mercredi 30 septembre 2009

Le "briseur de silence" qui exaspère l'armée israélienne

Publié sur le site lemonde.fr le 30 sepembre 2009

Yehuda Shaul, ancien sous-officier de l'armée israélienne, était mardi 29 septembre à Genève, à la recherche de soutiens et de fonds pour son ONG Breaking the Silence qui, depuis 2004, a recueilli les témoignages de quelque 700 appelés, réservistes et militaires de Tsahal ayant servi dans les territoires occupés palestiniens. Le même jour, au Palais des nations, le juge sud-africain Richard Goldstone présentait, devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, son enquête sur les exactions et "crimes de guerre" commis par l'armée israélienne et le Hamas durant l'opération "Plomb durci", qui a fait plus de 1 400 victimes durant l'hiver 2008-2009 à Gaza. "Une coïncidence", répond M. Shaul. "Je n'ai pas besoin d'un rapport d'enquête onusien pour savoir ce qui s'est passé à Gaza", ajoute cet ex-sergent de 26 ans, une véritable force de la nature portant la barbe et la kippa.

En juin, son ONG, dont le but est "avant tout d'ouvrir le débat en Israël", a publié des interviews réalisées auprès de 26 soldats qui ont combattu à Gaza. Ces témoignages anonymes, regroupés dans des chapitres - "Boucliers humains", "Destruction de maisons", "Bombardements", "Vandalisme" ou "Utilisation de phosphore blanc" -, prouvent que "des méthodes et des tactiques de guerre ont été utilisées contre les civils palestiniens", dit M. Shaul.

Les épisodes relatés ont été soigneusement vérifiés et recoupés par au moins deux témoignages directs. Le témoignage numéro 1 parle des "Johnnies ", ces civils palestiniens envoyés en éclaireurs par les militaires israéliens dans des maisons supposées être aux mains des combattants du Hamas, ou utilisés pour des travaux de gros oeuvre. Le témoignage numéro 13 raconte comment un vieil homme a été abattu à bout portant, sans aucune sommation, alors qu'il s'approchait d'une maison avec une torche. Son cadavre est resté sur place durant deux jours. "Les commandants disaient aux soldats : "Si tu as un doute, tu tires. Cela vaut mieux qu'un mort parmi nos troupes"", relate M. Shaul.

Depuis cette publication, Breaking the silence est devenue la bête noire de l'armée et du gouvernement israélien. Cet été, Israël a demandé à l'Espagne, à la Hollande et au Royaume-Uni de couper tout subside à l'ONG, accusée de répandre des "rumeurs" et des "récits de seconde main". En vain, pour le moment. En cinq semaines et demie, Yehuda Shaul s'est rendu en Hollande, en Suède, en Finlande et au Danemark pour expliquer son action et lever des fonds.

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