samedi 17 juin 2017

L'étonnante offensive arabe pour étrangler le Hamas

Proche-OrientArabie saoudite, Emirats arabes unis, Egypte et Autorité palestinienne mettent à genoux deux millions de Gazaouis.

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne.Image: Reuters

Combien de morts faudra-t-il dans la bande de Gaza avant que ne plie le Hamas? Dix ans après avoir pris par la force ce petit territoire le 15 juin 2007, le mouvement islamiste est défié à la fois par des mesures draconiennes de l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas et par le blocus économique imposé sur son parrain, le Qatar, par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte.

A Ramallah, en Cisjordanie, on n’y va pas par quatre chemins. Décision a été prise de ne plus payer que 70% de l’électricité livrée par l’Etat hébreu à ce petit territoire vivant sous blocus israélo-égyptien. De quoi provoquer une véritable catastrophe humanitaire pour près de deux millions de Gazaouis, s’alarment l’ONU, le CICR et de nombreuses ONG.

En effet, la population ne dispose déjà plus que de trois à quatre heures de courant par jour. Surtout depuis que l’unique centrale électrique a fermé le mois dernier, faute de fuel. Résultat: quatre hôpitaux ont cessé de fonctionner et d’autres pourraient suivre leur exemple, les générateurs ne réussissant plus à couvrir les besoins des appareillages techniques.

De toute façon, un tiers des médicaments essentiels sont introuvables et l’Autorité palestinienne entend encore réduire drastiquement le nombre de cargaisons et le budget de tout le système de santé. Plus de 90% des malades du cancer n’ont plus accès à leur traitement. Et des dizaines de nouveaux-nés risquent de mourir...

Visiblement, l’Autorité est prête à tout pour étrangler le Hamas et reprendre le pouvoir dans la bande de Gaza. Autour du président Abbas, on dit en avoir assez de financer l’administration de ce petit territoire alors que les islamistes au pouvoir, eux, utilisent leurs fonds pour armer des milices plutôt que d’améliorer la vie de la population. Bref, les services de Mahmoud Abbas ont décidé de mettre le Hamas au pied du mur.

Depuis avril, les fonctionnaires à Gaza restés fidèles à l’Autorité palestinienne (laquelle continuait de leur verser un salaire) ont vu fondre leur rémunération, plombant ainsi la consommation dans un territoire qui connaît déjà 40% de chômeurs et où un million de personnes dépendent pour leur survie de l’aide alimentaire de l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens.

Or, le timing de cette offensive de Ramallah ne doit rien au hasard. L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte viennent de décréter, ce mois-ci, un blocus du Qatar, accusé de flirter un peu trop avec l’Iran nucléaire et de financer des groupes jugés terroristes, parmi lesquels figure le Hamas. Ces pays arabes réclament explicitement que Doha cesse de soutenir le mouvement islamiste palestinien à travers des «fonds de reconstruction» pour la bande de Gaza. L’émir Al-Thani fut l’unique chef d’Etat ou de gouvernement à effectuer une visite officielle dans ce territoire palestinien qui échappe au pouvoir du président Mahmoud Abbas.

La monarchie saoudienne et l’Egypte du président Sissi sont bien décidés à terrasser, un peu partout, les groupes issus des Frères musulmans (le Hamas en est la branche palestinienne), lesquels mettent systématiquement en cause les régimes autoritaires de la région. Des critiques que relaie d’ailleurs volontiers la chaîne d’information Al-Jazira, basée à Doha et financée par l’émir du Qatar. Pire, le Hamas est en train de se rabibocher avec le mouvement chiite Hezbollah du Liban, mais surtout avec l’Iran, ennemi juré de l’Arabie saoudite. Ismail Haniyeh, leader du mouvement islamiste palestinien, est même attendu à Téhéran où il doit se rendre à la tête d’une délégation. Bref, les ponts n’ont jamais été rompus, même après que la direction du Hamas a pris fait et cause pour la rébellion anti-Assad et a dû déplacer son quartier général de Damas à Doha.

Comme pour enfoncer le clou, le chef du Croissant Rouge des Emirats arabes unis vient d’accuser le Hamas d’avoir tiré des roquettes depuis un hôpital de la bande de Gaza géré par des Emiriens, au cours de la guerre de 2014 contre Israël.

Difficile de ne pas y voir une offensive concertée de gouvernements arabes menés par l’Arabie saoudite, dont l’initiative de paix avec Israël proposée en 2002 a toujours été refusée par le Hamas palestinien.

Reste que ce sont les civils gazaouis qui paient le prix fort, otages d’un conflit aux dimensions régionale.

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