que 31 % des ménages interrogés dans la Vallée ont été, temporairement ou définitivement, déplacés au moins une fois depuis 2000, par ordre militaire israélien ou comme conséquence de la démolition de leur maison. Selon l’UNRWA, 2033 des 4175 Palestiniens déplacés en 2011 étaient des enfants.

D’un côté Israël démolit les maisons et structures « construites sans autorisation », et de l’autre, il refuse d’accorder l’autorisation aux Palestiniens qui en font la demande. De 2000 à 2007, seulement 6 % des demandes ont été accordées. Durant la même période, Israël a démoli 1663 structures palestiniennes, dont des écoles et des centres médicaux, dans la vallée du Jourdain.

L’eau

La vallée du Jourdain dispose des ressources aquifères les plus riches de toute la Cisjordanie. La mer Morte, le Jourdain et les autres sources fourniraient suffisamment d’eau pour les Palestiniens, de la Vallée et d’ailleurs en Cisjordanie, mais Israël contrôle la plupart des ressources aquifères de la région, et les Palestiniens de la vallée, surtout ceux en Zone C, pâtissent de leur impossibilité d’accéder à l’eau.

A partir de 1967, les Palestiniens n’ont droit qu’à 40 % de l’eau du bassin aquifère oriental, où se trouve la Vallée, et ils ne reçoivent aucune eau du Jourdain dont ils exigent pourtant 200 millions de m3. En outre, les installations hydrauliques des Israéliens, Syriens et Jordaniens ont réduit le débit d’eau du Jourdain de 98 % par rapport à son potentiel des années quarante. Le niveau de l’eau de la mer Morte baisse lui aussi, d’un mètre par an.

Les 44 millions de m3 d’eau annuels qu’Israël alloue à ses 9400 colons de la Vallée et du nord de la mer Morte représentent le tiers de la quantité d’eau totale accordée aux 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie. Dans les colonies, il est consommé 487 litres d’eau par personne et par jour, alors que la plupart des Palestiniens dans la Vallée reçoivent 40 % en dessous du minimum recommandé par l’OMS, lequel est de 100 litres par jour. Ces chiffres sont même dangereusement bas dans certaines communautés bédouines de la région, qui n’obtiennent que 20 litres d’eau par jour, ce qui est comparable à la situation en eau des zones sinistrées, tels que dans les camps de réfugiés du Darfour et de Haïti après les tremblements de terre.

Depuis 1967, Israël s’est strictement opposé aux creusements de puits palestiniens et a détruit 140 pompes à eau palestiniennes, tout en confisquant 162 autres structures hydrauliques pour l’agriculture. Résultat, seuls 37 % des Palestiniens de la Vallée sont raccordés à l’eau, et les autres doivent acheter leur eau, en citerne, à une société israélienne, Mekerot. Ils doivent payer l’eau en citerne au prix de 14 à 37,5 NIS (nouveau shekel israélien) le m3 (1 NIS = 20 centimes d’euro environ), alors que le prix normal de l’eau au réseau d’adduction d’eau est de 2,6 NIS le m3. Ce qui fait que certains ménages dépensent environ 40 % de leur revenu pour l’eau.

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Le village de Twail Abu-Jarwal au Négev, maintes fois démoli par l’occupant israélien.

Les Bédouins

Les plus touchés par la politique israélienne de ségrégation, privation et restriction de liberté de déplacement sont les Bédouins de la vallée du Jourdain, dont le nombre est d’environ 15 000. Pour la plupart, ce sont semi-éleveurs de bovins et semi-nomades, se déplaçant d’un endroit à l’autre à la recherche de pâturages et d’eau pour leurs troupeaux. L’abondance de telles ressources dans la Vallée la leur rend attractive pour y vivre. La plupart sont des réfugiés de la guerre de 1948, chassés de ce qui est devenu le sud d’Israël. Avant d’être déplacés vers la Vallée, certaines de ces communautés s’étaient installées dans les collines du sud d’Hébron, en Cisjordanie, d’où elles ont été déplacées pour des « raisons de sécurité » après la guerre de 1967. Comme la plupart de cette population est composée de réfugiés, qui n’ont aucun acte de propriété pour les terres sur lesquelles ils vivent, ils se trouvent sous la menace permanente d’une expulsion. La plupart vivent dans la Zone C de la Vallée où ils ne sont pas autorisés à construire des structures permanentes et notamment des maisons et des écoles. Ils vivent donc sous des tentes et ils ont des tentes aussi pour l’élevage de leurs bétails, dans les parcelles de terre très réduites qui leur sont accessibles.

Pour la plupart, les Bédouins de la vallée du Jourdain vivent sans infrastructures et sans les services tels que l’eau, l’électricité, les transports, les services de santé, etc. Ce sont eux qui souffrent le plus du manque d’eau dans la région à cause de leur faible revenu et de leurs besoins en pâturages et en eau pour leurs bêtes. Du fait qu’ils ne peuvent creuser des puits et que les colonies agricoles israéliennes s’emparent de l’eau des sources naturelles disponibles sur lesquelles ils ont pu compter pendant des années, ils se retrouvent sans eau la plupart du temps de l’année et ils doivent l’acheter. Et ils l’achètent en citerne, à la société israélienne, à un prix de 20 à 38 NIS le m3 (4 à 7 €) et doivent l’amener par tracteur. En raison de ces coûts et de leur accès limité à l’eau, la plupart des villages n’ont que 30 à 36 litres d’eau par personne et par jour. C’est 30 % de moins que ce qui est recommandé par l’OMS.

Avec comme premières raisons, le manque d’accès à la terre et à l’eau, 79 % des Bédouins en Zone C sont en insécurité alimentaire. 93 % des enfants mangent moins que le nombre de repas recommandé, 15 % sont en insuffisance pondérale et près d’un tiers en retard de croissance. Avec une situation économique aussi grave et un tel manque de structures éducatives, les ont été contraints, même les enfants, de chercher un emploi dans les colonies israéliennes.

Agriculture et chômage

Ce qui rend différentes les colonies de la vallée du Jourdain des autres colonies en Cisjordanie c’est qu’elles ont la plupart temps un caractère agricole ou économique. La plupart des colons sont propriétaires fermiers ou ont des usines à lien agricole, et se sont installés ici pour des raisons économiques, incités par les offres du gouvernement israélien plus que par des raisons idéologiques. Alors que la Vallée constitue une grande partie de la richesse agricole des Palestiniens, 60 000 dunums de terres agricoles ne sont pas disponibles pour les Palestiniens de la Vallée.

42 % de la population palestinienne de la Vallée dépendent de l’agriculture ou de l’élevage. Mais la mainmise d’Israël sur la terre et l’eau a gravement limité la capacité productive de l’économie palestinienne et a mené à une insuffisance alimentaire dans la Vallée. De nombreux fermiers maintenant sont tributaires des conditions météorologiques et risquent de grosses pertes lors des saisons sèches, alors que les colons israéliens profitent d’une alimentation en eau permanente et de treize fois plus de terre irriguées. Selon la Banque mondiale, un meilleur accès à l’eau pourrait améliorer le revenu agricole palestinien de 10 %.

De plus, environ 98,3 % des fermiers palestiniens de la région ont perdu leur capacité productive à cause des restrictions israéliennes, notamment des limitations de déplacements. Depuis 2006, Israël a posé 17 barrages routiers et check-points dans la Vallée, limitant l’accès uniquement aux seuls habitants de la région. Avec les check-points, c’est également moins de production agricole palestinienne à pouvoir arriver jusqu’aux marchés palestiniens, ils augmentent également le coût du transport des produits palestiniens vers les marchés israéliens ou palestiniens. Compte tenu de la nature des produits (agricoles), les retards aux check-points et les opérations répétées de déchargement d’un camion et de chargement dans un autre affectent la qualité et la quantité qui peuvent finalement arriver à destination.

Actuellement, l’agriculture dans la vallée du Jourdain assure 15 % de la main-d’œuvre formelle de la Cisjordanie. Incapables de cultiver, ou d’élever leur propre bétail, ou d’avoir toute autre activité économique, environ 10 à 20 000 Palestiniens travaillent dans les colonies de la Vallée. Alors que la loi civile israélienne s’applique dans les colonies israéliennes de la Cisjordanie occupée, elle ne l’est pas quand il s’agit des travailleurs palestiniens dans ces colonies. Souvent, les travailleurs palestiniens ne sont ni payés au salaire minimum israélien ni officiellement déclarés, ils ne bénéficient donc pas du droit du travail ou des droits israéliens. Le salaire journalier pour un Palestinien descend aussi bas que 60 à 100 NIS la journée (12 à 20 €), c’est-à-dire deux ou trois fois moins que le salaire journalier d’un Israélien, alors que les salariés thaïlandais et d’autres nationalités étrangères reçoivent le salaire normal israélien, environ 200 à 250 NIS (40 à 50 €), et le droit du travail et les droits israéliens leur sont applicables.

Par ailleurs, environ 5,5 % des ouvriers palestiniens dans les fermes sont des enfants, jusqu’à 13 ans. Les enfants palestiniens qui travaillent sur les terres agricoles des colonies le font comme clandestins et ne sont pas officiellement enregistrés, et donc pas assurés, et le cadre de leur travail ne peut être conforme aux règlements sanitaires et sécuritaires, internationaux et israéliens.

Pour la journée de 8 h de travail qu’ils font habituellement, de 6 h du matin à 14 h, ils reçoivent environ 40 à 60 NIS. Mais pour la plupart de ces enfants, aller à l’école n’est pas une option viable, à cause des dépenses, de la distance, des complications (check-points) et du manque d’installations (infrastructures scolaires, manque de professeurs), le tout étant lié. En plus, la plupart de ces enfants ont à charge de soutenir leur famille qui se trouve dans une situation économique désastreuse. Employer des enfants est interdit, non seulement par le droit du travail international, mais aussi par le droit israélien. Mais le plus grand crime est probablement la pauvreté dans laquelle vivent ces enfants, forcés d’aller travailler au lieu d’aller à l’école. Pourtant, l’entité occupante, en l’occurrence Israël, a la responsabilité totale d’assurer le bien-être de la population qu’elle occupe, et de respecter les droits humains internationaux et les traités applicables.

Sources :
Maan Development Center :
http://www.maan-ctr.org/pdfs/FSRepo...
http://www.maan-ctr.org/pdfs/FSRepo...
http://www.maan-ctr.org/pdfs/FSRepo...
http://www.maan-ctr.org/pdfs/FSRepo...
http://www.maan-ctr.org/pdfs/FSRepo...
http://www.maan-ctr.org/pdfs/FSRepo...
http://www.maan-ctr.org/pdfs/FSRepo...
B’tselem :
http://www.btselem.org/publications...
http://www.btselem.org/jordan_valle...
http://www.mecaforpeace.org/news/pa...

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26 décembre 2012 - MIFTAH - traduction : Info-Palestine/JPP

URL du billet: http://www.info-palestine.eu/spip.php?article13046

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