samedi 24 juin 2017

Liberman à un évènement du ToI : Israël coordonne la construction dans les implantations avec les USA

Le ministre de la Défense a attribué la crise humanitaire à Gaza au conflit entre le Hamas et l’AP, et exempte Israël de toute responsabilité



Lors d’un évènement organisé jeudi soir par le Times of Israël dans le nord de Tel Aviv, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a affirmé qu’Israël coordonne les constructions dans les implantations
avec la Maison Blanche, notamment en ce qui concerne l’approbation d’un programme de construction en Cisjordanie, le plus important depuis 1992.

Au début de l’année, le président américain Donald Trump a demandé au Premier ministre Benjamin Netanyahu de « faire preuve de retenue sur les implantations » durant une conférence de presse à la Maison Blanche. Mais selon Liberman, ce n’est plus la position des États-Unis.

Dans une interview en anglais, le ministre de la Défense a expliqué que bien que la coordination ne se situe pas à l’échelle de « chaque dizaine de logements », il existe une entente entre Jérusalem et Washington sur le niveau de construction acceptable en Cisjordanie.

Même si Israël venait à aller au-delà de ce que les États-Unis souhaitent, Liberman a ajouté qu’il attend de l’administration Trump de « nous respecter suffisamment » pour ne pas en parler ouvertement. Cette affirmation semblait faire référence à l’habitude du gouvernement Obama de systématiquement condamner publiquement les constructions d’Israël en dehors des lignes de 1967.

Lors de l’évènement qui s’est tenu le 15 juin au port de Tel Aviv, conjointement organisé par le Times of Israël et par le Tel Aviv International Salon, Liberman a abordé différents sujets, de la guerre civile syrienne à ses premiers pas en Israël en tant que jeune immigrant moldave âgé de 20 ans.

Il a également consacré une bonne partie de la soirée à la question de la crise humanitaire dans la bande de Gaza.

Liberman a nié le fait qu’Israël soit chargé de faciliter les conditions de vie dans l’enclave palestinienne, qui n’ont accès à l’électricité que quelques heures par jour, et a précisé qu’Israël doit plutôt œuvrer pour que le monde comprenne que c’est le Hamas et l’Autorité palestinienne (AP) qui sont à l’origine de cette souffrance.

« Il est totalement insensé que le Hamas ait récolté l’an dernier 100 millions de shekels par mois en taxes, mais qu’il ne soit pas prêt à verser 1 shekel pour l’électricité. »

« C’est totalement insensé que le Hamas ait récolté l’an dernier 100 millions de shekels par mois en taxes, mais qu’il n’est pas prêt à verser 1 shekel pour l’électricité »
Avigdor Liberman

Au lieu de cela, le groupe terroriste investit cet argent dans des « roquettes et des tunnels », a-t-il ajouté.

« En fin de compte, ce n’est pas de notre responsabilité. Nous avons complètement évacué jusqu’aux lignes de 1967 », a-t-il dit, évoquant le désengagement de la bande de Gaza en 2005, quand près de 7 000 résidents ont été évacués des 21 communautés israéliennes qui se trouvaient à Gaza.

Liberman a été interrogé sur son opposition au projet du ministre des Transports et du Renseignement Yisrael Katz, qui consiste à construire une île artificielle avec un port au large de la côte gazaouie afin d’aider à relancer l’économie de la bande de Gaza.

Yisrael Katz, ministre des Transports et du Renseignements, pendant
 une conférence de presse sur la création d’une île artificielle au large de
 Gaza et d’un réseau ferré moyen-oriental, le 5 avril 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le ministre de la Défense a déclaré que le Hamas considérerait ce port comme une victoire, et a réitéré qu’il pensait que ce n’était pas faisable dans le cadre des normes de sécurité israéliennes.

Un port à Gaza deviendrait « un moyen de faire entrer des armes en contrebande, des mercenaires et des militants iraniens », a affirmé Liberman.

Le ministre de la Défense a tenu l’Iran pour responsable d’une bonne partie des problèmes du monde.

« Nous avons un vrai problème avec l’Iran, mais il ne s’agit pas que d’Israël », a-t-il dit, désignant les efforts de Téhéran pour « saboter » les pays du Moyen Orient.

Selon Liberman, les « presque 600 000 personnes tuées et les sept millions de réfugiés » de la guerre civile syrienne n’ont pu avoir lieu « qu’en raison de l’implication de l’Iran ».


Le président américain Donald Trump, le roi Salmane d’Arabie saoudite et le président égyptien Abdel-Fatah al-Sissi touchent symboliquement un globe à lancement du centre contre l’extrémisme à Riyad, le 21 mai 2017. (Crédit : capture d’écran)

Au début de la semaine, le ministre de la Défense a déclaré qu’Israël était « plus proche que jamais » d’un accord régional – pas d’un accord de paix – avec les pays arabes, en raison de la présidence de Donald Trump et du sommet des nations musulmanes sunnites qui s’unissent pour lutter contre l’Iran et l’extrémisme violent.

Il a expliqué qu’il doutait qu’un tel accord tourne autour des questions d’ordre économique et social, mais il a suggéré qu’il s’agirait davantage de coopération en matière de sécurité, étant donné le niveau de l’instabilité et la violence dans la région.

Liberman a déclaré que les accords, bien que frileux avec la Jordanie et l’Égypte, avec qui Israël entretient désormais de bonnes relations sécuritaires, sont de « bons exemples » pour les autres pays arabes sur l’intérêt de coopérer avec Israël.

Cependant, il a indiqué sèchement qu’il doute que le Moyen Orient ne devienne « comme la Scandinavie », et a ajouté dans un ton chargé d’ironie que la paix dans la région viendra « peut-être avec le Mashia’h », le terme hébraïque désignant le Messie.

Le ministre de la Défense a également dit qu’il doute qu’un accord final avec les Palestiniens ne soit possible sans qu’il y ait un accord avec les « pays arabes modérés » de la région, une démarche qualifiée de « l’extérieur vers l’intérieur ».

Ehud Olmert, alors Premier ministre (à gauche), et le président
 de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Paris 
en 2008. (Crédit : Thaer Ganaim/Flash90)

Il a souligné que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a refusé la proposition de paix de l’ancien Premier ministre Ehud Olmert lors du sommet d’Annapolis, dans le Maryland en 2008, qui était, selon Liberman, la meilleure proposition que les Palestiniens puissent recevoir.

« Je n’ai pas l’impression que les Palestiniens » aient l’intention de revenir à la table des négociations.

Liberman a insisté sur ce qu’il pense depuis toujours, à savoir qu’un accord ne sera possible que si le futur état palestinien inclut les villes arabes du nord d’Israël, dans une région appelée le Triangle.

Le ministre de la Défense a précisé qu’un « état palestinien homogène et un État israélien homogène » sera la seule solution juste.

Cependant, il ne pense pas que « les Arabes sont la cinquième colonne de l’État d’Israël » ou encore une partie traitresse de la population. « Je pense qu’ils sont des citoyens loyaux. »

En revanche, le ministre de la Défense a mis en doute la loyauté des députés arabes à la Knesset, qu’il n’a « jamais vu avec un drapeau israélien, uniquement avec un drapeau palestinien. »

Il pense toujours que Trump transférera l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. « Peut-être cette année, peut-être l’année prochaine », a-t-il spéculé.

Liberman, qui a immigré de Moldavie en 1978, a affirmé qu’Israël était le seul pays où l’on pouvait arriver en tant qu’immigrant à l’âge de 20 ans et finir ministre de la Défense.

Liberman a été nommé à ce poste il y a tout juste un an, après que Netanyahu a licencié Moshe Yaalon, quand le parti Yisrael Beytenu a intégré la coalition avec le Likud au pouvoir.


Liberman s’est moqué du journaliste Matthew Kalman, qui a tenté de décrire son ascension au ministère de la Défense comme quelque chose d’inattendu.

« Vous faites dans le politiquement correct, a plaisanté Liberman. C’était une immense surprise, même pour moi. »


Judah Ari Gross

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