dimanche 20 mai 2018

OCI/Sommet d'Istanbul: Des actes après les bonnes paroles ?

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que "toutes les paroles non suivies par des actes sont condamnées à n'être que des paroles en l'air".

AA / Tunis / Slah Grichi

Le sommet de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) auquel le président Recep Tayyip Erdogan a appelé en début de semaine, après le massacre d'une soixantaine de manifestants palestiniens désarmés à la frontière de Gaza, s'est clôturé vendredi à Istanbul, par une Déclaration conséquente qui reflète en gros l'exaspération et la colère de la majorité des chefs d'Etat et de gouvernement présents, à commencer par leur hôte turc.

Ce dernier n'a pas mâché ses mots vis à vis de l'Etat d'Israël qu'il a qualifié de "terroriste, oppresseur, cruel et sans scrupules, dont le seul langage qu'il comprend est celui de la force".

Que ce soit dans son allocution ou en conférence de presse après la fin des travaux, Erdogan a dénoncé la barbarie systématique israélienne et tenu Washington pour responsable de ce qui se passe dans la Bande de Gaza, condamnant de nouveau et à l'envi la décision de Trump de transférer l'ambassade américaine de Tel Aviv à Al Qods occupée, une ligne rouge qu'il ne fallait pas franchir, selon les propres propos du président turc.

Mais il a martelé qu'il était temps de dire Stop à la logique de la raison du plus fort, prévenant que "la Palestine, Jérusalem et Gaza ne seront pas délaissées ni abandonnées".

Engagé à fond sur la question, il devait s'entretenir la même journée du vendredi avec Ismaïl Haniyeh, chef du Bureau politique du Hamas à Gaza pour l'assurer du soutien indéfectible turc, ainsi qu'avec Antonio Guterres, Secrétaire général de l'ONU, pour sûrement évoquer avec lui les démarches que l'OCI compte entreprendre auprès de cette institution universelle, dont les résolutions sont allègrement bafouées par Israël et les Etats Unis.

La Déclaration finale du Sommet appelle effectivement à, entre autres, assurer une protection internationale du peuple palestinien, y compris par l'envoi de Casques bleus, tout comme à former une commission d'enquête indépendante afin de déterminer les responsabilités pénales d'Israël dans les tueries de Gaza et rendre justice aux victimes palestiniennes.

Recep Tayyip Erdogan peut être satisfait des autres résolutions qui, tout en condamnant les atrocités israéliennes perpétrées avec le soutien américain, engagent les Etats islamiques à prendre des mesures politiques et économiques contres les pays qui ont reconnu Jérusalem capitale de l'Etat hébreu et à soutenir par tous les moyens la Résistance.

Il s’agit également de fournir un appui économique à l'Etat palestinien, d’oeuvrer pour qu'il soit souverain dans les frontières du 4 juin 1967 avec Al Qods pour capitale, ainsi qu'à inciter les pays qui ne l'ont pas encore fait, à reconnaître l'Etat de Palestine; une mesure qui rétablirait un certain équilibre dans la région.

Et si face aux journalistes, il a exprimé sa satisfaction en qualifiant le Sommet d'important qui a permis de dégager une solidarité certaine et d'envoyer un message clair à Israël, il a toutefois prévenu que "toutes les paroles non suivies par des actes sont condamnées à n'être que des paroles en l'air".

Une mise en garde qu'il pouvait se permettre, d'abord parce que souvent des décisions de pays arabes et musulmans sont restées lettre morte ; ensuite parce qu'il pouvait s'enorgueillir du succès de la Journée de solidarité avec la Palestine, organisée à Istanbul et qui a enregistré le rassemblement d'un demi-million de personnes. Elle fut suivie par une vaste campagne de collecte de dons au profit du peuple palestinien.


Mais malgré la tiédeur manifestée à l'égard du Sommet et sa finalité par de grands pays de la région, comme l'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, ou à un degré moindre l'Egypte, qui aura quand même dépêché son ministre des Affaire étrangères la rencontre a dégagé une unanimité quasi totale dans la fermeté des condamnations et dans la volonté d'agir.

Cela augure une kyrielle d'imminentes actions qui seront entreprises à l'échelle internationales et de mesures qui seront incessamment à mettre à exécution pour mettre davantage à nu et contrecarrer la politique hégémonique américaine menée par Trump et ses décisions défiant la légitimité internationale qui encouragent Israël à aller toujours plus loin dans sa barbarie.

Les déclarations et les allocutions convergeaient toutes vers les mêmes points de rencontre, avec une détermination et un engagement manifestes. Qu'on en juge.

L'Emir du Koweït, Cheikh Sabah al-Ahmed al-Sabah a condamné sans appel les exactions israéliennes tout comme le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem, "une violation manifeste des résolutions du Conseil de Sécurité, visant à changer la situation historique, à judaïser la ville sainte et à bouleverser la composition de sa population", a-t-il dit.
Appelant lui aussi à garantir une protection internationale pour le peuple palestinien, il s'est engagé à poursuivre les efforts pour que les Palestiniens établissent leur droit légitime à un Etat indépendant avec Al Qods-Est pour capitale.

Allant dans le même sens, le Roi Abdallah de Jordanie a ajouté que Jérusalem, en tant que capitale d'un Etat palestinien souverain, ainsi que la fin de l'occupation sont les clefs de la paix et de l'harmonie dans la région. Et tout en incitant au nécessaire soutien à la résistance, il a fustigé Israël et les Etats Unis dont les politiques poussent tout un peuple vers le désespoir, "et le désespoir ne peut que déboucher sur la violence", a-t-il souligné.

Le président iranien Hassan Rohani a quant à lui présenté l'Etat hébreu comme LA menace de toutes les valeurs universelles et les Etats-Unis comme un danger pour la paix et la stabilité internationales, appelant à une lutte contre leurs desseins par des mesures politiques et économiques.


S'il est superflu de reprendre le reste des allocutions tant elles se rejoignaient, nous rappellerons quand même l'image évoquée par Yussuf al-Othaïmeen le Secrétaire général de l'OCI qui, après avoir appelé à un engagement de parrainage d'un processus de paix multilatéral dans un délai précis pour la création d'un Etat palestinien aux frontières de 1967, avec pour capitale Al Qods-Est, il a souligné que le double-standard international est apparu le jour de l'ouverture de la nouvelle ambassade américaine : célébrations à Jérusalem, massacres à Gaza.

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