mercredi 19 juillet 2017

Israël : jouer à la victime tout en battant des records de sadisme

Kidnapping par les forces israéliennes d'occupation, d'un 
manifestant palestinien près du village de Beth El en Cisjordanie 
occupée - Photo : Ryan Rodrick Beiler/ActiveStills.org


Jonathan Cook – Quand Israël a adopté une nouvelle loi anti-terroriste l’année dernière, Ayman Odeh, un des dirigeants de la large minorité de citoyens palestiniens du pays, a qualifié les mesures draconiennes de « dernier soupir » du colonialisme. Il avait déclaré : « J’y vois … la panique des Français à la fin de l’occupation de l’Algérie ».


La panique et la cruauté ont atteint de nouveaux sommets la semaine dernière, lorsque des responsables israéliens ont entamé un procès pour extorquer 2,3 millions de dollars de la famille de Fadi Qanbar, qui avait renversé des soldats avec un camion en à Jérusalem en janvier, en tuant quatre. Il avait été abattu sur la scène.

Le procès exige que sa veuve, Tahani, rembourse l’État pour la compensation qu’il a accordée aux familles des soldats. Si elle ne peut pas assumer cette somme astronomique, alors la dette passera à ses quatre enfants, dont le plus âgé n’a actuellement que sept ans…

Israël prépare actuellement plusieurs procès semblables.

Comme les autres familles de Palestiniens qui commettent des attaques, les Qanbars sont maintenant sans maison, après que Israël ait scellé leur domicile de Jérusalem-Est avec du ciment. Douze parents dans la famille ont également été privés de leurs papiers de résidence comme prélude à leur expulsion vers la Cisjordanie.

Aucun n’a rien fait de mal – leur crime est simplement d’être lié à quelqu’un qu’Israël définit comme un « terroriste ».

Cette tendance s’intensifie. Israël a exigé que l’Autorité palestinienne cesse de payer une petite allocation mensuelle à des familles comme le Qanbars, dont le soutien de famille a été tué ou emprisonné. Les taux de condamnation parmi les Palestiniens dans le système juridique militaire d’Israël sont supérieurs à 99% et des centaines de prisonniers sont incarcérés sans inculpation ni jugement.

La législation israélienne devrait confisquer 280 millions de dollars – une somme équivalente à la totalité des allocations – des taxes qu’Israël recueille pour le compte de l’Autorité palestinienne, mettant potentiellement celle-ci en faillite.

Mercredi, les lobbyistes pro-israéliens présenteront au Sénat des États-Unis un projet de loi visant à refuser toute aide à l’Autorité palestinienne, à moins qu’elle n’arrête de « financer le terrorisme ». Issa Karaka, un officiel palestinien, a déclaré qu’il serait impossible pour l’AP de se conformer aux exigences : « Presque tous les foyers … ont un prisonnier ou un martyr dans la famille ».

Israël a poussé ses pratiques de châtiment collectif – une grave violation du droit international – à de nouveaux extrêmes, autrefois inimaginables si ce n’est dans une fable cauchemardesque comme « 1984 » de George Orwell.

Israël fait valoir qu’un attaquant potentiel ne peut être dissuadé qu’en sachant que ses proches subiront de dures représailles. Ou d’une autre façon, Israël est prêt à utiliser tous les moyens pour écraser la motivation des Palestiniens pour résister à son occupation brutale de cinq décennies.

Cependant, toutes les preuves indiquent que lorsque les gens atteignent le point de rupture et sont prêts à mourir dans la lutte contre leurs oppresseurs, ils pensent peu aux conséquences pour leurs familles. C’était la conclusion d’une enquête menée par l’armée israélienne il y a plus d’une décennie.

En vérité, Israël sait que sa politique est futile. Elle ne dissuade pas les attaques, mais reflète une évolution très trouble. Des formes de vengeance encore plus sadiques renforcent le sentiment collectif et historique de victimisation juive tout en détournant l’attention des Israéliens de la réalité selon laquelle leur pays est un colonisateur violent.

Si ce constat semble dur, consultez alors une étude récemment publiée sur les effets sur les exécutant de l’utilisation de drones pour réaliser des assassinats ciblés, dans lesquels des civils sont souvent tués comme « dommages collatéraux ».

Une enquête américaine a révélé que les pilotes qui manipulent à distance des drones développent rapidement des symptômes du stress post-traumatique pour avoir infligé autant de morts et de destructions. L’armée israélienne a reproduit l’étude après que ses pilotes aient opéré des drones sur Gaza au cours de l’attaque israélienne de 2014 – l’acte ultime de punition collective. Quelque 500 enfants palestiniens ont été tués alors que la petite enclave était bombardée pendant près de deux mois.

Les médecins ont toutefois été surpris de constater que les pilotes ne présentaient aucun signe de dépression ou d’anxiété. Les chercheurs supposent par conséquent que les pilotes israéliens se sentent plus justifiés dans leurs actions, parce qu’ils sont plus proches de Gaza que les pilotes américains en Afghanistan, en Irak ou au Yémen. Ils sont plus confiants qu’ils sont ceux qui sont menacés, même s’ils font pleuvoir la mort sur les Palestiniens.

La détermination à maintenir cette représentation de soi-même comme unique victime entraîne une double norme tout à fait choquante.

La semaine dernière, la cour suprême israélienne a appuyé le refus des fonctionnaires israéliens de sceller les maisons de trois juifs qui ont en 2014 enlevé puis brûlé vif Mohammed Abu Khdeir, un jeune de 16 ans de Jérusalem.

En mai, le gouvernement israélien a révélé qu’il avait refusé de verser une indemnité à Ahmed Dawabsheh, âgé de six ans et le seul survivant de l’incendie criminel commis par des néo-nazis juifs qui ont ainsi tué toute sa famille il y a deux ans.

Le groupe de défense des droits de l’homme B’Tselem a récemment averti qu’Israël s’est déclaré sans obligation de verser une indemnité aux Palestiniens sous occupation tués ou rendus invalides par l’armée israélienne, même en cas d’infraction criminelle.

Cette ajout sans fin de l’injure aux blessures subies par les Palestiniens n’est possible que parce que l’Occident l’a si longtemps toléré dans le cas d’Israël. Il est temps de crever cette bulle de l’auto-illusion et de rappeler à Israël que c’est lui l’oppresseur et non pas les Palestiniens !

* Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Consultez son site personnel.

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12 juillet 2017 – Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine

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