jeudi 5 juillet 2018

Rudy Demotte en Palestine: "Ils ont besoin de savoir qu'ils ne sont pas oubliés"


Le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, a atterri à Zaventem mercredi vers 20h30, après une mission de quatre jours dans les territoires palestiniens. Une visite de terrain concentrée sur la coopération et largement consacrée à l'émancipation des enfants. Le voyage de la délégation francophone intervenait quelques mois après l'approbation par le parlement de la FWB du projet de décret portant assentiment à l'Accord de coopération entre la Communauté française et la Région wallonne, d'une part, et l'Autorité palestinienne, de l'autre.

Signé le 29 janvier 2001, cet accord n'avait jamais été voté ni ratifié en raison de la détérioration des relations israélo-palestiniennes et du blocage du processus de paix. Le gouvernement de la FWB a décidé de lancer les démarches pour le ratifier sous cette législature, malgré un parlement wallon plus frileux.

L'annonce de cette avancée a été saluée par le Premier ministre Rami Hamdallah et son ministre des Affaires étrangères, Riyad Al-Malik, avec lequel M. Demotte a signé une déclaration d'intention établissant les bases d'une coopération formelle entre les deux entités. "Un certain nombre de projets s'organisaient déjà, mais sans cadre", rappelle le ministre-président. "Cette signature est un signal fort: celui de dire que la coopération va continuer et se renforcer", estime-t-il.

Le reste du séjour a été consacré à la visite de plusieurs associations afin de prendre connaissance des besoins et d'affiner un prochain programme de coopération 2019-2024. La culture et l'enfance étaient des sujets prioritaires. "Avec la culture on ne s'engage pas seul, on porte les autres", justifie M. Demotte, affirmant que "les structures culturelles sont une planche de salut contre la violence". C'est également le message qu'ont porté haut et fort la Palestinian Circus School à Bir Zeit ou encore le Yes Theatre d'Hébron. Tous deux visent le même objectif: apprendre aux enfants à se construire, et ne pas se définir à travers le conflit. "Il faut leur donner le sentiment d'avoir le contrôle de leur vie", expliquait Jessica Devlieghere, co-fondatrice et directrice de l'école de cirque, tandis que que les représentants du théâtre ne disaient pas autre chose en affirmant "créer des espaces sécurisés pour que les enfants puissent s'exprimer".

Dans un territoire où la moitié de la population a moins de 18 ans, et n'a connu pratiquement que l'occupation militaire, l'encadrement des enfants est assurément important. Au camp d'Al Arroub, l'association Defense for Children International Palestine leur apprend par exemple à documenter les violations commises à leur encontre par l'armée israélienne. Avec notamment les arrestations nocturnes de mineurs, l'armée exerce "une pression mentale, leur donne le sentiment que personne n'est capable de les protéger, qu'ils ne sont pas même en sécurité dans leur lit", rapporte l'ONG. Un sentiment partagé par le centre de soutien psychomédical de Beit Jala (Bethléem) où l'on veille également "à ne pas passer à côté des autres problèmes que l'occupation", ceux auxquels peuvent être confrontés n'importe quels enfants, comme les abus sexuels.

Des acteurs de terrain variés dont M. Demotte souligne "la capacité de patience et la force de résilience" alors que "les conditions de vie ne se sont pas améliorées" ces dernières années et que l'on assiste "au délitement d'une forme d'espoir que l'on avait pu voir après les Accords d'Oslo".

Mais, même si la plupart des organisations rencontrées, ainsi que des représentants de la société civile ou les officiels palestiniens, déplorent une montée du néoconservatisme et constatent des sociétés palestinienne et israélienne de plus en plus compartimentées, des voix s'élèvent tout de même pour appeler à construire des ponts et à nourrir l'opinion publique israélienne de débats contradictoires.

Tous demandent surtout à être soutenus diplomatiquement et moralement. Un appel entendu par M. Demotte. "Quand on est face à un conflit aussi long, il y a un risque d'étouffement. Les Palestiniens ont besoin de savoir qu'ils ne sont pas oubliés."
BELGA

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