dimanche 6 octobre 2019

« Le Descendant », le visage de l’extrémisme

« Le Descendant » (Cat&Cie)


Le protagoniste de ce documentaire a une trajectoire contestable. Le réalisateur Stéphane Girard lui laisse la parole avant de le pousser dans ses retranchements.

Le réalisateur Stéphane Girard a rencontré Thierry Attali, alias Pinhas Attali, en 2005. Séduit par cet homme « cultivé, intelligent, charismatique », à la double nationalité franco-israélienne, il accepte son invitation, chez lui, dans l’implantation juive de Kiryat Arba, où plus de 8 000 colons se sont installés, près de la ville palestinienne d’Hébron. Le documentariste découvre alors une autre personnalité : « J’avais en face de moi un fondamentaliste religieux . » Il décide de réaliser son portrait.

On suit donc Thierry dans la vieille cité, où les tensions restent vives entre les deux communautés, mais aussi à Jérusalem-Est et en France. « Je n’ai aucun problème à parler d’occupation ou de conquête, dit-il. Oui, on a conquis cette terre, elle est occupée, mais elle l’est […] par ses habitants. Les Palestiniens, c’est nous [sic]. » Ou encore, s’adressant à l’un de ses neufs enfants : « Hébron appartient à Israël, tu as compris ? »


On accompagne aussi ce fils de colons militants pour l’OAS (mouvement terroriste clandestin contre l’indépendance de l’Algérie) au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, où il a passé son enfance. Sur place, il provoque quelques jeunes du quartier et raconte la découverte, à l’adolescence, de son judaïsme et de l’antisémitisme qui règne au sein de l’extrême droite. A 15 ans, pour combattre les néonazis, il intègre le Betar, un groupuscule de jeunes juifs radicaux et sionistes, adeptes de la barre de fer. Suivront son engagement dans les forces spéciales lors de la guerre du Liban, sa conversion à l’orthodoxie religieuse par un rabbin new-yorkais extrémiste, et enfin son rapprochement avec le Mossad…

Témoin de sa logorrhée fondamentaliste et de sa violence, on finit par être saisi d’un certain malaise. D’autant qu’il faut attendre la deuxième partie du film pour qu’enfin le réalisateur, en le poussant dans ses retranchements, dévoile son intention :« Comprendre le basculement dans la violence et tenter de questionner l’extrémisme juif, le conflit israélo-arabe et sa composante la plus déterminante : la colonisation. »

Samedi 5 octobre à 21h sur Public Sénat. Documentaire de Stéphane Girard (2019). 52 min. (Disponible en replay sur le site de Public Sénat).


Hélène Riffaudeau

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