jeudi 20 juillet 2017

Usure de la compassion ?

Par Mazin Qumsiyeh

Les Maqdissis en alerte sur l'Esplanade des Mosquées, malgré 
la brutalité des forces d'occupation, nuit du 18 au 19 juillet 2017

Certains jours, nous sommes dépassés par tout ce qu’il y a à faire en réaction aux catastrophes humanitaires et aux défis géopolitiques auxquels nous, humains, sommes confrontés. Beaucoup de choses nous préoccupent à cause de la communication de masse, de la mondialisation et du fait que toutes les luttes sont liées (les élites sont liées dans notre oppression).
Cette semaine par exemple, ici en Palestine, nous pensons à ces tragédies en cours qui sont reliées :

- Le siège et la famine persistants de 2 millions de personnes à Gaza (des réfugiés pour la plupart) sans électricité, à peine d’eau courante (qui ne peut s’écouler sans électricité pour la pomper, etc.),

- le siège et la destruction des Arabes à Jérusalem : Israël s’est servi de la piètre excuse du meurtre de deux de ses soldats pour accélérer son vieux projet de se débarrasser des Palestiniens de la ville pour en faire une ville juive. L’installation de checkpoints électroniques (voir la vidéo) tenus par des soldats de l’occupation pour filtrer l’entrée des musulmans à leur lieu saint est inacceptable pour tout musulman honnête dans le monde. Comme les colonies juives et les murs à Jérusalem, il est aussi contraire au droit international (4ème convention de Genève) de modifier le statu quo dans les territoires occupés. Les colons juifs se réjouissent à l’idée d’avoir un libre accès, sans fidèles musulmans, au lieu saint musulman.

- L’attaque contre l’Unesco pour avoir suivi le droit international et non les rêves de conquête des sionistes. Il faut soutenir l’Unesco.

- La misère humaine à Mosul, Iraq, après que l’armée irakienne a libéré la ville occupée par Daesh (ISIS), création US/israélienne.

- La misère humaine en Syrie infligée par des milices combattantes (mercenaires), qu’elles soient soutenues par la Turquie, les Etats-Unies ou Israël. Le jeu géopolitique mené là inclut également l’Iran, l’Arabie Saoudite, la Turquie et Israël. Le peuple paie le prix.

- La misère humaine infligée au Yémen par les gouvernements saoudiens et émiratis (soutenus aussi par les Etats-Unis et Israël).

- La catastrophe environnementale qui se produit tout autour de nous, avec si peu d’actions pour y remédier puisque les riches continuent de s’enrichir tout en nous occupant avec les conflits, le tribalisme, le nationalisme etc. (quelques exemple de distractions pendant qu’ils s’enrichissent).

Oui, certains jours on peut se sentir accablé par tout ça. Des ondes négatives commencent à s’insinuer (ressasser les défis, voir le verre à moitié vide, etc.). Ces jours-là, je suis content d’être entouré de beaucoup de jeunes bénévoles et personnels qui travaillent dur pour allumer des bougies dans l’obscurité.

Mais je suis aussi inspiré par le dévouement de ceux qui nous ont précédés. J’ai eu l’opportunité d’aller au cimetière aujourd’hui à cause d’un décès dans ma famille et j’ai rendu hommage à beaucoup de mes proches et beaucoup de mes héros, originaires de ma ville, tout en me souvenant d’autres dans des pays lointains qui nous ont précédés avant de devenir poussière et souvenirs (par exemple Edward Said). Cela nous aide à rester concentrés et à voir que ces défis sont aussi des opportunités. Que nous avons besoin d’un travail progressif. Que c’est un marathon, pas un sprint. Que nous ne sommes que les petites parties d’un combat plus large (humilité). Que le caractère sauvage de l’attaque contre nous est en fait un signe de désespoir des élites qui vivent dans leurs belles villas à Ramallah, à Tel Aviv et à Washington DC. Que nous devons continuer, avec l’optimisme de la volonté.

Laisser mourir ? George Khoury, directeur d’OCHA au Yémen. La plupart des conflits infligent les mêmes sortes d’épreuves et de désespoir sur leurs victimes, mais même parmi cette souffrance chronique, la guerre au Yémen a son propre visage distinct. C’est celui d’un enfant émacié par la faim. Est-ce que cet enfant ou les milliers d’enfants yéménites qui luttent contre la mort ont la moindre chance ? Pour en parler, Oksana a joint Georges Khoury, directeur d’OCHA au Yémen :
https://www.rt.com/shows/worlds-apart-oksana-boyko/396459-war-conflict-yemen-victims/

Venez nous voir en Palestine occupée, et restons humains.


(Traduction : MR pour ISM)

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