mercredi 28 juin 2017

Aïn el-Héloué : bras de fer entre Libanais et Palestiniens au sujet d’un terroriste en cavale

Une fois de plus, le Liban a montré qu'il était différent de ses voisins. Non seulement les Libanais ont pu célébrer la fin du mois de jeûne chez les musulmans sans incident sécuritaire majeur, mais les discours prononcés à cette occasion ont été marqués par la volonté de vivre ensemble et l'importance de la diversité religieuse et confessionnelle pour l'existence même de ce pays. Mais cette harmonie, au moins médiatique, n'aurait pas été possible sans les efforts et la vigilance des différents services de sécurité qui continuent dans la plus grande discrétion à traquer les cellules terroristes. Les réunions de
coordination se multiplient entre eux, en présence du conseiller militaire et sécuritaire du chef de l'État qui suit de près ce dossier et qui y accorde la plus haute attention.

L'action des services de sécurité libanais dans la lutte contre le terrorisme est d'ailleurs au centre de l'intérêt que portent les pays occidentaux et étrangers au Liban. C'est ainsi que ce dossier a été au cœur des entretiens de l'émissaire chinois chargé du dossier syrien qui a eu plusieurs rencontres au Liban, dont une avec le représentant du Hezbollah, Ammar Moussaoui. De même, le ministre d'État britannique chargé des questions sécuritaires a effectué une visite au Liban au cours de laquelle il s'est entretenu, entre autres, avec les responsables sécuritaires. Selon des informations recoupées, les entretiens des étrangers avec les responsables sécuritaires sont axés sur deux points : d'une part l'éloge des services libanais qui réussissent là où leurs équivalents étrangers sont en train d'échouer et, d'autre part, sur les moyens de les aider à enregistrer encore plus de succès dans leur lutte contre le terrorisme. De plus, les représentants de la communauté internationale, dans toute leur diversité, insistent sur le fait que la stabilité du Liban est actuellement primordiale pour toutes les parties.

Selon une source sécuritaire autorisée, les émissaires étrangers posent aussi, au cours de leurs entretiens avec les responsables sécuritaires libanais, beaucoup de questions sur les activités du Hezbollah et sur l'étendue de sa coordination avec les services officiels. Ce qui signifie que, contrairement aux déclarations médiatiques hostiles au Hezbollah, les émissaires étrangers voient d'un œil positif son rôle à l'intérieur du pays dans la consolidation de la stabilité.
D'ailleurs, même si peu de parties le reconnaissent ouvertement, le Hezbollah contribue au démantèlement des réseaux terroristes, à travers l'échange d'informations en raison notamment de sa connaissance des milieux palestiniens.

À ce sujet, il faut préciser qu'un nouveau contentieux oppose les services libanais, notamment la Sûreté générale, aux factions palestiniennes présentes dans le camp de Aïn el-Héloué. Il y a une dizaine de jours, la Sûreté générale avait en effet démantelé un important réseau terroriste qui s'apprêtait à accomplir de graves attentats au Liban pendant la période de la fête du Fitr, contre des institutions publiques et des lieux religieux. La SG avait capturé quatre membres de ce réseau, et suite à leurs aveux, elle avait réussi à remonter jusqu'au cerveau présumé, un Palestinien qui se fait appeler Khaled Sayed, alors que son vrai nom est Khaled Massaad.



(Lire aussi : Un attentat-suicide dans la banlieue-sud de Beyrouth a été déjoué)



Recherché activement par la Sûreté générale, le cerveau présumé de la cellule a disparu de la circulation. Selon des informations qualifiées de fiables, il serait désormais dans le camp de Aïn el-Héloué. Des contacts ont été aussitôt entrepris avec les différentes organisations palestiniennes pour obtenir qu'il soit livré aux autorités libanaises. La Sûreté générale aurait même sommé la commission sécuritaire conjointe en charge de la sécurité à Aïn el-Héloué (elle avait été formée après les derniers affrontements internes pour éviter un nouvel embrasement) de ne pas contribuer à cacher Khaled Massaad qui, selon l'enquête, aurait joué un rôle crucial dans le recrutement des membres du réseau terroriste et dans la planification des attentats, étant en contact direct avec le fief de l'État islamique à Raqqa.

Mais jusqu'à présent, la commission palestinienne conjointe s'est contentée de faire des promesses qui ne se sont pas encore concrétisées. Selon certaines informations, Khaled Massaad aurait eu recours à la protection du Hamas palestinien, qui nie toutefois être impliqué dans ce dossier. Pour la Sûreté générale, le fait de prétendre que Khaled Massaad n'a pas été localisé car il se cache est inacceptable. Elle aurait donc fait savoir à ses interlocuteurs palestiniens que cette excuse ne sera pas acceptée. De son côté, le Hezbollah a abordé ce sujet avec les responsables du Hamas récemment de passage à Beyrouth, insistant sur l'importance pour les Palestiniens de ne pas abriter dans leurs camps des terroristes recherchés par la justice libanaise, car ce n'est ni dans l'intérêt du Liban ni dans celui des Palestiniens. Le message est donc clair : aucun compromis n'est possible au sujet du sort des terroristes présumés. Cette démarche intervient au moment où des informations de plus en plus précises circulent sur l'imminence d'une importante opération libanaise dans le jurd de Ersal contre les groupes de terroristes qui y sont encore installés. Cette opération serait devenue inévitable après l'échec des négociations pour un retrait calme des jihadistes installés dans ce secteur.

Scarlett HADDAD

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