jeudi 11 mai 2017

15 entreprises israéliennes ajoutées à la “liste rouge” du régulateur financier américain

Les entreprises d’options binaires et de Forex dominent de plus en plus la liste de la CFTC, qui compte maintenant 111 noms

Entrée de la FCTC, la Commission de régulation des marchés 
à terme, à Washington D.C. Illustration. (Crédit : autorisation)


Une agence gouvernementale américaine a ajouté les noms de 71 entreprises à sa « liste rouge » de firmes qui sollicitent des investisseurs américains sans autorisation. Au moins 15 de ces entreprises
citées par la CFTC américaine, la commission de régulation des marchés à terme, et peut-être jusqu’à 30, agissent depuis Israël.

Il y a à présent 111 entreprises, dont la plupart font des options binaires ou du Forex, sur la liste rouge. En juin dernier, quand il n’y avait que 40 entreprises sur cette liste, le Times of Israël avait indiqué que plus d’un tiers d’entre elles étaient israéliennes.

Malgré l’exposition médiatique de l’année écoulée, et des appels de gouvernements étrangers à fermer cette industrie, la plupart des entreprises frauduleuses d’options binaires et de Forex basées en Israël continuent à fonctionner en toute impunité, même si une législation visant à interdire toutes les entreprises d’options binaires en Israël a commencé son chemin législatif à la Knesset.

La liste rouge de la CFTC met en garde contre des entités étrangères qui opèrent aux Etats-Unis en sollicitant des clients par internet sans s’être enregistrées auprès des régulateurs américains, a indiqué en juin une source de la CFTC. En d’autres termes, ces entités violent la loi américaine et n’agissent probablement pas conformément aux régulations conçues pour protéger les consommateurs américains.

La plupart des nouveaux venus sur cette liste rouge sont des entreprises d’options binaires et de Forex qui ciblent des investisseurs particuliers. Comme de telles entreprises utilisent des moyens considérables pour masquer les identités réelles de leurs propriétaires, souvent en utilisant des prête-noms, il n’est pas facile de déterminer si elles agissent depuis Israël ou pas. Le Times of Israël a néanmoins obtenu des documents montrant que les 15 entreprises suivantes, qui font partie des 71 nouvelles compagnies de la liste, ont une présence importante en Israël.

Il s’agit de 10markets, OmegaOptions, Oracle Stone, FXGM, Glenridge Capital, iforex, InsideOption, GTOption, VisionBinary, Weathika, Wynn Finance, Cherry Trade, 33option, Finpari et Utrader.


Offre d’emploi pour Prime Sales, une entreprise d’options 
binaires israélienne, avec une image tirée du film 
« Les loups de Wall Street ». (Crédit : capture d’écran)

Le Times of Israël a aussi vu des documents qui ne permettent pas de conclure sur la présence en Israël de 15 entreprises, soit un total possible de 30 sociétés sur 71.

10Markets est possédé par un Israélien appelé Ben Givon. Le bénéficiaire effectif est Yevgenii Zon de Tel Aviv. Le bénéficiaire effectif de GTOption est Anastasiia Chipysheva de Tollerton, au Royaume-Uni, mais l’entreprise qui gère la plate-forme est Wide Group Media, une société de Holon, en Israël, possédée par Nir Dotan et Hanan Assis.

Le propriétaire de Vision Binary est Uri Katz, et Cherry Trade est géré par New Place Media, à Tel Aviv. Jusqu’à récemment New Place Media était possédé par Benjamin Spiro, qui a vendu l’entreprise à David Cartu.

En cumulé, l’industrie des options binaires aurait gagné entre cinq et dix milliards de dollars par an. Une grande partie de l’industrie utilise des pratiques trompeuses et frauduleuses, allant du mensonge sur le nom de ses vendeurs et sur leur emplacement au trucage présumé des plate-formes de transaction, en passant par le refus de permettre aux clients de retirer leur argent.

Comme l’a documenté le Times of Israël dans une série d’articles débutée l’année dernière, une grande partie de la fraude aux options binaires et une partie de la fraude au Forex provient de centres d’appels situés en Israël. L’industrie, qui emploie des milliers d’Israéliens, agit depuis dix ans en Israël, sans quasiment aucune intervention des forces de l’ordre.

Les entreprises frauduleuses trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas, les clients finissent par perdre tout leur argent, ou presque, et ce du jour au lendemain.


Une publicité en ligne pour recruter de nouveaux clients d’options
 binaires pour l’entreprise BetaMedia, dont le nom opérationnel
 israélien est 24Option. (Crédit : capture d’écran Facebook)

La commission des lois d’Israël, dont les discussions ne sont pas publiques, doit se prononcer sur un projet de loi gouvernemental, rédigé par l’Autorité des titres israélienne, le ministère de la Justice et le bureau du procureur général, qui interdirait toute l’industrie dans le pays en l’empêchant de cibler ses clients dans le monde entier. Il s’agit de la première étape avant qu’il ne puisse devenir une loi. Cette loi donnerait également à l’Autorité des titres un pouvoir considérable pour fermer les entreprises de Forex frauduleuses également.

Des sources biens placées pensent que la loi pour interdire les options binaires en Israël sera probablement adoptée, mais pas sans l’opposition robuste des lobbyistes. Ces derniers mois, de nombreuses entreprises israéliennes d’options binaires ont déplacé tout ou partie de leurs opérations en Bulgarie, en Ukraine et en Géorgie en anticipation de la nouvelle loi. L’on trouve de plus en plus d’annonces d’emplois israéliennes pour des vendeurs d’options binaires souhaitant travailler à l’étranger.

En mars, le FBI a écrit sur son site internet que de nombreux sites internet proposant des options binaires étaient « utilisés par des criminels à l’extérieur des Etats-Unis pour commettre des fraudes », et a promis d’en poursuivre les auteurs. Il a aussi détaillé les nombreuses pratiques frauduleuses de ces entreprises.

Sur les 40 entreprises qui étaient sur la liste de la CFTC avant le 25 avril, le Times of Israël a pu confirmer qu’au moins 14 d’entre elles étaient situées ou avaient été situées en Israël. Il s’agit de BeeOptions, BinaryBook, BTGOption, IvoryOptions, LBinary, NRGBinary, OptionsXO, TitanTrade, UKOptions, Tradequicker, BigOption, Bloombex Options, IHOpoptions et YesOption.

Une source avait indiqué en juin que la CFC était « consciente que le binaire est présent en Israël. »

Certaines entreprises d’options binaires en Israël, même celles qui ne sont pas régulées, s’abstiennent de solliciter des clients américains par crainte des forces de l’ordre américaines. De nombreux employés et anciens employés des options binaires interrogés par le Times of Israël ont raconté que leurs entreprises trompaient des clients au Canada, en France, en Angleterre et en Australie, mais ne touchaient pas aux Américains et aux Israéliens.

D’autres firmes continuent cependant de cibler des Américains, comme le montre la liste de la CFTC.

En juillet 2016, une cour fédérale américaine a ordonné à deux sites d’options binaires basés en Israël, Vault Options, Ltd. et Global Trader 365, de payer trois millions de dollars en pénalité civile et 1 587 731 dollars en dédommagements aux clients arnaqués.

La cour a jugé que les deux firmes avaient arnaqué au moins 50 clients américains « en, entres autres choses, représentant de façon fausse et en omettant de préciser la probabilité de profit et de perte à laquelle le client peut faire face en négociant des options binaires, affirmant de façon fausse que les fonds du client sont assurés contre les pertes, induisant de façon frauduleuse les clients à envoyer plus d’argent avant que les fonds initiaux n’aient été rendus, et en détournant les fonds des clients », selon un communiqué de la CFTC.

Selon la plainte du 2 février sur laquelle est fondé le jugement, « alors que les sites web de Vault et GT 365 vantaient des bénéfices importants, de nombreux clients ont pratiquement perdu tous leurs fonds parfois en quelques jours ou semaines. »

Global Trader 365 a été fondé par Daniel Patley de Modiin, en Israël, avec Dov Adest, de Zichron Yaakov.

Même si les médias en hébreu ne se sont que peu intéressés à la vaste fraude des options binaires en Israël, de nombreux Israéliens ont néanmoins entendu parler de l’industrie, et il n’y a pas de débat national ni d’introspection sur les raisons pour lesquelles une telle fraude est autorisée à prospérer ici, sans quasiment aucune intervention des forces de l’ordre.

Une promesse extraordinaire du bureau du Premier ministre de fermer toute l’industrie dans le monde entier, publiée en réponse directe aux informations du Times of Israël sur l’échelle et la corruption mondiale de la fraude a été majoritairement ignorée par les médias en hébreu, même si cela équivalait à un appel du Premier ministre à ce que des milliers d’Israéliens se retrouvent sans emploi. Israël a interdit à toutes les entreprises d’options binaires israéliennes de cibler ses citoyens au printemps 2016, et il est possible que l’indifférence des médias israéliens à cette industrie frauduleuse vienne du fait que ce sont des étrangers, et non des Israéliens, qui sont les victimes principales des arnaqueurs israéliens.

L’Autorité des titres israélienne a tardivement initié une législation contre la fraude d’une décennie des entreprises israéliennes après que son président Shmuel Hauser a mis en lumière les dégâts « ruineux » que les firmes corrompues causent à la réputation d’Israël dans le monde.

L’un des Israéliens qui a suivi cette histoire avec grand intérêt est Matthew Salter, président de la Société des professionnels de l’investissement d’Israël.

« Je veux préciser quelque chose d’important, a-t-il dit au Times of Israël. Ces [entreprises qui sont sur la liste rouge de la CFTC] ne sont pas des entreprises d’investissement. Elles sont, comme l’a dit la CFTC, principalement des entreprises qui vendent des options binaires et du Forex. Ce qui, puisqu’elles sollicitent de l’argent à des clients particuliers, en fait fondamentalement des entreprises de paris. C’est ainsi que nous aimons les voir, puisque ce la sépare ce qu’elles font de ce que fait l’industrie de l’investissement. »

« La grande nouvelle, c’est que ces entreprises de binaires et de Forex sont citées et identifiées comme faisant quelque chose d’illégal. Ce que je ne sais pas, c’est si cela signifie qu’elles peuvent être poursuivies, soit ici, soit par les autorités américaines.

« Ce sera la meilleure chose qui puisse arriver maintenant », a dit Salter.

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