mardi 30 novembre 2010

Obama lâche les droits palestiniens

Publié le mardi 30 novembre 2010 sur le site protection-palestine.org

Al Ahram Weekly, 25 Nov. –1er Déc. 2010

La promesse d’Obama s’étant avérée fausse, le temps est venu pour les Arabes et les Palestiniens de se chercher de meilleurs alliés, écrit Ramzy Baroud

La politique moyenne-orientale du président Barack Obama pourrrait bien s’avérer être la plus nuisible de l’histoire, surpassant même la politique de droite du président George W Bush. Même ceux qui ont mis en garde contre le grand optimisme qui a accompagné l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche doivent maintenant être abasourdis de constater jusqu’où le président américain est prêt à descendre pour apaiser Israël, —tout çà en vertu de la dangereuse logique selon laquelle il faut maintenir le processus de paix sur les rails.

L’ancien ambassadeur de la paix au Moyen Orient Aaron David Miller a soutenu qu’en politique étrangère, "toute avancée dans le monde extraordinairement douloureux des négociations israélo-arabe est importante". Il a aussi affirmé que "l’administration Obama a beaucoup de mérite à avoir empêché les Israéliens, les Palestiniens et les principaux états arabes de quitter le navire en des moments très difficiles. Le président américain s’est saisi de cette question et ne renonce pas, —ce qui est une condition sine que non du succès."

Mais à quel prix, monsieur Miller ? Et n’admettriez-vous pas que le succès d’une partie peut aussi signifier l’échec absolu et pitoyable d’une autre ?

La secrétaire d’état Hillary Clinton aurait passé huit heures avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu uniquement pour le convaincre d’accepter un des pots-de-vin les plus généreux jamais accordés par les États-Unis à une puissance étrangère. L’accord comprend la vente de $3 milliards de dollars d’avions militaires (en plus des milliards d’aide annuelle), l’assurance du veto américain à toute résolution du Conseil de Sécurité jugée défavorable à Israël, et l’exclusion de Jérusalem-Est de tout dispositif de gel des colonies (ce qui revient à tolérer l’occupation illégale de la ville et le nettoyage ethnique en cours). Mais, encore plus dangereux que tout çà, il y a "promesse américaine écrite que ce sera la dernière fois que le président Obama demandera aux Israéliens de stopper la construction des colonies par les voies officielles".

Considérable. Succès. Réussite. Est-ce que ce sont vraiment les bons termes pour décrire le monstrueux scandale en cours ? Même le terme "pot de vin", qui est abondamment utilisé pour décrire la générosité américaine, n’est pas ici tout à fait adéquat. Les pots-de-vin sont caractéristiques des relations qu’entretiennent une Maison Blanche d’une générosité sans faille et un Congrès collabo en vue de gagner les faveurs d’un Israël aux exigences sans limites et de son lobby de Washington toujours plus belliqueux. Ce n’est pas le concept de corruption qui devrait nous choquer mais l’ampleur de cette corruption et le fait qu’elle vient d’un homme qui s’est déclaré artisan de la paix (et a effectivement été consacré comme tel par la grâce de Comité du Prix Nobel de la Paix).

Tout aussi choquant est le maigre retour qu’Obama peut espérer en échange de ces dollars durement gagnés par les contribuables américains. Selon l’Atlantic Sentential, ce sera "une misérable prolongation de trois mois du moratoire sur les colonies qui a expiré fin septembre". Reconnaissant dès le début que ce sont de simples "manœuvres de mi-mandat", Noah Feldman, qui écrit dans le New York Times, pose la question : "Obama peut-il réussir là où tant d’autres ont échoué ?" Il fait précéder sa réponse de : "Israël et l’Autorité Palestinienne, bien entendu, ne lui faciliteront pas les choses."

Sérieusement, monsieur Feldman ?

Le président de l’Autorité Palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, dont le mandat a déjà expiré, doit vivre les moments les plus humiliants et difficiles de sa peu reluisante carrière. À un moment, il a espéré que l’accession au pouvoir du président Obama lui épargnerait, à lui et à l’AP, toute humiliation supplémentaire. Imaginant que le président se rallierait à sa position "modérée", il a mis tous ses œufs dans le panier Obama et s’est ainsi lancé dans un pari contre le gouvernement démocratiquement élu des Palestiniens des Territoires Occupés. Il est allé jusqu’à mettre un terme à une enquête internationale sur les crimes d’Israël lors de la récente guerre de Gaza afin de ne pas contrarier le gouvernement Netanyahu et de ménager les sensibilités pro-israéliennes du Congrès américain.

Certes, Abbas a de temps en temps essayé d’apparaître comme un leader combatif et sûr de lui-même. Il a demandé qu’on lui donne une raison d’envisager la reprise des pourparlers de paix, il a conditionné son acceptation à des mesures israéliennes qui n’ont jamais vraiment vu le jour, et enfin il a demandé l’aide de la Ligue Arabe, organisation aux abois, en demi-teinte et sans aucun mandat politique.

En quoi Abbas et l’AP ont-ils rendu les choses "difficiles" pour les États-Unis, monsieur Feldman ? Un gouvernement qui se respecte accepterait-il des concessions faites en son nom sans qu’il ait son mot à dire ? C’est exactement ce que l’AP a fait à maintes reprises sous Abbas.

Pourtant, de nombreux Israéliens ne sont pas satisfaits du marché [proposé]. Caroline B Glick, qui écrit dans le Jerusalem Post, qualifie le gel de la construction dans les colonies juives illégales de Cisjordanie d’ "atteinte discriminatoire aux droits de propriété de citoyens respectueux des lois [qui] est époustouflante". Elle a la prétention démesurée de considérer ce moratoire minable comme équivalant à des "cessions de terres".

Quant au très important contrat des chasseurs F-35, il est "tout simplement extravagant", affirme-t-elle, car après tout, "Israël a besoin de F-35 pour se défendre contre des ennemis comme l’Iran".

Ahurissant. Les États-Unis offrent généreusement les droits palestiniens à Israël sur un plateau d’argent, et le clan d’extrême-droite actuellement à la tête de la politique et de la société israéliennes persistent à juger que ce n’est pas acceptable.

Mais mis à part cette arrogante réponse israélienne et les efforts que font les media américains pour trouver du positif dans ce scandale Obama, une question doit être soulevée : que se passe-t-il maintenant qu’Obama a fini par montrer qu’il n’est en fait pas différent de ses prédécesseurs, que les États-Unis ont perdu le contrôle de leur propre politique étrangère au Moyen-Orient, et que Netanyahu s’est avéré franchement plus déterminé, plus ferme et plus ingénieux que le président américain ?

Allons-nous avoir la même discussion encore et encore, ou le temps est-il enfin venu que les Palestiniens sortent des sentiers battus américains ? Les Arabes peuvent-ils enfin chercher dans la région et dans le monde entier d’autres partenaires et alliés qui comprennent le lien entre paix, stabilité politique et prospérité économique ? Il est peut-être temps qu’ils approfondissent leurs relations avec la Turquie, tendent la main à l’Amérique Latine, demandent des comptes à l’Europe et tentent de comprendre comment s’allier la Chine.

Les dernières élections américaines ont démontré que la baudruche médiatique Obama s’est dégonflée à l’intérieur des États-Unis eux-mêmes. On ne peut qu’espérer que les Palestiniens, les Arabes et leurs amis comprendront —avant qu’il ne soit trop tard— que cette baudruche ne les aidera jamais.

Source: Al Ahram Weekly

Traduction : M.C.

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