vendredi 4 août 2017

Mohammad, palestinien et Hamed, syrien : regards croisés sur l’exil


La présence des Palestiniens au Liban remonte à sept décennies. Celle des déplacés syriens est toute récente. Le regard porté par les Libanais sur ces deux peuples, et vice versa, a souvent été mis en lumière. Mais comment chacun de ces deux peuples perçoit-il l'expérience de l'exil de l'autre ? « L'Orient-Le Jour » a posé la question à deux jeunes hommes, un Palestinien et un Syrien.

Hamed Saffour, syrien : « Les Palestiniens savent mieux que nous... »

Hamed Saffour.

Hamed Saffour, un activiste syrien âgé de 35 ans, qui a fui la guerre en 2011 pour s'installer au Liban, est révolté par le terme « déplacé ». « Bien que ce terme soit l'appellation officielle adoptée par le gouvernement libanais pour désigner les Syriens ayant fui la guerre et trouvé refuge au Liban, je trouve que le terme "réfugié" est plus approprié pour qualifier notre statut », affirme-t-il avant d'ajouter : « Un réfugié a des droits, alors qu'un déplacé n'en a aucun. » Au Liban, rappelons-le, seuls les Palestiniens ont le statut officiel de réfugiés.
Pour Hamed, les conditions de vie des réfugiés palestiniens et des déplacés syriens se ressemblent. « Il est très difficile de s'adapter à ces conditions », dit-il. « Cependant, ce qui rend la situation des réfugiés palestiniens encore plus dure que la nôtre, c'est le fait que leur retour chez eux est de loin plus difficile que le nôtre », nuance-t-il.
« Un réfugié est une personne faible, il n'a personne pour le soutenir ou le défendre », affirme-t-il. « Mais la situation du peuple syrien en exil au Liban est plus délicate à l'ombre de la tension qui monte entre le peuple syrien et le peuple libanais. »
« Je ne pense pas que les Libanais soient racistes. Le racisme existe partout, mais il se manifeste davantage à l'heure actuelle dans la société libanaise en raison des circonstances et des difficultés auxquelles elle fait face », ajoute Hamed. « N'oublions pas le facteur psychologique, décisif du fait que la Palestine et la Syrie ont, chacune à sa façon, laissé leur empreinte sur la guerre civile libanaise », rappelle-t-il.
Pour conclure, Hamed avoue que la relation libano-palestinienne est « plus saine » que la relation libano-syrienne. « Les réfugiés palestiniens sont présents dans le pays depuis soixante-dix ans déjà, ils savent comment agir et réagir, affirme-t-il. Quant à nous, nous ne sommes là que depuis quelques années et le rapport avec le pays d'accueil n'est pas encore stable », poursuit-il. « Dans ce sens, il suffit d'une rumeur diffusée dans les médias ou sur les réseaux sociaux pour enfler la polémique et faire monter d'un cran la tension entre les deux peuples syrien et libanais », conclut-il.


Mohammad Hussein, palestinien : « Les Syriens peuvent aller et venir... »

Mohammad Hussein, réfugié palestinien au Liban.

« Nous avons tous deux, Palestiniens et Syriens, subi le même sort », déplore Mohammad Hussein, réfugié palestinien au Liban. De père et de mère palestiniens, il est né au Liban en 1994. Du haut de ses vingt-trois ans, Mohammad se plaint de sa situation dans le pays du Cèdre. « Avec les déplacés syriens, nous partageons une misère similaire même si, à la base, les deux problèmes qui nous ont poussés à quitter nos terres sont très différents, estime-t-il. La différence est majeure entre l'occupation sioniste du territoire palestinien et la guerre qui ravage la Syrie. »
À son avis, l'affaire palestinienne est plus complexe. « En 1948, nous n'avions pas les moyens d'agir pour tenter de trouver des solutions à notre exil, comme c'est le cas maintenant pour les Syriens », précise-t-il. Et alors que certains trouvent que la situation des réfugiés palestiniens au Liban est meilleure que celle des déplacés syriens, dû au passage du temps, Mohammad perçoit les choses différemment. « Tout au long de ces années, l'État libanais a eu le temps de bien penser les règles qui régissent le dossier palestinien pour nous imposer des contraintes au niveau du travail, de l'habitat, etc. », explique-t-il.
Malgré les difficultés que rencontrent Mohammad et les réfugiés palestiniens au Liban quotidiennement, la contrainte qui lui pèse le plus est le fait de ne pas pouvoir se rendre chez lui, en Palestine. « Les déplacés syriens peuvent rentrer en Syrie pour une visite de quelques jours et puis revenir au Liban. Nous ne pouvons malheureusement pas faire de même », déplore-t-il. Mis à part ces quelques différences, Mohammad fait état d'un même sentiment de xénophobie à l'égard des réfugiés palestiniens et des déplacés syriens. « Le racisme est le même à l'égard de tous », affirme-t-il. « Nous sommes des individus sans droits civils et si nous nous en sortons, c'est parce que nous ne pouvons pas faire autrement », dit-il. « Qu'il s'agisse du problème des réfugiés palestiniens ou de celui des déplacés syriens, seul le gouvernement libanais est à blâmer puisqu'il n'a même pas essayé d'élaborer des plans pour la gestion de ces dossiers, se plaint-il. Quant à nous, les réfugiés, nous n'y sommes pour rien. »


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