lundi 12 juin 2017

Palestine : pourquoi la résistance islamique refuse de déposer les armes

Des combattants du Hamas rejoue la capture
 d'un soldat israélien - Photo : Hamas.ps


Adnan Abu Amer – Le mouvement Hamas considère que sa capacité militaire est son seul outil dissuasif contre les agressions et l’expansion israéliennes.


Dans quelques jours, le Hamas marquera le troisième anniversaire de la guerre israélienne de 2014 sur Gaza, qui a duré plus de 50 jours, provoquant des milliers de morts et de blessés des deux côtés [l’écrasante majorité des victimes étant du côté de la population civile palestinienne].

Alors que cette date est l’objet d’une commémoration, la situation s’aggrave à Gaza au fur et à mesure que les souffrances humaines augmentent et que le siège se poursuit. Le blocus affecte de nombreux aspects de la vie des gens, dont leur niveau de vie, leurs moyens de subsistance, et des préoccupations se font jour sur les débats en Israël où l’on imagine que Gaza pourrait exporter sa crise interne en dehors de ses frontières en lançant une guerre contre Israël…

Indépendamment de la pertinence de cette analyse israélienne, il y a eu un certain nombre de déclarations récentes de responsables du Hamas qui faisaient référence aux conditions insupportables que vivent les Palestiniens et à la possibilité d’une explosion imminente. Cela ouvre un débat sur la résistance armée contre Israël déclarée sur plusieurs axes par le Hamas.


Les raisons du choix de la résistance armée

Plus de 25 ans se sont écoulés depuis le lancement du processus de paix de 1991 entre les Palestiniens et les Israéliens à la Conférence de Madrid, et aujourd’hui, le Hamas ne pense pas que les Palestiniens aient su préserver les maigres concessions et réalisations qu’ils y avaient gagnées. Ils en voient la raison dans la faiblesse de leur force militaire sur le terrain, laquelle aurait dû empêcher Israël de voler leurs terres, détruire leurs institutions et entraver leur mission de libération.

Il est probable que la sonnette d’alarme a retenti pour la direction du Hamas lorsque l’armée israélienne a construit un mur de séparation en Cisjordanie en 2002 et a réoccupé la plupart des territoires dont elle s’était retirée pendant les négociations politiques. Ces dirigeants ont considéré que la plupart des progrès réalisés par l’Autorité palestinienne ont disparu sous les bottes des soldats israéliens, lesquels ont agi en toute impunité parce qu’il n’y avait pas de dissuasion militaire pour les en empêcher.


Qu’implique la crise du Qatar pour le mouvement Hamas ?

Le retrait israélien de la bande de Gaza en 2005 a été une occasion en or pour le Hamas de se reconstruire militairement, en augmentant ses capacités et en redessinant ses plans en l’absence d’une présence militaire israélienne à Gaza, même s’il y a un blocus terrestre, aérien et maritime imposé par Israël sur le petit territoire.

Le retrait a été suivi par trois guerres israéliennes féroces contre le Hamas et la population de Gaza en 2008, 2012 et 2014. Malgré les pertes humaines et matérielles subies, il y a eu une nette amélioration d’une guerre à l’autre, des capacités du Hamas à se battre et cela lui a permis de surmonter plusieurs de ses faiblesses sur le terrain, tirant parti des leçons que chacun de ces conflits a apportées.

Cela rend le Hamas prêt à entrer dans une nouvelle confrontation avec Israël, qu’il en soit à l’origine ou qu’il y soit contraint, malgré ses affirmations sur son manque de préparation pour une autre guerre en raison des pertes subies dans les précédents conflits.


L’avenir de la lutte armée

Le Hamas ne cache pas le fait que les affrontements militaires avec Israël ont épuisé ses ressources et lui ont coûté cher, causant la mort d’un grand nombre de combattants. Malgré cela, le Hamas s’est engagé dans l’option militaire et continue de s’y préparer, ce qui soulève des questions sur la raison de cette orientation, surtout du fait que certaines voix au Hamas souhaitent une orientation moins coûteuse.

Le Hamas voit bien que l’équilibre des forces est clairement en faveur d’Israël et qu’il n’est peut-être pas logique de rivaliser avec ce dernier d’un point de vue purement opérationnel. Cependant, pour le Hamas, l’acceptation de cette idée comme un fait établi encouragerait Israël à envahir Gaza régulièrement et à voler ses terres impunément et à tout moment, comme c’est le cas en Cisjordanie.

C’est pourquoi le mouvement continue de renforcer ses moyens militaires dans la mesure où ses ressources le permettent, transformant Gaza en une forteresse qu’Israël aurait de la difficulté à violer. Le Hamas a transformé Gaza en son centre d’autorité de facto et ne veut pas être contraint de le céder à Israël en raison d’un déséquilibre des forces en présence, d’où la course contre la montre pour augmenter ses capacités.

L’effort que s’impose le Hamas pour renforcer ses capacités militaires face à Israël l’a conduit au point où il contrôle maintenant ce qu’on peut appeler une « armée régulière ». Cette « armée » est basée sur les Brigades al-Qassam et compte 27 000 soldats, selon les estimations israéliennes. Ceux-ci sont répartis entre six divisions régionales, 25 bataillons, 106 compagnies et 2500 combattants dans des unités d’élite, dont environ un tiers sont formés et préparés à mener des opérations à l’intérieur d’Israël.

Pour renforcer ces capacités, le Hamas dépense généreusement ce qu’il considère comme son épine dorsale, ce qui lui permettra de repousser une attaque israélienne et de préserver son autorité à Gaza. Il s’attend à devoir poursuivre ses efforts dans les prochains jours en dépit de l’opposition d’Israël et de ses tentatives de dresser l’opinion internationale contre le mouvement.

Ces tentatives ont été abondamment mises en lumière il y a quelques jours lorsque l’envoyé américain à l’ONU, Nikki Haley, a visité un des tunnels de Gaza à la frontière sud d’Israël et l’a caractérisé comme quelque chose qui a été construit dans le but de capturer et abattre des Israéliens.


Les trêves et cessez-le-feu

Comme il l’a annoncé dans sa nouvelle charte en mai de cette année, le Hamas n’est pas opposé à un nouveau cadre pour ses relations avec Israël, comme la négociation d’un cessez-le-feu sur le long terme qui pourrait durer plusieurs années ou même devenir permanent.

Dans le même temps, le Hamas a exprimé des doutes croissants sur la réelle possibilité de décider d’un cessez-le-feu à long terme (éventuellement plusieurs années) avec Israël, en raison de l’insistance de ce dernier qu’un tel cessez-le-feu comprenne l’abandon de ses armes par le Hamas et la transformation de Gaza en une zone démilitarisée.

Le Hamas considère cette condition comme un bâton dans les roues de toute négociation avec Israël, car il voit ses capacités militaires comme le dernier moyen de dissuasion à sa disposition. Nous ne révélerons aucun secret en disant que le Hamas a effectivement rejeté des offres transmises par divers partis et envoyées par Israël. Ces offres proposaient de soulager ou même supprimer le siège de Gaza, à la condition que le mouvement rende les armes. Ces offres ont été purement et simplement rejetées.

Le Hamas craint qu’il ne soit poussé dans une situation critique par Israël qui lui imposerait de plus en plus de conditions jusqu’à ce qu’il soit devenu un tigre de papier facile à attaquer. Ce serait un scénario cauchemar pour le Hamas qui ne veut pas voir se répéter ce qui s’est produit au milieu des années 1990, lorsque ses capacités militaires ont été décimées par des attaques répétées de l’Autorité palestinienne qui prenait alors le plein contrôle de l’action militaire palestinienne. Le Hamas est déterminé à ce que l’Histoire ne se répète pas.

Enfin, les dernières années ont vu l’arrivée d’un certain nombre d’envoyés internationaux et de l’ONU à Gaza pour négocier avec le Hamas au sujet de ses armes en échange d’une intégration dans un processus politique – retirant alors la désignation d’organisation « terroriste » qui lui était attachée – avec la reprise d’un soutien financier à la bande de Gaza.

Cependant, le Hamas n’a même pas voulu discuter de ces offres dans sa structure politique et organisationnelle. Très probablement parce qu’il était convaincu qu’il s’agissait d’un piège dans lequel il ne devait pas tomber… d’où son insistance sur sa position malgré ce que cela lui a coûté en termes d’isolement international et de siège régional.

Néanmoins, le stockage d’armements par le Hamas ne signifie pas qu’il se dirige nécessairement vers une quatrième confrontation militaire avec Israël. Au contraire, il s’active pour atteindre un niveau de préparation suffisant dans la crainte qu’Israël le frappe en premier dans une attaque surprise, une possibilité dont le mouvement se méfie beaucoup.

Peut-être que le Hamas a bien appris, ou devrait apprendre, qu’il est difficile pour Israël d’accepter une organisation armée à ses frontières qui proclame jour et nuit qu’elle a l’intention de le détruire… Cela ouvre le champ à de nombreuses spéculations, depuis le déclenchement d’une nouvelle guerre – féroce comme jamais auparavant – jusqu’à un éventuel resserrement du siège de Gaza, impliquant une mort lente pour les habitants. Le Hamas ne serait pas capable de résister longtemps à une telle pression. La troisième option serait une pause prolongée dans les hostilités, une possibilité qui a peu de chances de réunir les conditions nécessaires et d’aboutir.

* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé en Histoire de la question palestinienne, sécurité nationale, sciences politiques et civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

Articles du même auteur.

12 juin 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

Aucun commentaire: