mercredi 30 mai 2018

« Nous sommes coincés » : ces Syriens qui vivent bloqués dans des aéroports du monde entier

Refoulés aux frontières et privés de visa, des réfugiés fuyant la guerre en Syrie voient toutes les portes se fermer devant eux et se retrouvent coincés dans des aéroports ou d’autres lieux précaires à travers le monde

Des réfugiés syriens à la recherche d’issues sûres et légales 
se retrouvent pris au piège (MEE/Kaamil Ahmed)
Kaamil Ahmed

Enfant, Hassan al-Kontar étudiait l’atlas que son père lui avait donné, mémorisant les noms de chaque pays et de chaque capitale. Adulte, coupé de son pays natal par la longue guerre civile qui ravage la Syrie, il s’est rendu compte que la plupart de ces pays lui étaient fermés.

Pourtant, il lui fallait un endroit où aller, car le retour en Syrie n’était pas une option : il aurait été envoyé en prison pour refus d’un appel de l’armée syrienne ou contraint de combattre dans une guerre qu’il abhorrait.

Au lieu de cela, dans sa quête de sécurité, Hassan al-Kontar a été retenu dans un centre de détention émirati, refoulé par des agents des services d’immigration et, plus récemment, bloqué dans un aéroport malaisien pendant près de trois mois.


« Toutes les options à notre disposition sont des pays dont on n’a guère entendu parler, voire jamais »

- Hassan al-Kontar coincé dans la zone de transit de l’aéroport de Kuala Lumpur

Et il n’est pas le seul : depuis le début de la guerre, des Syriens ont passé des semaines et des mois dans des aéroports lointains, en Turquie, en Russie ou encore en Corée du Sud, bloqués par les politiques de ces pays en matière de visas ou le « Muslim Ban » de Trump.

Les caprices des autorités aéroportuaires, auxquels s’ajoutent les problèmes de documentation et les politiques gouvernementales en matière d’immigration, ont contribué à créer une atmosphère dans laquelle les Syriens se sentent pris au piège et contraints d’opter pour des périple dangereux sur des eaux agitées, souvent plus chers qu’un trajet aérien.






« J’ai ouvert le nouvel atlas, c’est-à-dire Internet », a raconté Hassan al-Kontar à Middle East Eye. À la recherche d’une nouvelle destination, il s’est rendu compte que les choix dont il disposait en tant que Syrien étaient limités.

« Toutes les options à notre disposition sont des pays dont on n’a guère entendu parler, voire jamais. »

Il a choisi l’Équateur, un pays qu’il connaissait en raison de la relation de longue date de l’Amérique du Sud avec les migrants d’origine arabe et qui, surtout, ne demande pas de visa aux Syriens.

Ce trajet devait être la dernière étape d’un périple tumultueux qui a commencé avec la guerre.
Des nuits passées sous un escalier

Hassan al-Kontar menait une carrière brillante aux Émirats arabes unis. Mais lorsque la guerre a éclaté en Syrie en 2011, l’ambassade syrienne a refusé de renouveler son passeport et il a été envoyé dans un centre de détention.

L’exemption de visa appliquée en Malaisie pour les touristes syriens lui a offert une solution temporaire, mais au bout de trois mois, il a également dû partir – il n’a pas pu obtenir de visa plus long et la Malaisie n’accueille pas les réfugiés.


« La situation est désastreuse, nous sommes fatigués d’être détenus »

- Khaled Qotrash, réfugié syrien détenu par les services d’immigration malaisiens

De nombreux mois plus tard, il y vit toujours, dans la zone de transit de l’aéroport de Kuala Lumpur, puisque son voyage vers l’Équateur a été sabordé par la compagnie aérienne, qui l’a refoulé de son vol. Son plan B, le Cambodge, a également échoué lorsqu’il en a été expulsé. Puis la Malaisie a refusé de le laisser revenir.

Hassan al-Kontar n’était pas le premier Syrien à se retrouver coincé dans un aéroport. Alors que Fadi Mansour est resté un an à Istanbul après avoir été désigné comme un passager problématique, Hasan Yasien a passé neuf mois dans une tente dans un aéroport de Moscou ; plusieurs autres Syriens ont été bloqués à Kuala Lumpur.

Et pendant que Kontar dort sous un escalier dans la zone de transit, la famille Qotrash est détenue par les services d’immigration malaisiens.

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