lundi 5 juin 2017

Les choses vont empirer pour les Palestiniens. Mais je garde la foi


Alors que l'occupation israélienne de la Cisjordanie, de Gaza, de Jérusalem-Est et du plateau du Golan marque aujourd’hui ses 50 ans, je continue de croire que les Palestiniens réussiront à obtenir
justice sans créer d'injustice, à garantir l'égalité pour tous et à obtenir la liberté

En tant qu'analyste politique, beaucoup des articles que j'écris sont impersonnels et d’une tonalité plutôt sèche. Mais alors que l'occupation israélienne de la Cisjordanie, de Gaza, de Jérusalem-Est et du plateau du Golan marque aujourd’hui ses 50 ans, je pense qu'il est temps de m’exprimer de manière plus personnelle et de parler de ce qui nous fait tenir dans cette lutte apparemment sans fin pour la liberté, la justice et l'égalité pour les Palestiniens.

Personnellement, ce qui me fait tenir est la confiance dans le fait que nous réussirons à obtenir justice sans créer d'injustice, à garantir l'égalité pour tous et à obtenir la liberté. On peut se demander comment cette foi en l’avenir est possible, surtout si l’on considère que la situation sur le terrain n’a cessé d’empirer pour les Palestiniens depuis qu’Israël a été créé et que la Palestine a été rayée de la carte en 1948, il y a près de 70 ans.

Palestiniens dans le camp de réfugiés de 
Wadi Dalail en Jordanie en août 1967 (AFP)

Certes, la liberté et le respect des droits ne sont pas pour demain. De fait, la situation est même en train de s'aggraver à mesure que le gouvernement de droite d’Israël se renforce. Si la communauté internationale ne met pas Israël au défi pour son projet de colonisation des territoires occupés – mené en fait avec le soutien actif des États-Unis et du gouvernement britannique actuel –, il se sentira libre de déposséder par la force encore plus de Palestiniens à Jérusalem et dans la zone C de la Cisjordanie, tout en signalant au reste des Palestiniens de Cisjordanie que leur temps est compté.

Les choses vont empirer dans la bande de Gaza, même si les contrôles draconiens de la liberté et de l'accès aux besoins vitaux les plus fondamentaux – l'électricité, l'eau, une économie fonctionnelle – sont levés. Le territoire a été physiquement dégradé, presque au point de non-retour, et aura besoin d'investissements massifs pour s’en remettre.

Les choses vont également empirer pour les citoyens palestiniens d'Israël, alors que l'État israélien essaie d'imposer davantage de lois discriminatoires à leur encontre (il y en a déjà plus de 50), y compris récemment un projet de loi visant à mettre fin au statut de langue officielle de l'arabe. Et la situation restera désespérée pour les millions de Palestiniens qui sont devenus des réfugiés en 1948 et en 1967, en particulier ceux qui tentent de survivre en Syrie et au Liban.
Braquer les projecteurs sur la dévastation

Toutefois, et là est l'ironie, plus Israël est fort, plus il s’affaiblit. Au lieu de se retirer des territoires occupés et d'accepter l'État palestinien souverain que l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) pensait voir s’établir en conséquence d'Oslo dans les années 1990, il a continué à construire et élargir les colonies.


Israël a toutes les difficultés du monde à légaliser son occupation des terres palestiniennes conquises en 1967 et plus il essaie, plus cela semble difficile

Ce faisant, il a attiré l'attention internationale non seulement sur l'injustice actuelle dans les territoires occupés, mais également sur la dévastation que la création d'Israël a signifiée pour l'ensemble du peuple palestinien, dont la majorité a été contrainte à l'exil et n'a jamais été autorisée à revenir, malgré la résolution 194 des Nations unies qui a été incluse dans la résolution approuvant l'adhésion d'Israël à l'ONU.

La reconnaissance croissante de l'injustice créée en 1948 et perpétuée en 1967 provoque des changements tectoniques, en particulier parmi les jeunes juifs américains, qui s’organisent désormais par dizaines de milliers au sein d’un mouvement pacifique en faveur des droits des Palestiniens, aux côtés de jeunes Palestiniens et de nombreux autres Américains d’origines ethniques diverses.


Des soldats israéliens passent devant un étal d'olives et de 
légumes marinés dans la vieille ville d'Hébron en juin 2017 (AFP)


C'est l’une des raisons pour lesquelles j'ai confiance : Israël a toutes les difficultés du monde à légaliser son occupation des terres palestiniennes conquises en 1967 et plus il essaie, plus cela semble difficile. En effet, la seule façon dont Israël peut légaliser l'occupation est par le biais de l’autorisation de l'Organisation de libération de la Palestine. Il se peut qu’un « accord » soit dans l’air en raison des efforts de l'administration Trump pour obtenir la paix, avec le soutien d’États arabes comme l'Égypte et l'Arabie saoudite qui ont leurs propres raisons de vouloir mettre fin au conflit avec ou sans la réalisation des droits des Palestiniens.

Cependant, il s’avèrera difficile pour les dirigeants palestiniens de conclure un accord final qui n'entraînera pas la création d’un État palestinien souverain, et Israël a clairement indiqué qu'il ne reconnaîtrait jamais la souveraineté palestinienne sur les terres palestiniennes, voulant garder un contrôle sécuritaire total des territoires occupés.
Une détermination profonde

Mais une autre raison pour laquelle j'ai confiance, une raison plus puissante encore, est le peuple palestinien en tant que tel. Vous avez ici un peuple qui voit les puissances mondiales se dresser contre lui depuis cent ans et qui se bat toujours pour ses droits. Cent ans. Beaucoup d'autres auraient renoncé face à une quête apparemment aussi impossible. Mais les Palestiniens ne l’ont pas fait.


Vous avez ici un peuple qui voit les puissances mondiales se dresser contre lui depuis cent ans et qui se bat toujours pour ses droits

Cette détermination à résister à la dépossession et à l'effacement a des racines très profondes. Récemment, elle s’est puissamment exprimée avec la grève de la faim des prisonniers, qui s'est poursuivie pendant 40 jours, jusqu'à ce que leurs droits les plus fondamentaux soient respectés. Elle est également exprimée par les jeunes – la deuxième ou troisième génération née sous l’occupation et grandissant aujourd'hui sous le siège de Gaza – qui mettent leur vie en danger même lorsqu'ils participent à des manifestations pacifiques.

Les Palestiniens ont été – et sont – remarquablement créatifs lorsqu’il s’agit de trouver des moyens nouveaux – et non violents – d’œuvrer en faveur des droits de l'homme. Par exemple, dans les années 1980, la première Intifada (soulèvement) face à l'occupation israélienne a mobilisé une résistance populaire massive et pacifique.


Une femme tient le portrait d'un jeune prisonnier palestinien lors d'un 
rassemblement dans la ville de Ramallah en Cisjordanie en soutien aux Palestiniens détenus 
dans les prisons israéliennes suite à la grève de la faim lancée par une centaine d'entre eu


En 2005, ce fut le lancement du mouvement de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) mené par la société civile palestinienne, qui a appelé à utiliser des tactiques pacifiques et consacrées de pression économique et qui est maintenant soutenu par un mouvement de solidarité mondiale.

Tout aussi important, l’épanouissement du cinéma, de la littérature, de l'art et de la musique, qui racontent l'histoire palestinienne de tant de manières captivantes, s’assurant que celle-ci n’est pas effacée.

Tous ces Palestiniens, avec leur détermination, leur créativité – et leur ténacité –, façonneront l'avenir. C'est pourquoi j'ai confiance – peu importe si les choses semblent aussi mauvaises aujourd'hui – dans le fait qu’il existe une base solide pour un avenir beaucoup plus brillant.



- Nadia Hijab est la directrice générale d'Al-Shabaka: The Palestinian Policy Network.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : des Palestiniens traversent un check-point israélien situé entre la ville de Bethléem et Jérusalem pour se rendre au complexe de la mosquée al-Aqsa dans la vieille ville de Jérusalem pour les prières du premier vendredi du mois sacré du Ramadan le 2 juin 2017 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par Monique Gire.

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