mercredi 2 août 2017

Le nouveau plan “de paix” de Netanyahou est directement inspiré de l’apartheid de l’Afrique du Sud


Des citoyens palestiniens d’Israël manifestent contre des démolitions de
 maisons à Arara, commune de la région de Wadi Ara, que Netanyahou veut
 transférer dans une entité palestinienne, janvier 2017. (Keren Manor/ActiveStills)



Benjamin Netanyahou propose que les citoyens palestiniens d’Israël soient déchus de leur citoyenneté dans le cadre d’un accord de “paix” qui les placerait dans une future entité palestinienne.


D’après un article publié dans Haaretz, le Premier ministre israélien a récemment déclaré à des élus américains que “les communautés arabes israéliennes pourraient être placées sous contrôle palestinien”, et ce dans le cadre d’un accord sur le statut final.

“En échange”, rapporte le journal basé à Tel-Aviv, “Israël annexerait des colonies de la Cisjordanie.”

Communément appelée “transfert,” cette proposition équivaudrait à un nettoyage ethnique. Ce n’est pas une idée nouvelle, mais le fait que Netanyahou l’aborde représente une étape supplémentaire pour le gouvernement israélien vers l’adoption officielle de pratiques naguère considérées comme taboues même par de nombreux Israéliens.

La zone que Netanyahou convoite – du moins dans un premier temps – est Wadi Ara, une région du Nord, incluant la principale ville, Umm al-Fahm.


Environ 1,5 million de Palestiniens ont un statut de citoyens en Israël. Ils sont les survivants et les descendants de la Nakba, le nettoyage ethnique sioniste de la grande majorité de la population palestinienne de ce qui allait devenir l’État d’Israël, avant et après sa création en 1948.

L’idée d’y voir un “échange” est clairement absurde car, pour commencer, rien de ce que Netanyahou propose d’échanger n’appartient à Israël : les colons de Cisjordanie vivent sur une terre volée aux Palestiniens en violation du droit international.

En outre, les droits des citoyens palestiniens d’Israël – qui, dans le cadre d’une telle mesure seraient privés du droit à déterminer leur propre sort sur leur terre de naissance – ne sont pas des cadeaux d’Israël, établi chez eux par la force et la violence à leurs dépens.

Les prétendus échanges de populations nous rappellent un passé sombre; ils étaient déjà pratiqués avant l’ère moderne, lorsqu’il était admis que les monarques traitent les populations comme leurs propriétés.

Mais la Déclaration universelle des droits de l’homme et autres règles entérinées après les atrocités de la Deuxième Guerre mondiale ont accordé des droits aux individus et ont rendu illégaux le déplacement forcé et la destitution arbitraire de citoyenneté et de nationalité.

Mais, comme je l’explique dans mon livre de 2014, La bataille pour la justice en Palestine, l’affirmation d’Israël selon laquelle il a le “droit d’exister en tant qu’État juif”ne peut se concrétiser sans une violation massive et constante des principes les plus élémentaires des droits humains que sont l’égalité et l’antiracisme.
Logique d’apartheid

On peut la voir en suivant la logique de la proposition de Netanyahou. Il parle du transfert comme faisant partie de l’accord pour un “statut final ”.

Mais quel genre de “paix” Netanyahou envisage-t-il ? Lors de sa première rencontre à la Maison-Blanche avec le président des États-Unis Donald Trump en février, le dirigeant israélien ne s’est engagé explicitement dans aucune sorte de “solution à deux États.”

Il a cependant insisté sur le fait que, dans tout accord, les Palestiniens devraient reconnaître qu’Israël est un “État juif” et qu’il “doit maintenir un contrôle sécuritaire prépondérant sur la totalité de la zone à l’Ouest du Jourdain. ”

Donc, en additionnant tous ces éléments, le plan de Netanyahou consisterait à prendre des Palestiniens d’Israël, qui possèdent actuellement des droits en tant que citoyens – quoique limités par la loi et inférieurs à ceux des Juifs – et à les déplacer là où ils n’auraient plus aucun droit, tout comme le reste des Palestinienssous occupation militaire israélienne perpétuelle.

En mars, un remarquable rapport de l’ONU concluait qu’ “Israël a établi un régime d’apartheid et l’a imposé à l’ensemble du peuple palestinien”.

“ La mission de préserver Israël en tant qu’État juif a inspiré, voire contraint Israël à poursuivre plusieurs politiques raciales générales,” explique le rapport. Ceci comprend “l’ingénierie démographique dans le but de constituer et de maintenir une majorité juive écrasante en Israël”.

La dernière proposition de Netanyahou correspond précisément à ce modèle et, par conséquent, confirme une nouvelle fois qu’Israël pratique un régime d’apartheid.

Le rapport de l’ONU note aussi que, dans le même temps qu’Israël maintient un système démocratique formel pour les citoyens de l’État, il interdit à quiconque d’utiliser ce système pour défier l’organisation fondamentalement raciste du régime : “La loi israélienne interdit l’opposition palestinienne organisée à la domination juive, en la rendant illégale et même séditieuse.”

Netanyahou écarterait la simple menace de voir les citoyens palestiniens d’Israëlutiliser leur vote pour défier cette domination en les dépouillant de leur citoyenneté.
Bantoustans

Le rapport de l’ONU, rapidement écarté par son secrétaire général à la demande américaine, souligne qu’il ne compare pas directement Israël à l’Afrique du Sud.

Il évalue plutôt Israël à l’aune de la définition du crime d’apartheid dans le droit international, qui est incluse au statut fondateur de la Cour pénale internationale.

La proposition de Netanyahou suit pourtant de près le précédent créé par l’apartheid de l’Afrique du Sud.

Alors que le régime raciste était soumis à une pression accrue pour mettre fin à la suprématie blanche à la fin du 20e siècle, il créa un système de “bantoustans” – théoriquement des États indépendants gouvernés par les noirs.

Si les noirs voulaient voter, le gouvernement d’apartheid les invitait à prendre la citoyenneté de l’un de ces bantoustans – bandes de terres pauvres, situées dans des régions isolées de l’Afrique du Sud.

Mais l’ “indépendance” de ces États – reconnus par aucun pays – était une complète imposture. Ils étaient des dictatures de pacotille dirigées par des collaborateurs du régime raciste blanc.

Les bantoustans étaient un mécanisme qui servait à exclure les noirs physiquement – en les encourageant ou en les forçant à y migrer – et politiquement d’Afrique du Sud, sans leur donner de véritables droits.

Il est très difficile de trouver des différences avec ce que Netanyahou – qui a clairement déclaré son aversion envers le vote des citoyens palestiniens d’Israël – est en train de proposer.

Il existe cependant une différence clé : contrairement à l’apartheid de l’Afrique du Sud, dont les bantoustans étaient décriés par le monde entier, nombreux sont ceux qui, dans la soi-disant communauté internationale, dont Barack Obama quand il était président, ont adopté avec enthousiasme la conception raciste et ségrégationniste d’Israël avec le slogan “Deux États pour deux peuples.”
Garantir la suprématie

L’idée du découpage racial des circonscriptions électorales a rencontré un certain succès auprès des plus fervents admirateurs d’Israël.

Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d’État des États-Unis qui possède une longue liste de crimes de guerre à son passif, dont le meurtre de millions de personnes en Asie du Sud-Est, a conseillé Israël en 2004 de “transférer du territoire des populations arabes significatives du Nord d’Israël afin d’améliorer l’équilibre démographique.”

Ces dernières années, il y a eu deux grands partisans israéliens d’une intensification du nettoyage ethnique des Palestiniens, présentée comme un “échange de terres.”

Avigdor Lieberman, le colon de Cisjordanie actuellement ministre israélien de la Défense, est fervent depuis longtemps de cette approche.

Il y a une dizaine d’années, Lieberman a déclaré qu’il soutiendrait une “solution à deux États” tant que celle-ci apporterait une vraie ségrégation en se débarrassant des citoyens palestiniens d’Israël.

“Le principe maître doit être un échange de territoires et de populations,” a-t-il dit. “Ce n’est pas que nous sommes contre la solution à deux États pour deux peuples,” a ajouté Lieberman. “Au contraire, nous la soutenons : deux États pour deux peuples, et non un État et demi pour un peuple, et une moitié d’État pour l’autre.”

Du point de vue de Lieberman, le risque d’une solution à deux États sans transfert serait qu’Israël finirait par être un “demi-État” – autrement dit, les Juifs ne pourraient pas garantir leur domination dans une entité avec plus d’un million et demi de citoyens non juifs qui attendent des droits démocratiques et civils égaux.

Lieberman a récemment réaffirmé dans un post sur Facebook que l’État juif devrait en définitive être nettoyé ethniquement de la quasi-totalité des Palestiniens.

“Il n’y a pas de raison que Sheikh Raed Salah, Ayman Odeh, Basel Ghattas ou Haneen Zoabi continuent d’être des citoyens israéliens,” a-t-il déclaré en référence à d’éminents politiciens palestiniens, dont trois étaient à l’époque membres du parlement israélien, la Knesset.
Une troisième Nakba?

L’autre adepte clé est Tzipi Livni, l’ancienne ministre des Affaires étrangères, soi-disant “pacifiste”, qui est recherchée en vue d’un interrogatoire, dans le cadre des enquêtes sur les crimes de guerre, par les procureurs de plusieurs pays.

En 2007, Livni déclarait : “l’État palestinien à établir ne sera pas une solution seulement pour les Palestiniens qui vivent en Judée et en Samarie [la Cisjordanie]. Il est dessiné pour apporter une solution nationale complète – pour ceux vivant en Judée et en Samarie, ceux des camps de réfugiés, et même pour les citoyens [arabes] d’Israël.”

Faisant partie du gouvernement d’Ehud Olmert la même année, Livni a officiellement soumis l’idée de transfert aux négociateurs palestiniens, expliquant : “Notre idée est de se référer à deux États pour deux peuples. Ou deux États nations,Palestine et Israël, vivant côte à côte, en paix et en sécurité, chaque État constituant la patrie de son peuple et la réalisation des aspirations nationales et l’autodétermination.”

Vu qu’aucun dirigeant israélien n’a jamais sérieusement proposé de donner à unÉtat palestinien les mêmes droits et la même souveraineté qu’Israël exige pour lui-même, ces déclarations sont des appels à peine déguisés à la perpétuation du processus historique sioniste de déposséder les Palestiniens et d’appeler cela la“paix ».

Il y a quelques jours, le ministre israélien Tzachi Hanegbi a même menacé les Palestiniens d’une “troisième Nakba” – en référence au nettoyage ethnique israélien des Palestiniens en 1948 et 1967.

On se demanderait si la dernière proposition de Netanyahou est ce à quoi il faisait référence.

Publié le 28/7/2017 sur The Electronic Intifada
Traduction: Jean-Marie Flémal

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