vendredi 2 juin 2017

Sculptures de sable sur la plage de Gaza : un artiste rend hommage à la cause palestinienne

L'artiste palestinien Osama Sbeata expose sur la plage de Gaza ses sculptures de sable évoquant l’histoire nationale palestinienne et les difficultés auxquelles sont confrontés les Palestiniens


Osama Sbeata crée des sculptures de sable depuis
 quatre ans (avec l’aimable autorisation d’Osama Sbeata)


BANDE DE GAZA, territoires palestiniens – Lorsque le soleil brille sur la bande de Gaza et que la température grimpe, la plupart des Gazaouis vont à la mer, essentiellement pour se baigner et se
détendre. Mais pas Osama Sbeata, qui lui a un but bien différent lorsqu’il va à la plage : rendre compte de l'histoire palestinienne à travers des sculptures de sable.

« J'ai choisi la plage parce qu'elle est considérée comme le seul endroit où les Gazaouis peuvent avoir un peu de répit, en plus du fait que beaucoup de monde s'y rend », a-t-il déclaré à Middle East Eye.


Cette sculpture d’un bébé symbolise le droit des enfants
 à la vie (avec l'aimable autorisation d’Osama Sbeata)

Considéré comme le premier sculpteur de sable de Gaza, Osama Sbeata, 26 ans, est originaire de Shuja'iyya, une zone de Gaza qui a été dévastée par la guerre de 2014. Ce qui était autrefois un simple passe-temps a pris un sens nouveau, Osama insufflant une vie tridimensionnelle à des événements cruciaux de l’histoire palestinienne et exprimant leur importance par son regard créatif.


« J'ai choisi la plage parce qu'elle est considérée comme le seul endroit où les Gazaouis peuvent avoir un peu de répit, en plus du fait que beaucoup de monde s'y rend »

- Osama Sbeata, artiste palestinien

Muni d’une pelle en fer servant à creuser et tamiser le sable, Osama sculpte différentes images qui représentent la ville de Gaza, la cause palestinienne et les développements politiques en Palestine. Si ses créations uniques nécessitent de la patience et de la persévérance pour atteindre la perfection sur le sable mobile, au moins, le matériel principal de son art est disponible gratuitement sur la côte de Gaza.


Les créations d'Osama Sbeata se distinguent souvent par leurs
 couleurs vives (avec l’aimable autorisation d’Osama Sbeata)



« Je ne choisis pas mes sujets au hasard : ils concernent la réalité des Palestiniens, en particulier des personnes vivant dans la bande de Gaza, qui font face au siège et au chômage, ainsi que la question des prisonniers palestiniens », a expliqué Osama, se référant aux plus de 1 000 prisonniers palestiniens incarcérés dans les geôles israéliennes qui ont mené une grève de la faim de 40 jours pour protester contre les conditions de leur détention et le déni de leurs droits fondamentaux.


Les mains agrippant des barreaux symbolisent la lutte des prisonniers 
pour la liberté. « Nous sommes tous avec vous », est-il écrit en 
arabe (avec l’aimable autorisation d’Osama Sbeata)



En 2013, Osama a obtenu un diplôme de comptabilité à l'Université al-Azhar de Gaza, mais à son grand désarroi, trouver du travail dans son domaine s’est révélé être un défi insurmontable en raison d'un taux de chômage avoisinant les 58 % pour une population de quelque deux millions d’habitants.

« J'ai commencé à dessiner sur papier quand j'étais petit, puis avec le temps, je suis devenu très bon en composition. Je sculpte le sable depuis près de quatre ans », a-t-il précisé.

Sa première tentative de sculpture de sable s’est faite par hasard, un jour où il se divertissait dans le sable. Il a réalisé que la plage était la destination de nombreuses personnes et donc un endroit idéal pour pratiquer son art et sensibiliser les autres à la cause palestinienne.

En avril 2015, Osama a créé une sculpture de sable représentant un célèbre symbole de paix, la colombe, ce qui lui a valu d’acquérir rapidement une certaine renommée.


Osama Sbeata s’est fait connaître après avoir créé cette sculpture 
représentant la colombe de la paix (avec l’aimable autorisation d’Osama Sbeata)



En mars 2017, il a organisé une exposition sur la Nakba, la « catastrophe » de 1948 qui a vu de nombreux Palestiniens se faire expulser de leurs terres au moment de la fondation de l’État d'Israël. Dans le cadre de cette exposition, à laquelle ont participé de nombreux Gazaouis et photographes, Osama a représenté les déplacements forcés et les souffrances subis par les Palestiniens à ce moment-là de leur histoire.

« Je vais souvent à la mer parce que c'est le seul endroit où les habitants de la bande de Gaza peuvent respirer un peu », a déclaré Mohammed Ali, un Gazaoui de 19 ans.

« J'ai été émerveillé quand j'ai vu les dessins de Sbeata, à l'occasion de l'anniversaire de la Nakba », a-t-il confié. « De tels talents ont besoin de soutien afin de pouvoir représenter la Palestine dans des enceintes internationales », a-t-il ajouté.


La grève de la faim de Khader Adnan dans une prison israélienne a
 été la plus longue de l'histoire palestinienne (avec l’aimable autorisation d'Osama Sbeata)



L'un des objectifs d’Osama Sbeata est de démontrer que la créativité existe à Gaza malgré le siège israélien.

« La première photo que j'ai publiée sur les réseaux sociaux, le 1er janvier 2015, a suscité l'admiration de nombreuses personnes », a-t-il déclaré. En écrivant « 2015 » dans le sable le jour de l'An de cette année, il voulait transmettre son espoir que la nouvelle année serait une année de paix pour la Palestine.


Osama Sbeata exprimait son espoir que 2015 soit une année de
 paix pour la Palestine (avec l'aimable autorisation d’Osama Sbeata)



Selon Osama, de nombreux jeunes de la bande de Gaza se sont récemment mis à pratiquer divers arts, notamment le dessin sur le sable, pour échapper à la dure réalité dans laquelle ils vivent.

Le talent d’Osama lui permet également de gagner sa vie et de subvenir aux besoins de sa famille. Pour une rémunération allant de 40 à 1 000 dollars, il s’essaie aux « logos d'entreprises, au dessin de noms de couples et à des événements spéciaux tels que les mariages », a-t-il précisé.


Osama Sbeata au port de Gaza (avec l'aimable autorisation d’Osama Sbeata)



L’un des défis auxquels il est confronté dans sa pratique artistique est la grosseur du sable, qui complique le processus de création. Le soleil brûlant rend aussi la participation à des expositions de sculpture de sable sur la plage un vrai défi.

Afin de documenter son travail, Osama photographie chaque œuvre avant que n'ait lieu l’inévitable processus de désintégration. Chaque création marque un moment fugace dans le temps.

Le plus grand souhait d’Osama est sans aucun doute que le siège de Gaza soit levé afin qu'il puisse exercer librement son talent à travers le monde et participer à des compétitions internationales de sculpture de sable.


« Je ne choisis pas mes sujets au hasard : ils concernent la réalité des Palestiniens, en particulier des personnes vivant dans la bande de Gaza, qui font face au siège »

- Osama Sbeata, artiste palestinien

Ahmed Shmood, un Gazaoui de 20 ans actif sur les réseaux sociaux, a indiqué que les dessins d’Osama Sbeata se focalisaient non seulement sur les événements historiques de la Palestine, mais également sur les souffrances quotidiennes des Palestiniens.

« Nous sommes toujours impressionnés par son travail artistique et ses dessins créatifs, qui accompagnent les événements qui se produisent en Palestine », a-t-il déclaré.


Osama photographie chaque création avant qu’elle ne se
 désintègre (avec l'aimable autorisation d’Osama Sbeata)



Ahlam al-Shaer, un fonctionnaire du ministère de la Culture à Gaza, dit soutenir les artistes, surtout depuis le siège israélien qui a débuté en 2007 lors que le Hamas a pris le contrôle de la bande côtière.

« Au sein de l'administration générale des arts, nous avons une relation étroite avec les artistes de tous genres, y compris ceux qui sculptent le sable », a-t-il indiqué. « Osama Sbeata est l’un d’entre eux, il nous émerveille avec ses dessins étonnants et uniques. »


« Les jeunes souffrent d'un chômage extrême, ce qui les pousse à tenter d’en sortir et de pratiquer diverses formes d’art »

- Ahlam al-Shaer, fonctionnaire du ministère de la Culture à Gaza

Al-Shaer a souligné que les jeunes de Gaza utilisaient l'art comme moyen d'échapper par l’imagination au chômage et à d'autres difficultés de la bande assiégée.

« Les jeunes souffrent d'un chômage extrême, ce qui les pousse à tenter d’en sortir et de pratiquer diverses formes d’art. La bande de Gaza a de nombreux jeunes talents qui ont besoin de soutien. »


Traduit de l’anglais (original).

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