dimanche 10 février 2019

Antisionisme signifie antinationalisme juif en Palestine

Hébron 2017 : des colons bénéficient de la protection de l'armée d'occupation pour
 s'incruster violemment dans la ville palestinienne. Voleurs et criminels, les sionistes n'ont
 de cesse d'exproprier et spolier les Palestiniens - Photo : courtesy Christian Peacemakers Team


Rima Najjar – Ceux qui diffament les antisionistes en les accusant à tort d’antisémitisme comprennent fort bien qu’antisionisme signifie antinationalisme juif tel qu’il s’exprime sur le territoire de la Palestine historique, maintenant subdivisée en Israël, Cisjordanie et Bande de Gaza, mais sous contrôle effectif de l’état juif.

Le sionisme est un produit de la philosophie juive et s’appuie sur la culture et pensée juive, qui a ses racines dans le judaïsme. L’objectif central du régime colonial de peuplement sioniste consiste à se maintenir en tant qu’état juif. Des accusations d’antisémitisme exagérées ou fausses visent à créer un climat de peur dans lequel les campagnes pour la défense des droits de l’homme palestiniens sont étouffées.

La mission sioniste qui a consisté d’abord à revendiquer violemment Israël puis à le préserver en tant qu’état juif pour les juifs du monde entier en Palestine, a pour conséquence inéluctable qu’Israël ne peut exister que comme état d’apartheid, état qui ne pourra jamais, strictement jamais être véritablement démocratique.

L’idée de nationalisme juif (rassembler tous les juifs du monde entier en Palestine et renommer cette dernière «la terre d’Israël») est la cause directe du nettoyage ethnique des Palestiniens et de la guerre perpétuelle d’Israël contre notre existence même comme peuple indigène de Palestine (voir Nur Masalha’sPalestine: A Four Thousand Year History). Qu’il m’ait semblé nécessaire de renvoyer le lecteur au livre de Masalha est un indicateur du degré d’efficacité de la hasbara empoisonnée d’Israël.

Le nationalisme juif se manifeste sous la forme d’un colonialisme de peuplement. Un concept (le colonialisme de peuplement, maintenant plutôt bien accepté comme paradigme permettant de comprendre la Nakba – mais à condition qu’il soit compris comme colonialisme exercé par des suprématistes blancs, et non des suprématistes juifs) n’exclut pas l’autre concept opérant en Palestine, à savoir que le sionisme juif = nationalisme juif = suprématie juive = apartheid.

Le discours de l’antisionisme demeure problématique parce qu’il tourne nécessairement autour du judaïsme. Josph Massad définit le sionisme comme « un mouvement colonial ….constitué tant son idéologie que dans ses pratiques par une épistémologie religio-raciale. »

On ne peut guère utiliser le nom ou l’adjectif « juif » en rapport avec la tragédie palestinienne sans être violemment dénigré ou sans que nos idées soient « contestées ». Le discours même de soutien au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), c’est-à-dire en défense des droits de l’homme palestiniens, est tabou et même, chose incroyable, pour un institut des droits civiques !

La déclaration de l’Institut des droits civiques de Birmingham qui a rétabli le prix en l’honneur d’Angela Davis a été accueillie par beaucoup comme l’affirmation de l’intégrité d’Angela Davis en tant que militante des droits de l’homme. À mes yeux, cependant, elle incriminait encore plus l’Institut, car le libellé de la déclaration souscrivait implicitement à un mensonge sioniste – à savoir, que le soutien à la Palestine = soutien à la violence (alias terrorisme).

Pour tous ceux qui savent que l’annulation du prix résultait de pressions de la part de la communauté juive de Birmingham en raison du soutien de Mme Davis au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), le libellé de la déclaration citée ci-après est consternant en ce qu’il masque ce fait :


« Les membres du conseil d’administration ont fait état des discussions qu’ils ont eues avec divers membres de la communauté qui ont exprimé leur opposition à l’attribution du prix au Dr Davis parce qu’elle n’a pas vivement condamné la violence. »

Le libellé élimine totalement de l’équation la lutte des Palestiniens. Un discours ayant un rapport avec le soutien aux droits de l’homme palestiniens ne devrait pas être sujet à controverse et évité comme la peste par l’Institut des Droits Civiques de Birmingham.

Beaucoup d’entre nous, militants de la lutte pour la justice en Palestine sommes maintenant capables de critiquer le sionisme en tant que mouvement colonial de peuplement, mais beaucoup ne sont pas à l’aise ou qualifiés pour démêler les racines fondamentales pertinentes du sionisme qui se trouvent dans le judaïsme.

« Depuis le tournant du siècle, » ont écrit Richard Falk et Virginia Tilley dans le rapport de la CESAO sur l’apartheid d’Israël à l’encontre du peuple palestinien,


« l’histoire du mouvement sioniste a été centrée sur la création et la préservation d’un état juif en Palestine …. Pour demeurer un ‘état juif’, la domination nationaliste juive incontestée sur le peuple palestinien indigène est essentielle – avantage garanti dans la démocratie d’Israël par la taille de la population – et les lois de l’état, les institutions nationales, les pratiques de développement et les politiques de sécurité sont toutes axées sur cette mission. Différentes méthodes s’appliquent aux populations palestiniennes en fonction de l’endroit où elles vivent, ce qui nécessite des variations dans leur administration … la Knesset interdit aux partis politiques d’adopter un programme contenant toute remise en cause de l’identité d’Israël en tant qu’état juif. »

L’affirmation fallacieuse, que l’on entend parfois, selon laquelle l’adjectif « juif » dans l’extrait cité ci-dessus ne fait, en aucun cas, référence à la foi et ne se réfère qu’aux juifs non religieux, socialistes, athées, assimilés qui ont fondé le mouvement sioniste est un entrave majeure pour quiconque souhaite voir aboutir le démantèlement d’Israël en tant qu’état juif – c’est à dire l’instauration d’un état laïc véritablement démocratique dans la Palestine historique.

Aujourd’hui, partout dans le monde, ce sont les synagogues et les rabbins qui endoctrinent leurs communautés et les poussent à vénérer Israël et une identité tribale, ou médiévale diraient certains. A leur tête se trouve le grand rabbin d’Israël. Ceux qui ne le font pas sont exclus du courant dominant.

Certains, juifs et non juifs, principalement des chrétiens qui sont élevés comme Alice Walker, dans la tradition chrétienne qui « révère une bible contenant des psaumes et des passages prophétiques sur ‘Sion’ » et qui croient que les gens sont conditionnés autant par leur religion, élément constitutif de leur composition culturelle, que par tout autre chose, ressentent l’obligation de « revenir en arrière», comme un devoir d’introspection, pour comprendre le mal que nous humains commettons :


Nous devons revenir en arrière
En tant qu’adultes, maintenant,
Non comme les enfants crédules que nous fûmes,
Pour étudier notre programmation,
Depuis le début.
Tous : Le chrétien, le juif,
Le musulman ; et même le bouddhiste. Tous, sans exception,
A la racine.

– [Extrait du poème d’Alice Walker de 2017 It Is Our (Frightful ) Duty ]

Est-ce de l’anti-christianisme que de revenir à la bible et d’interpréter les versets qui inspirent les évangélistes chrétiens à commettre le mal et à infliger au peuple palestinien en « Terre sainte » des souffrances indicibles ? Est-ce de l’antijudaïsme (je ne dirai pas de l’antisémitisme car je ne suis plus sûre de comprendre ce que ce mot signifie) que d’examiner ce qui dans le Talmud pourrait inspirer le grand rabbin d’Israël, dans son racisme et sa cruauté, à excuser le nettoyage ethnique et le génocide.

Comme l’a fait remarquer Virginia Tilley dans un forum public sur Facebook :


«… Malheureusement, l’idée que les juifs ont un droit unique littéralement donné par Dieu de se protéger, eux et ‘leur’ terre, à tout prix contre les non juifs est un courant puissant au sein de l’idéologie nationaliste israélienne (je pense que des rabbins de l’armée ont récemment renforcé ce point de vue). Les Afrikaners en Afrique du Sud, qui avaient aussi une idéologie de ‘peuple élu’, entretenaient le même sentiment vis-à-vis des ‘autres’. Un livre intéressant qui compare les diverses doctrines de peuples élus est celui d’Anthony Smith ‘Chosen Peoples : Sacred Sources of National Identity.’»

Près de la moitié des juifs israéliens croient en la solution du nettoyage ethnique selon une enquête réalisée en 2016 : le président israélien Reuven Rivlin a dit du résultat que c’était ‘un avertissement pour la société israélienne‘ – comprendre la société israélienne juive.

Le monde doit reconnaître et accepter le fait que les Palestiniens sont opprimés par des oppresseurs qui sont juifs et nous ont colonisés en tant que juifs. Il nous faut contester l’exceptionnalisme juif et le privilège juif dans le mouvement.

Critiquer l’état juif, état fondé sur une épistémologie religio-raciale, et demander sa disparition en tant que tel n’équivaut pas à la destruction du judaïsme, mais à la destruction de l’apartheid et de la suprématie juive telle quelle se manifeste dans l’état juif d’Israël.

Etant donné qu’une idéologie de« peuple élu » est fermement ancrée dans la pensée nationaliste juive d’aujourd’hui, et comme un tel endoctrinement a un effet négatif sur la façon dont les juifs d’Israël et autres sionistes considèrent les « autres », en particulier les Palestiniens dont ils pensent qu’ils ont pris « leur terre » et non l’inverse, Israël a besoin de davantage de campagnes d’éducation du type de celles menées par Zochrot / זוכרות / ذاكرات, et par De-Colonizer (laboratoire d’art et de recherche pour promouvoir un changement social) pour contribuer à déconstruire l’identité juive nocive que le sionisme a largement répandue et nous mener tous vers un état laïc et démocratique dans toute la Palestine entre le fleuve et la mer.

* Rima Najjar est une Palestinienne dont la famille du côté paternel vient du village de Lifta dans la banlieue ouest de Jérusalem, dont les habitants ont été expulsés. C’est une militante, chercheuse et professeure retraitée de littérature anglaise, Université Al-Quds, en Cisjordanie occupée. Ses articles sont publiés ici.



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6 février 2019 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

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