samedi 15 juillet 2017

"Celui qui filme a un pouvoir" : la vidéo, une arme pour dénoncer les agressions dans le conflit israélo-palestinien

À Hébron, en Cisjordanie, une association distribue des caméras aux habitants. Objectif : filmer pour dénoncer les agressions entre Israéliens et Palestiniens.

Un jeune Palestinien utilise une caméra, distribuée par l'ONG B'Tselem
 à sa famille, en 2008 près d'Hébron en Cisjordanie. (HAZEM BADER / AFP)
Etienne Monin


C’est la résistance par l’image. Dans la vieille ville d'Hébron, en Cisjordanie, une association a distribué six caméras à des familles. Avec cet outil, elles peuvent filmer pour dénoncer les agressions,
dans cette zone qui abrite une population de 200 000 Palestiniens et de quelques centaines de colons israéliens.
La preuve par l'image

Les caméras et la vidéo sont aujourd'hui devenus un outil performant pour les Palestiniens dans les principales zones de conflit, pour se protéger et dénoncer. Sur les réseaux sociaux, ces images sont souvent devenues virales, et certaines ont eu une influence sur le cours des choses.

Imad Abu Shamsiya, par exemple, ne sort jamais sans sa caméra. Ce Palestinien est devenu une figure de la résistance, après avoir participé à la condamnation d'un soldat israélien. Imad Abu Shamsiya avait filmé cet homme en train d'exécuter au sol un assaillant palestinien blessé : "Quand j'ai filmé la scène, j'avais conscience de filmer quelque chose d'important, mais je n'avais pas imaginé que cette vidéo aurait un tel impact sur la société israélienne."
Une pratique risquée pour les vidéastes

À Hébron, la vidéo est considérée comme l'arme du pauvre : "Celui qui peut dénoncer avec un film a un pouvoir, explique un militant de l'organisation Youth against settlements (La jeunesse contre les colonies). Maintenant, la guerre est une guerre de médias entre les Palestiniens et les Israéliens."

En revanche, filmer peut avoir un prix. Un jeune homme, qui vit entre deux barrages militaires dans Hébron, explique avoir arrêté de filmer sous la pression de l'occupation : "Quand je vais rentrer à la maison, je vais me faire arrêter au barrage. Je vais être retardé et humilié, c'est ça ma vie quotidienne. Il n'y a rien de mal à filmer, mais vous le payez très cher."
Dénoncer ce que les autorités ne montrent pas

Le premier programme de vidéos a été lancé par l'organisation non gouvernementale (ONG) israélienne B'Tselem. Depuis 10 ans, elle a distribué 200 caméras à des Palestiniens. Pour Amit Gilutz, le pouvoir de l'image est utile mais pas décisif : "On utilise la vidéo, avec d'autres outils, pour faire connaître la situation que le gouvernement essaie de cacher à sa population et à la communauté internationale. En revanche, on ne pense pas que cela sera suffisant pour changer la réalité."

Les images peuvent servir de preuve lors des procès, mais l'ONG B'Tselem a arrêté de les donner à l'armée, afin de dénoncer ce qu'elle considère comme un système d'impunité dans les enquêtes.

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