mardi 6 juin 2017

Guerre de Six-Jours : aux origines de la colonisation en Cisjordanie


La victoire de la guerre des Six-Jours marque le début de l’occupation israélienne dans les territoires occupés.

En apprenant que nous avions récupéré Hébron, ce fut pour moi comme un électrochoc. Après Jérusalem, c’est pour les Juifs la ville la plus importante." A 91 ans, Elyakim Haetzni garde un clair souvenir des épisodes qui ont suivi le "miracle" de la victoire israélienne sur les armées arabes en juin 1967. Il a été un des artisans de la refondation de la communauté juive à Hébron, décimée après le pogrom de 1929. Et, depuis 1972, il habite la colonie voisine de Kyriat Arba, fondée en 1968 et forte aujourd’hui de plus de 7 000 habitants.

Al-Khalil en arabe, Hevron en hébreu, Hébron est dans le sud de la Cisjordanie. Sa vieille ville abrite la mosquée d’Abraham qui est aussi le tombeau des patriarches du judaïsme; ce qui explique que "des Juifs (ont) toujours habité Hébron, même avant les Arabes (palestiniens)", rappelle Elyakim Haetzni.

Dès sa jeunesse, il fait partie de ceux qui souscrivent à un sionisme (mouvement né au XIXe siècle qui soutient la création d’un Etat juif en terre d’Israël) non plus seulement politique mais religieux : "Nous (les Juifs) sommes partis en exil et avons quitté la terre d’Israël dont tous les lieux sont inscrits dans la Bible. Grâce à la guerre de Six-Jours, ces lieux ont été libérés, nous les avons retrouvés. Les mots de la Bible sont redevenus réalité."

Elyakim Haetzni se plaît à évoquer la "libération" des territoires palestiniens placés sous autorité jordanienne de 1948 à 1967 et "administrés" ensuite par l’armée israélienne. Dans les années 1980, cet avocat bataillera auprès de la Cour suprême israélienne pour que le nom biblique de la Cisjordanie, Judée-Samarie, soit d’usage dans les médias publics israéliens. Car les mots ont leur importance.

Le "but réel" de la guerre d’indépendance

En retournant s’installer en Judée-Samarie, les Juifs ont atteint le "but réel" de la guerre d’indépendance de 1948, selon M. Haetzni et ses camarades de la yeshiva (centre d’étude de la Torah) Mercaz Harav à Jérusalem, dirigée par le rabbin sioniste religieux Zvi Yehuda Kook. Cette "reconstitution de la nation juive en terre d’Israël" est une preuve supplémentaire de la "pertinence politique de la Bible" pour le peuple juif, pensent-ils.

Le gouvernement israélien de l’époque justifie aussi l’occupation militaire puis civile des territoires palestiniens. En effet, "la victoire de 1967 est vue comme un miracle mais aussi comme une opportunité " , explique Eitan Aliami, professeur associé en sociologie politique à l’Université hébraïque de Jérusalem. "Israël ressort avec un territoire trois fois plus grand dont une partie du royaume biblique. Pas question de rendre ce qui a été repris."

Vainqueur, l’Etat hébreu garde les territoires nouvellement conquis : la péninsule du Sinaï et la bande de Gaza au Sud, la Cisjordanie et Jérusalem-Est, enfin le plateau du Golan au Nord. Depuis lors, Israël a restitué le Sinaï à l’Egypte, en 1975, et évacué la bande de Gaza, en 2005.

Mais il a renforcé son lien avec Jérusalem-Est et le plateau du Golan en les annexant de manière unilatérale, respectivement en 1980 et 1981.

Les premières colonies en Judée

Si le discours messianique galvanise et inspire une poignée de sionistes religieux, le gouvernement travailliste invoque, lui, des motifs d’ordre sécuritaire. En vertu du plan Allon de juillet 1967, les premières colonies sont établies dans la vallée du Jourdain et dans le désert de Judée.

Selon Eitan Alimi, la colonisation est ainsi le fruit d’un "entremêlement de motivations" : sécuritaires, nationalistes, religieuses et, plus tard, économiques. C’est à l’issue de la guerre de Kippour en 1973 que les aspirations des sionistes religieux trouveront un écho plus concret encore, avec la création du Goush Emounim, un mouvement qui défend la souveraineté israélienne dans les territoires palestiniens occupés.

Claire Bastier Correspondante à Jérusalem

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