jeudi 13 février 2020

L’ONU identifie 112 sociétés liées aux colonies israéliennes

Photo: Ahmad Gharabli Agence France-Presse Un jeune palestinien, lors d'une
 manifestation près de la colonie israélienne de Maale Adumim en Cisjordanie occupée, en 2017.


Nina Larson - Agence France-Presse à Genève

L’ONU a publié mercredi une liste de 112 sociétés ayant des activités dans les colonies israéliennes, considérées comme illégales par le droit international, une initiative qualifiée de « honteuse » par Israël mais saluée comme une « victoire » côté palestinien.

On y trouve une grande majorité de firmes ayant leur siège en Israël, mais aussi plusieurs grands noms internationaux, en particulier dans le secteur du tourisme comme Airbnb, Expedia, TripAdvisor ou Booking.

« J’ai conscience que ce sujet a été, et continuera d’être matière à controverse », a déclaré la Haute-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU Michelle Bachelet, tout en soulignant que ce rapport se « basait sur des faits ».

Ce document « traduit l’attention sérieuse qui a été apportée » à ce travail « sans précédent et particulièrement complexe », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

« Il s’agit d’une reddition honteuse aux pressions de pays et d’organisations qui veulent causer du tort à Israël », a immédiatement réagi le ministère israélien des Affaires étrangères.

À l’inverse, le chef de la diplomatie palestinienne Riyad al-Maliki a salué « une victoire pour le droit international et nos efforts diplomatiques ».

Cette liste va contribuer à « assécher les puits du système colonial incarné par les colonies illégales dans les Territoires palestiniens occupés », a-t-il poursuivi.

Ce rapport répond à une résolution de 2016 du Conseil des droits de l’homme de l’ONU demandant une « base de données de toutes les entreprises engagées dans des activités particulières liées aux colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés ».

Cette liste « ne constitue pas, et n’entend pas constituer, un processus judiciaire ou quasi judiciaire », précise le communiqué, en référence implicite aux craintes israéliennes de la voir servir de base à des campagnes de boycottage.

La liste comprend 94 entreprises ayant leur siège en Israël, dont plusieurs banques (Leumi, Bank of Jerusalem et d’autres) et des firmes dans des secteurs divers comme l’industrie, les télécoms ou l’alimentaire notamment.

Les 18 autres sociétés sur la liste se répartissent entre six pays différents.

Parmi les noms de compagnies internationales cités on trouve la firme française Alstom, l’américaine Motorola Solutions ou encore Altice Europe (télécoms, médias).

L’occupation des Territoires palestiniens par Israël est considérée comme illégale par les Nations unies.

300 sociétés passées en revue

Le rapport, qui aurait dû être publié il y a trois ans, a régulièrement vu sa parution repoussée. Les services de Mme Bachelet ont indiqué avoir passé en revue plus de 300 sociétés.

La liste diffusée mercredi en identifie finalement 112, pour lesquelles « il y a des bases raisonnables pour conclure qu’elles ont été impliquées dans une ou plusieurs activités particulières référencées » dans la résolution de 2016.

Les compagnies figurant sur la liste n’ont toutefois pas vocation à y rester pour toujours, le rapport demandant une révision annuelle, et leur sortie s’il est démontré que les activités en question ont cessé.

Un responsable de l’ONG Human Rights Watch, Bruno Stagno, a salué la publication de cette liste, qui « devrait être un avertissement pour toutes les entreprises : faire des affaires dans des colonies illégales revient à aider des crimes de guerre ».

Le président américain Donald Trump a de son côté présenté récemment un plan qui permettrait à Israël d’étendre sa souveraineté sur Jérusalem-Est occupé et annexé, ainsi que sur une grande partie de la Cisjordanie, également occupée.

Plus de 600 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où la tension est souvent vive avec la population palestinienne.

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