mercredi 31 mai 2017

Gaza : l’Autorité de Ramallah s’attaque au Hamas en pénalisant les malades

Hôpital al-Shifa à Gaza - Jeune garçon palestinien blessé dans les
 bombardements israéliens de novembre 2012 - Photo : Anne Paq/ActiveStills


Ali Dolah – Une profonde crise du système de santé se manifeste dans la bande de Gaza, alors que l’Autorité palestinienne (PA) en Cisjordanie a cessé ses envois de fournitures médicales et de médicaments de base, dont ceux destinés aux enfants malades.

Le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne (AP) à Ramallah a notifié à son homologue de Gaza qu’il cessait ses expéditions à compter du 8 mai. La pénurie d’approvisionnement en matériel et équipements médicaux a atteint un stade critique, puisque plus de 170 médicaments sur les 500 considérés comme essentiels sont épuisés.

La décision de bloquer les envois de fournitures médicales à Gaza fait partie des mesures les plus récentes de l’AP pour resserrer encore plus le garrot sur le Hamas qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007 et est en opposition avec l’ex-président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et son parti du Fatah. L’AP administre la Cisjordanie. D’autres mesures ont déjà été prises comme amputer sévèrement les salaires des employés de Gaza, ou couper l’approvisionnement en électricité et en eau du territoire sous blocus.

Munir al-Barsh, directeur général du département pharmaceutique du ministère de la Santé de la bande de Gaza, explique à Al-Monitor: « Le gouvernement [de Ramallah] … est responsable de fournir des médicaments et des fournitures médicales et sanitaires d’une valeur de 40 millions de dollars par an à la bande de Gaza. Les fournitures sont distribuées gratuitement aux personnes malades, et ces [personnes] bénéficient de l’assurance médicale palestinienne et reçoivent le traitement dont elles ont besoin dans les hôpitaux et cliniques affiliés au ministère ».

Il déclare aussi que le ministère de la Cisjordanie utilise « le prétexte que [les fournitures] ne sont pas disponibles dans les entrepôts à Ramallah ».

« Mais nous avons contacté les entreprises qui fournissent les médicaments au ministère de la Santé, et elles nous ont dit qu’il était possible de fournir Gaza. Cela révèle au grand jour l’intention de provoquer une crise sanitaire dans la bande de Gaza », note-t-il.

Environ 31% des médicaments essentiels sont déjà complètement épuisés dans les entrepôts du ministère de Gaza, a déclaré M. Barsh, et 30% pourraient encore être épuisés en l’espace de quelques semaines, « rendant possible une crise humanitaire dans la bande de Gaza ».

Il relève aussi que le ministère de la Santé à Ramallah est tenu de fournir les médicaments de base dont la liste est fixée par des comités spécialisés et selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une grande partie des médicaments et des fournitures stockés par Ramallah sont destinés par les pays donateurs et l’OMS, à Gaza.

Parmi les médicaments en rupture de stock se trouvent ceux nécessaires aux transplantations de rein et au traitement du cancer et des maladies du sang telles que la thalassémie et l’hémophilie. De nombreuses fournitures utilisées dans les salles d’urgence et par la chirurgie ont également disparu.

Plus de 90% des patients atteints de cancer n’ont pas reçu de traitement depuis le 8 mai, a déclaré M. Barsh. Le manque de médicaments anti-cancéreux obligera ces patients à chercher un traitement à l’étranger, ce qui signifie qu’ils devront traverser les points de contrôle israéliens pour atteindre les hôpitaux jordaniens, égyptiens ou en Cisjordanie.

« Le ministère de la Santé de Gaza a informé les organisations internationales le 18 mai sur les dangers de l’arrêt des traitements à Gaza », rappelle-t-il.

Même si le ministère de la Santé de Gaza avait de l’argent dans ses caisses pour payer les fournitures – ce qui n’est pas le cas, a déclaré Barsh – ces achats nécessitent trois à cinq mois pour gérer de nouvelles offres et la médiation de sociétés étrangères.

Parmi ceux qui souffrent, il y a des enfants atteints de galactosémie. Ils seront bientôt privés de traitement avec la disparition du Galactomin 19, cette pénurie menaçant ainsi leur vie et pouvant entraîner un handicap. La galactosémie est une maladie héréditaire résultant d’une capacité insuffisante du corps à métaboliser le [sucre] galactose.

Barsh a ajouté que cette formule n’est pas disponible sur les marché intérieur à Gaza, et le prix augmente et atteint 130 dollars par lot par rapport à 70 dollars avant l’arrêt des approvisionnements. Une famille obligée de payer le médicament aurait besoin d’environ 1000 dollars par mois pour traiter un enfant malade. Ces enfants boivent dès la naissance du Galactomin, car c’est leur principale source de nutrition et de traitement pour survivre et assurer une croissance normale.

Muhammad Suleiman, âgé de 5 ans, souffre de galactosémie. Il dort la plupart du temps et il se sent constamment congestionné. Il est privé de Galactomin depuis début mai. Sa mère, Samah, a déclaré à Al-Monitor: « Sans Galactomin, mon garçon est en danger et sa souffrance s’aggrave. Il doit suivre un régime absolument strict, sans galactose. »

Elle a ajouté qu’elle ne pouvait pas se permettre d’acheter le médicament elle-même.

Raed Sultan a déclaré à Al-Monitor qu’il avait subi une transplantation rénale il y a trois mois et ne recevait plus son médicament. Celui-ci n’est pas disponible dans les hôpitaux publics et Raed n’a pas assez d’argent pour l’acheter dans les pharmacies de la bande de Gaza.

Depuis que la décision d’arrêter les médicaments et les fournitures médicales dans les hôpitaux publics de la bande de Gaza a été prise, Hana Samara, âgée de 32 ans et souffrant d’un cancer du sein, a découvert que son médicament n’était plus disponible dans l’hôpital d’Al-Rantisi dans la ville de Gaza comme dans d’autres hôpitaux, ni même dans les pharmacies ou les hôpitaux privés. Son état de santé s’aggrave et sa vie est en grand danger.

Elle a dit à Al-Monitor qu’elle recevait un traitement et des injections hormonales pour empêcher les cellules cancérigènes de se multiplier et de se propager dans son corps. Une fois le médicament épuisé, elle aura des hémorragies et subira des complications.

Samara n’est qu’un des milliers de patients de la bande de Gaza qui dépendent du traitement fourni gratuitement dans les cliniques et les hôpitaux de l’État – grâce à leur assurance médicale – et dont la santé est aujourd’hui gravement menacée.

* Ali Dolah est journaliste indépendant dans la bande de Gaza. Il couvre les problèmes sociaux et l’innovation, ainsi que les événements politiques dans l’arène palestinienne.

25 mai 2017 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine


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