lundi 8 mai 2017

Pourquoi la défense d’Israël par Bernie Sanders sur Al Jazeera est importante

Le porte-étendard de la gauche américaine a fermement rejeté le BDS sur une chaîne de TV connue pour sa couverture critique d’Israël



WASHINGTON (JTA) – Lors d’une apparition sur Al-Jazeera, Bernie Sanders a défendu le droit d’Israël à exister, rejeté le BDS en dénonçant ses « tactiques » et s’en est pris aux Nations unies coupables, selon lui, de cibler spécifiquement l’état juif dans ses condamnations.

L’interview accordée par le sénateur du Vermont à la chaîne basée au Qatar, connue pour sa couverture souvent outrageusement critique à l’égard d’Israël, a été cohérente avec le style que les Américains avaient pu découvrir l’année dernière durant toute la campagne de l’investiture démocrate à la présidentielle : Sanders ne modifie pas ses messages en fonction de son public.


Sanders, malgré sa défaite lors des primaires face à Hillary Clinton – qui s’est inclinée face à Donald Trump dans la course à la Maison Blanche – reste le porte-étendard de la gauche américaine.

Son rejet ferme du BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) est la preuve qu’un pare-feu subsiste encore au sein des responsables élus de la gauche américaine, les protégeant des expressions plus radicales des critiques anti-israéliennes qui sont montées en puissance à l’étranger.

La journaliste qui a interrogé Sanders, Dena Takruri, lui a demandé les raisons pour lesquelles il s’était joint à un autre sénateur américain le mois dernier en signant une lettre adressée au secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, courrier dans lequel les deux politiciens recommandaient vivement de faire quelque chose contre « l’agenda anti-israélien » de l’instance.

Takruri a demandé pourquoi Sanders tentait « effectivement d’épargner les critiques [à Israël]. Sanders l’a interrompu, ripostant : « Non, non, non, non, je n’accepte pas ça ». Il a ajouté qu' »il y a de nombreux problèmes avec Israël » et qu’il continuerait à « critiquer beaucoup de choses qui sont aujourd’hui commises par Israël ».


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« D’un autre côté, voir Israël attaqué encore et encore pour des violations aux droits de l’Homme qui peuvent être vraies, quand vous avez aussi des pays comme l’Arabie saoudite ou la Syrie… L’Arabie saoudite – je ne suis pas très sûr qu’une femme puisse seulement y conduire une voiture aujourd’hui », a argué Sanders.

« Je pense ainsi que l’axe de cette lettre, ce n’est pas de dire qu’Israël ne connaît pas de problèmes liés aux droits de l’Homme – il y en a – mais de dire comment cela se fait-il que l’on ne parle que d’Israël quand il y a d’autres pays où les femmes sont traitées comme des citoyennes de troisième zone, quand en Egypte, il y a je ne sais combien de milliers de personnes qui sont actuellement emprisonnées ? Alors c’est de ça qu’il s’agit : pas de défendre Israël mais de demander pourquoi seulement Israël ? Vous voulez parler des droits de l’Homme, alors parlons-en », a-t-il déclaré.

Interrogé par Takruri pour savoir s’il « respectait » BDS en tant que mouvement de protestation légitime non-violent, Sanders a répondu : « Non », ce n’est pas le cas ». Le sénateur a suggéré dans sa réponse que la tactique adoptée par l’organisation était contre-productive si l’objectif était d’amener les deux parties à reprendre les négociations de paix.

« Les gens feront ce qu’ils veulent faire mais je pense que notre travail, en tant que nation, est de faire tout ce qui est humainement possible pour amener Israël, les Palestiniens et le Moyen Orient tout entier au degré de se dire qu’on peut réussir ensemble mais non, je ne suis pas partisan de ce mouvement », a-t-il dit.

« Ce qu’il faut faire, c’est que les Etats Unis d’Amérique doivent avoir une politique au Moyen Orient qui est équitable, que le pays ne se contente pas de donner des sommes d’argent sans fin, du soutien militaire à Israël, mais qu’il traite les deux parties avec respect et dans la dignité et qu’il fasse de son mieux pour les faire venir à la table ».

Sanders a également rejeté l’affirmation de Takruri que la solution à deux états serait presque morte. Il a répondu qu’il n’adopterait pas pour sa part une solution à un état.

« Je pense que si ça arrive, alors ce serait la fin de l’état d’Israël et je soutiens le droit à l’existence d’Israël », a-t-il précisé. « Je pense que s’il y a la volonté politique de faire en sorte que cela se passe et s’il y a de la bonne foi chez les deux parties, je pense que c’est possible, et certainement je pense qu’il n’y a pas eu de bonne foi de la part du gouvernement israélien actuellement en place mais je doute également du côté d’une partie des dirigeants palestiniens ».

Sanders, le premier candidat juif à remporter une course majeure d’investiture au sein du parti, s’est montré critique des postures pro-israéliennes conventionnelles adoptées pendant sa campagne mais il a aussi défendu l’état.

S’il avait déclaré l’année dernière à MSNBC que l’antisémitisme était un facteur important de mobilisation au sein du mouvement BDS, Sanders avait reproché à Clinton lors d’un débat pour les primaires de New York – avec sa masse cruciale d’électeurs juifs – d’à peine mentionner les Palestiniens dans un discours qu’elle avait prononcé au début de cette année-là devant le public de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee).

Au cours de sa campagne, il avait loué les services de Simone Zimmerman – fondatrice de IfNotNow, qui veut lutter contre le silence dominant dans la communauté juive américaine à l’égard de l’occupation par Israël – pour s’adresser à la communauté juive.

Même si Sanders avait renvoyé Zimmerman après des publications vulgaires concernant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont été signalées, cette embauche avait été le signal qu’il y avait maintenant un foyer politique pour les jeunes Juifs adoptant l’idée d’Israël mais déterminés à protester vigoureusement contre les actions de son gouvernement.

Sanders avait également nommé d’éminents critiques de l’état juif dans la commission d’élaboration de sa plate-forme. Pourtant, même s’il avait rejeté leur langage critique envers Israël, il avait approuvé cette plate-forme qui répondait parfaitement à ses autres demandes sur les inégalités économiques.

Il s’était décrit lors d’une réunion à New York, organisée dans le quartier de Harlem, comme « un fort défenseur d’Israël » et, pour la première fois, avait parlé avec chaleur de l’époque passée en Israël dans un kibboutz, dans les années 1960.

Les démocrates, ces dernières années, se sont montrés de plus en plus critiques à l’égard d’Israël, ce qui résulte en partie de la relation précaire qui a uni le président Obama et Netanyahu, et du ton tendu du débat entre les deux pays lors de l’accord sur nucléaire avec l’Iran.

Mais la tonalité intense de l’interview d’Al-Jazeera et les refus de Sanders d’accepter des sermons anti-israéliens communs parmi les progressistes, ici et ailleurs, laissent suggérer que des démocrates s’opposent à des expressions plus radicales de critiques anti-israéliennes. Les législateurs démocrates, par exemple, continuent ainsi à se joindre aux républicains pour approuver avec une majorité écrasante des législations anti-BDS aux niveaux fédéral et de chaque état.

Ron Kampeas

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