lundi 16 mars 2020

L’ancien patron du Shabak met en garde contre le « terrorisme juif »

Carmi Gillon, ancien directeur des services de sécurité intérieure, regrette que le danger des extrémistes juifs en Israël n’ait pas été évalué à sa juste mesure 

Un colon israélien monte la garde près de la colonie israélienne de Kiryat 
Arba, près de Hébron, en Cisjordanie occupée, le 8 octobre 2015 (AFP)
Par MEE

« Un avenir sombre attend Israël » : c’est ainsi que parle Carmi Gillon, l’ancien patron du Shabak, les services de sécurité intérieure israéliens. « Si Israël adopte le plan Trump, il déclenchera une idéologie messianique de droite qui provoquera le chaos », avertit l’ex-responsable, qui affirme au quotidien Haaretz que « les terroristes juifs ne sont plus en marge ».

L’homme, qui a démissionné de son poste après l’assassinat par un extrémiste juif du Premier ministre Ytzhak Rabin, le 4 novembre 1995, prédit un scénario très pessimiste dans son roman thriller, Vicious Messiah, qu’il vient de coécrire avec l’auteur Yosef Shavit.



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« Voici ce qui se passera dans quelques mois ou quelques années, quel que soit le gouvernement formé après les élections : une horrible attaque terroriste contre l’abbaye de la Dormition dans la vieille ville de Jérusalem mettra le service de sécurité du Shin Bet en action », prédit-il.

« Il rassemblera et interrogera les suspects habituels en utilisant des moyens spéciaux. Mais ce sera trop peu, trop tard, car alors que nous nous noyons dans le discours messianique et vénéneux ‘‘Oui, Bibi, non, Bibi’’, un nouveau underground juif s’organise à l’abri des regards. »

D’après cet ex-patron de la sécurité intérieure, « [les terroristes juifs] ne sont plus de ‘’mauvaises herbes sauvages’’. Le public israélien s’est trompé en les appelant ainsi. Lorsque la clandestinité juive a été découverte [à la suite d’une série d’attaques violentes antipalestiniennes dans les années 1980], il y avait 12 000 colons dans les territoires. Maintenant, il y en a 500 000. Ils fleurissent sur un terrain idéologique populaire clairement défini. »

Carmi Gillon estime qu’il n’y a probablement aucun sioniste religieux qui n’ait pas lu La Torah du roi, un recueil raciste des rabbins Yitzhak Shapira et Yosef Elitzur de la colonie cisjordanienne de Yitzhar, dont certains habitants mènent des attaques fréquentes contre les villages palestiniens environnants.
Deux scénarios

« Aucun avocat général n’a permis une enquête sur les rabbins radicaux ou un jugement sur le danger imminent qui se reflète dans leurs déclarations et le cercle de leurs étudiants admiratifs. Nous avons également commis une erreur à ce sujet », reconnaît-il.

L’ex-patron du Shabak n’est pas tendre avec celui qu’il a connu tout jeune pour avoir vécu dans la même colonie : Benyamin Netanyahou.



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« Parce que tous les politiciens sont uniquement préoccupés par leur survie depuis bien trop longtemps, deux scénarios sont probables. L’un est mauvais, l’autre très mauvais », explique-t-il à Haaretz.

« Netanyahou a hypothéqué l’État, la dignité d’État et la démocratie dans son refus d’aller en prison. Une majorité de 61 sièges à la Knesset ouvrira la voie à la ‘’loi française’’ [accordant au Premier ministre une immunité de poursuites], une loi qui prévaudra sur les décisions de la Cour suprême », explique Carmi Gillon.

Avec d’autres ex-patrons du Mossad ou du Shabak, il avait publié une vidéo fin février pour dénoncer la politique de Netanyahou : « Les atouts stratégiques, qui sont la base sur laquelle Israël existe, sont instrumentalisés par Netanyahou au service de son ego, et le prix à payer pour cela pourrait nuire à l’existence continue de l’État d’Israël », avait-il affirmé dans cette vidéo.


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